Scott Derrickson pousse encore plus loin sa réflexion sur la foi et la rédemption avec cette production Jerry Bruckheimer.

Policier aguerri et violent, le lieutenant Ralph Sarchie est persuadé d’avoir assisté à toutes les formes de Mal qui peuvent être produites par l’Homme. Cependant, sa brusque confrontation à des phénomènes inexpliqués, ainsi que sa rencontre avec le père Mendoza lui apprennent l’existence d’un autre type de Mal, le Mal Originel, engendré par le diable et ses esprits. Sarchie, pour résoudre un cas d’homicide, va donc devoir se plonger dans les abysses de l’Enfer… Au risque d’y perdre son âme… 

Edgar Ramirez (Crédit : Sony Pictures Releasing)

Edgar Ramirez (Crédit : Sony Pictures Releasing)

Chaque année des centaines de films d’horreur de toutes sortes voient le jour. Sur ces centaines, seuls quelques-uns ont le privilège de sortir dans nos salles françaises, à cause un certain rejet par les spectateurs, notamment dù, il fait l’admettre,  à la piètre qualité globale de ces films (les suites de Paranormal Activity, les Chroniques de Tchernobyl ou encore plus récemment Catacombes) qui ont pourtant la chance de sortir dans les salles obscures. Un réalisateur, seulement, bénéficiant depuis son dernier film, l’excellent Sinister, de ce privilège, se détache du lot, sortant au cinéma des films souvent de qualité (si on excepte Le Jour où la Terre s’arrêta), mais toujours efficaces dans leur genre et empreints d’une certaine réflexion. Il s’agit, vous l’aurez compris, de Scott Dericksson.

 

Sorti mercredi dernier en salles, Délivre-nous du mal ne fait pas exception à la règle. Si il est inspiré comme souvent de faits réels, on peut tout d’abord accorder au film qu’il respecte pour une fois ces faits (même parfois un peu trop, amenant une fin un peu plus simpliste que d’habitude), qui, rappelons-le, proviennent de témoignages plus ou moins allumés et terrifiants d’un policier américain. Si le thème d’exorcisme avait également de quoi faire grimacer (au vu des récents « Possédée » et « The Baby », on était en droit de craindre une certaine manque d’inspiration), Scott Derrickson, comme il avait pu le faire dans son brillant L’exorcisme d’Emily Rose, dépasse très vite son thème pour nous embarquer dans une réflexion, toujours profonde et passionnante, sur le thème de la foi et de la rédemption. Constamment en approfondissement sur le thème de la religion, le réalisateur (rappelons-le) chrétien tranche ici entre science et religion d’ailleurs plus qu’il ne l’avait fait dans l’Exorcisme d’Emily Rose, on le verra en court de visionnage, certains pourront donc s’opposer, peut être avec raison, au message global du film.

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Eric Bana (Crédit Sony Pictures Releasing)

 

Si la pensée d’une réflexion dans ce film pourrait en faire reculer plus d’un (quoi de plus normal quand on cherche à se détendre et non pas à ressortir la thème grosse comme un ballon), il est bon de préciser ici que le film nous réserve de bons moments de terreur brute comme Scott Dericksson sait si bien les faire, notamment lors de l’excellente scène de la cave en début de film, première vraie rencontre du policier avec le surnaturel, dotée notamment de une belle référence à « Shining » (au livre de King plus qu’au film de Kubrick). Si on peut reprocher à Scott Dericksson le choix maladroit du screamer (qui agace plus qu’il ne fait peur , et étonne d’un réalisateur qui manie si bien la peur sans pour autant faire sursauter, comme on avait pu le voir dans Sinister et un manque d’imaginaire graphique (excepté la scène précédemment évoquée, on est loin des surprises esthétiques d' »Hellraiser V: Inferno »), il faut reconnaître au film un maniement efficace de la terreur.


Entre folie et raison, Éric Bana interprète, avec une spontanéité bienvenue un policier terre à terre, empreint d’une complexité maladive. Son personnage, en effet, si il ne croit pas aux exorcismes et autres esprits, se faisant ainsi la Scully d’un Mulder ici prêtre enclin à la boisson, se retrouve assez vite en position de doute face à ses propres croyances, lorsque ses propres démons sont réveillés par un cas hors norme. Caractéristique du cinéma de Dericksson, ce combat intérieur d’un homme contre ses démons est une fois de plus bienvenu, incarné par ce policier qui pense avoir tout vu. Le prêtre, quant à lui, est interprété par un Edgar Ramirez très en forme, même on pourra reprocher à son personnage d’être un peu trop uniforme tout au long du film, ne changeant de comportement qu’en fin de film (je n’irai pas plus loin) et se reprenant un peu trop vite. Les autres acteurs, bien que très secondaires, restent très corrects dans leurs interprétations, et les possédés, joués tour à tour par Sean Harris et Valentina Rendón, sont très convaincants.

 

Le nouveau Scott Dericksson est donc loin du cliché habituel des films du genre, et mérite comme d’habitude de placer son réalisateur sur le panthéon des cinéastes contemporains d’épouvante, côte à côte avec le talentueux James Wan. Plus qu’un simple film d’horreur, Délivre-nous du mal mérite d’être également qualifié de bon film, à voir cependant par les plus aguerris, notamment en vue des très nombreuses et réalistes scènes de mutilation.

 

Keep going, Scott.