A la mort du metteur en scène de la pièce qui l’a lancée dans le monde du théâtre et du cinéma, Maria (Juliette Binoche) est amenée à jouer dans une nouvelle adaptation de cette pièce. Seulement, un problème se pose : alors qu’elle avait joué il y a 20 ans le rôle de la jeune fille qui pousse une dame plus agée au suicide, elle est maintenant tenue de jouer le rôle de la dame agée… 

Cloud of Sils Maria (titre original du film, changé on ne sait trop pourquoi en Sils Maria ici en France), est un film grandiose, et complexe qui avant tout pose la question du temps qui passe, et de la manière de gérer cette fatalité. Le personnage de Juliette Binoche, âgée de 40 ans mais persuadé d’être définitivement marqué par la vieillesse, brille d’originalité de par une certaine ambiguïté: si elle refuse au départ de jouer le rôle de la « vieille » et a parfois des soucis à l’interpréter lors des répétitions, il n’en reste pas moins qu’elle prend très au sérieux son travail d’actrice pour cette pièce, et s’amuse à en livrer des interprétations qu’elle seule comprend. Juliette Binoche est étonnante de sincérité dans ce rôle qui semble taillé pour elle, de dame mûre, têtue, séductrice, agressive et j’en passe. 

En face d’elle se reflète d’abord Kristen Stewart, qui s’en sort à merveille dans ce rôle d’assistante de Binoche, passant extrêmement habilement de l’admiration à la haine pour son employeuse et amie, en passant par la tristesse et la désillusion. La critique serait en effet facile pour juger de cette actrice sortie du (mauvais) star system, il faut donc, pour éviter un acharnement injuste, reconnaître à cette actrice une renaissance indéniable et valorisante, à l’instar de son compagnon Robert Patinsson. 

sils maria

©Filmsdulosange



Les parallèles avec la vraie vie, pour rester sur le thème du star system, se sont assez fréquents dans le film, le renforçant dans son réalisme et sa crédibilité déjà habilement appuyés. Des références à la vie tumultueuse de l’actrice Kristen Stewart, aux hésitations cinématographiques de Juliette Binoche, et même aux frasques superhéoriques de Chloe Grace Moretz (voir la réplique sur le passé du personnage joué par Moretz, jeune actrice remplacant Binoche dans son ancien rôle, par exemple, selon laquelle elle voudrait se libérer du star system après avoir tourné dans un film de superhéros bidon) parsèment le film, et permet quelques moments remplis d’humour. 

Si on devait reprocher quelque chose au film, ce serait peut-être me fait que les dialogues soient un peu trop centrés sur un seul et même sujet, à savoir celui de la vieillesse de Maria. En effet, on revient un peu trop souvent sur sa difficulté à avancer, quand bien même elle ne la montre pas toujours: quel que soit l’action qu’entreprend Maria, on lui reproche de ne pas vouloir avancer, et cette thématique trop appuyée par les dialogue paralyse un peu le film, auquel on peut reprocher de stagner. Par ailleurs, le choix d’Olivier Assayas de parsemer son film de fondus enchaînés et au noir, faisant souvent s’arrêter des scènes au milieu d’un dialogue, brille certes par sa constance et son apport au rythme calme du film mais peut se discuter lors de certaines scènes, notamment celles de la montagne. 

Celà dit, Assayas filme les paysages suisses avec une certaine passion mais surtout une belle volonté d’esthétique, notamment en ce qui concerne l’Engadine, sorte de nuage glissant passant  à Sils Maria, qui donne son titre original au film. Son film est empreint d’une beauté ineffable, grâce à la simplicité de son propos, la beauté de ses actrices et des paysages montrés. Peut être pas du grand, mais indéniablement du très bon cinéma 

A.M.D