Adam Bell, professeur d’université, mène une vie morose et banale. Jusqu’au jour où il remarque, dans un film, que l’un des acteurs est son exact sosie. Ses recherches montrent que ce double,  Anthony, existe bel et bien. Commence alors un jeu de chat et souris entre les deux hommes…


Tourné un an avant « Prisoners« , « Enemy », le presque nouveau film de Denis Villeneuve, pèche pourtant à l’égaler. Tandis que Prisoners, de par une belle thérapie de choc et un suspense très bien mené, parvenait à transporter son public sans le perdre en cours de route, Enemy rate inexplicablement sa cible. Explications. 

« Le nouveau piège de Villeneuve », « Lynch », « Polanski », la communication et la critique entourent le film si bien qu’il est difficile pour tout bon amateur de thriller psychologique de ne pas se rendre à la première séance possible. Pourtant, si la comparaison est flatteuse pour « Enemy », elle l’est moins pour ses modèles. La prétendue complexité du nouveau Villeneuve est, en effet, inexistante : le film est profondément linéaire, et on devine à peu près tous les effets et (rares) rebondissements que le film, propose, et ce très tôt. 

Il pèche également par un manque cruelle de symbolique, ce qui, avouons le, est assez embarassant pour un film qui se réclame de David Lynch. Le seul symbole est ici celui de l’araignée, qui représente tour à tour les fantasmes d’Adam, ceux de son double Anthony, et enfin la femme elle-même. Si l’araignée fait certes frissonner, elle est un effet symbolique bien trop appuyé, de par les nombreux clins d’oeil qui figurent dans le film (la toile, le nid, l’araignée en elle même…). 

enemy

©V.O.



L’ambiance, quant à elle, est aussi terne et sombre que Prisoners, n’apportant ainsi rien à la filmographie de Villeneuve, ni au thriller psychologique dans son ensemble, et le final est bien trop logique pour susciter une quelconque surprise. L’ensemble, d’ailleurs, pèche par une trop grande normalité : le monde dans lequel évoluent les personnages est bien trop commun pour rendre le film intéressant, on aurait préféré le choix d’un monde plus onirique comme celui de The Double, ou plus déjanté comme pour Fight Club.

Que reste-t-il alors pour accorder au film une note un peu plus elevée que la moyenne? Un jeu d’acteur, principalement, celui du névrosé et névrotique Jake Gyllenhall, qui a le mérite de tenir plutôt bien un rôle plutôt risqué, qui parvient à nous faire croire à ses deux personnages et à ne pas nous perdre dans leurs ressemblances. Mélanie Laurent, qui joue sa femme, est comme à son habitude impeccable dans le transfert d’émotions (bien que pour une fois, elle ne pleure pas), et Sarah Gadon, femme du Double, tient très bien son rôle ambigü. On peut donc accorder à ce trio  une très bonne maîtrise, et même les remercier pour Villeneuve de porter un peu plus haut son scénario trop simple. 

Ajoutons enfin que Villeneuve sait filmer son monde, de par des effets de caméra souvent habile qui relèvent, sinon d’un auteur, au moins d’un très bon élève. L’ambiance générale du film, malgré sa banalité dans les films du genre, accroche assez bien le public, et la durée moyenne du film (1h30) permet de ne pas le faire décrocher trop vite. Malheureusement, tout cela ne suffit pas pour faire d’Enemy un bon film, et ce dernier souffre de la comparaison avec The Double, sorti en même temps sur le même thème mais bien plus réussi… 

A.M.D