Après un George Clooney à la colère interiorisée dans « The American », Anton Corbjin filme Philip Seymour Hoffman dans un thriller d’espionnage en Allemagne. Réussit-il à bluffer son monde avec son troisième film?

Un homme à la barbe naissante sort des eaux troubles du port de Hambourg. Après avoir passé la nuit dans une voiture perdue dans une mer de véhicules neufs de concessionnaires, il va trouver l’hospitalité chez une matrone qu’il aide dans la rue. Son nom est Issa Karpov, réfugié tchétchène (Grigory Dobrygin, intense et fragile), autrefois détenu dans une prison turque, et les motifs de sa présence vont déclencher l’intérêt de bien des services d’espionnage internationaux présents à Hambourg….

Robin Wright en agente de la CIA, malheureusement sous-exploitée. (Crédit : Mars Distribution)

Robin Wright en agente de la CIA, malheureusement sous-exploitée. (Crédit : Mars Distribution)

« Un Homme Très Recherché » est une adaptation littéraire, et cela se sent dès son exposition, ses longs plans où on fixe le comportement des protagonistes, les bureaux imposants et interminables des administrations de Hambourg. Il y a une vraie volonté d’Anton Corbjin de servir le roman original de John Le Carré, et elle est étendue par une des dernières performances de Philip Seymour Hoffman. Avec Günther Bachmann, il nuance encore son charisme naturel, et plutôt que de bouffer l’écran, il est bouffé par les forces en présence, en espion au bout du rouleau. En fait de vieux renard, c’est un espion à l’humour tartare mais las d’un univers qu’il semble mieux comprendre que d’autres, mais qu’il ne sait pas faire évoluer à son propre avantage. Les méthodes de son équipe pour tirer au clair les intentions d’Issa sont assez claires : l’approche du banquier fortuné qu’il approche pour retirer un juteux héritage (Willem Dafoe). Pourtant, Corbjin et le scénariste Andrew Bovell (« Lantana ») ne sont pas intéressés pour creuser le passé et les liens entre Issa et le banquier ; il ne s’agit que d’un pion de plus sur l’échiquier. Et alors que Günther Bachmann est en quête d’un plus gros gibier, il doit gagner du temps avec des services autrement plus agressifs, au coeur desquels la CIA de Martha Sullivan (Robin Wright).


Alors qu’Hambourg, comme expliqué au début du film, est encore sous le choc d’une cellule terroriste de grande envergure démantelée peu avant les attentats du 11 septembre, en resserrant le focus sur une histoire bien spécifique, Corbjin démontre que les guerres entre officines d’espionnage n’ont pas vraiment bougé. Les jeux psychologiques qui composent la deuxième moitié du film, si elles accentuent les compétences de l’équipe de Bachmann, rendent le spectateur un peu claustrophobe. Même avec un point de vue fort, et des personnages qui ont dans leur majorité de bonnes intentions, ce manque de panoramique dessert « Un Homme Très Recherché ». Hambourg rappelle ainsi le Berlin des années 1970, carrefour de magouilles mais surtout cité trouble à la croisée de deux blocs. Sauf qu’ici, les blocs sont des idéologies face au terrorisme : si personne ne souhaite forcément berner l’autre, ils se regardent tous en chiens de faïence. Ce qui ne joue pas en la faveur du film, malheureusement. Il en reste une belle exploitation d’Hambourg, une utilisation minutieuse de Rachel McAdams en avocate, et un Philip Seymour Hoffman qui est la principale attraction du film, tout écran-phage qu’il est. S’ils ne joue pas sur la carte de l’action et de la trahison comme « Closed Circuit », autre thriller sur fond de cellule terroriste sorti ce printemps, « Un Homme Très Recherché » risque bien d’être enterré dans la pléthore de films autrement plus prometteurs de la rentrée. En restant sur le territoire de la pure psychologie et de l’exploitation de ses quelques personnages, Corbjin rate un peu le coche.