Previously on Doctor Who :  la série s’est donc offert un petit lifting complet, comme dans la saison 5. Changement de décoration du TARDIS, changement de générique ( et de musique qui va avec ) et, obviously, changement de Docteur. Seuls restent ( pour l’instant ), Jenna Coleman en Clara Oswald, et le tournevis sonique. Le Docteur, après une régénération compliquée, est de nouveau d’attaque. Et quoi de mieux, pour ce nouveau visage, qu’un affrontement avec un Dalek ?

Into the Dalek… Le titre de l’épisode laissait songeur ! Dans cet épisode qui semble clairement inspiré du Voyage Fantastique ( film de 1966 ), le Docteur intervient au milieu d’une guerre entre humains et Daleks, sauvant un soldat d’une mort certaine. Mais sur le vaisseau humain, on doute du Docteur, et on le menace de l’exécuter si il ne remplit pas une mission : aller à l’intérieur d’un Dalek blessé et subitement devenu « bon »…

Peter Capaldi a décidé de faire du Docteur un personnage plus sombre et plus renfrogné. Qu’à cela ne tienne : il sera opposé à son pire ennemi, tout aussi ténébreux que lui, le Dalek (comme quoi, il n’y a pas de sentiments dans Doctor Who…). Peter Capaldi, en deux épisodes, a déjà réussi quelque chose d’unique : faire du Docteur un personnage à la fois grognon, torturé, mais aussi terrifié. Ce voyage au centre du Dalek, idée osée sur le papier mais qu’il fallait avoir le courage de tenter, le fascine, mais aussi le terrifie. Quant à nous, qui étions habitués aux frasques et délires juvénilo-préadulte de David Tennant et Matt Smith, nous sommes à la fois terrifiés et fascinés, pour et par le Docteur. Le premier épisode de la saison 8 nous laissait une impression que l’épisode 2 confirme : le nouveau Docteur sera plus sombre. Peu de sourires, caractère plus intraitable, des vannes qui sont devenues plus cassantes et pince-sans-rire que lancées à la cantonade pour épater la galerie.
Comme si le Docteur refusait cette vieillesse (signe qu’il est encore un grand enfant, il désigne Clara comme sa « tutrice » ), qui cependant le démoralise un petit peu ( « il [en] a bien plus peur qu’elle » disait le 11e Docteur ), mais en même temps s’en sert comme énergie vitale. Pied de nez aux dubitatifs, Peter Capaldi prouve que la vieillesse, surtout pour un personnage alien à forme humaine de 2000 ans et dotée de 2 coeurs, n’est pas une fatalité. Cette faculté à avoir fait émerger une nouvelle caractéristique de ce dinosaure de la SF prouve tout le talent de ce 12e Docteur. Il sera dans un registre différent, que l’on peut réceptionner de manière froide, mais qu’au fond on ne pourra pas délaisser à l’heure où on se rappellera de tous les Docteurs. 2 épisodes sont passés : nous, on est déjà conquis.

into the dalek

©BBC

On s’est beaucoup attardé sur le Docteur, mais c’est parce que la forme de l’épisode s’y prête. Miniaturisé à l’intérieur de son pire ennemi, le Docteur est ainsi aux prises avec quelque chose qu’il connaît à la fois très bien et à la fois pas du tout ou pas assez. Idée qui avait déjà été abordée, en apparence depuis l’épisode « Dalek » de la saison 1, l’exploration du Dalek itself est cette fois-ci bien plus poussée, et son brutal changement d’humeur va de pair avec la question que se pose le Docteur lui-même : est-il un homme bon ? Clara lui répondra : « Je ne sais pas ». Car cet épisode n’est pas juste un affrontement entre le Docteur et les Daleks. C’est aussi l’affrontement entre le Docteur et sa conscience, mais aussi entre le Dalek et quelque chose qui restera toujours bizarre pour lui : les sentiments. La fin de l’épisode offre un chassé-croisé entre les deux rendant difficile la découverte d’un bon adjectif pour la qualifier. Le mystère autour de la question, en soi déjà complexe, s’épaissit. A vous d’en juger ! Steven Moffat, qui a co-écrit le scénario, manipule une fois de plus habilement les spectateurs jusqu’au coeur même du Dalek pour dire qu’au final, eh bien libre cours est donné aux interprétations. En 45 minutes émerge une foule de questions toutes aussi importantes les unes que les autres : le Docteur est-il plus hermétique qu’un Dalek ? Ou l’inverse ? Le Docteur est-il un héros ? Ou un anti-héros ? Même la seconde réponse de Clara reste évasive, vague, et floue.

L’interprétation de Jenna Coleman est une nouvelle fois brillante de justesse, dans un rôle auquel le spectateur s’identifie clairement comme oeil mais aussi comme bras armé du Docteur. Sa relation avec le Docteur aussi change, se démultiplie : exit le flirt ambigu, place à une relation père/fille, mais aussi fille/père. Chacun a besoin l’un de l’autre à un certain moment, mais chacun a aussi besoin de sa vie et de son intimité

De manière plus générale, cet épisode se présente aussi comme le lancement de nouvelles intrigues : qui est Danny Pink, ce professeur, ex-soldat, lui aussi aux prises avec un souvenir douloureux ? Qui sera-t-il par rapport à Clara, avec qui il travaille ? Rencontrera-t-il le Docteur ? Et par dessus tout, qui est cette mystérieuse femme prenant le thé dans ce qu’elle appelle le paradis, y recueillant les victimes du Docteur ?

Tant de questions qui restent encore sans réponse. Mais le show Dr Who, 8e édition, est bel et bien lancé, et il fourmille de bonnes idées. Pour cet épisode, beaucoup de débats ont été lancées ! La suite au prochain numéro !