Eurozoom poursuit sa politique de distribution de films d’animation japonaise  avec le fascinant Budori.

Budori est l’adaptation d’un conte de Kenji Miyazawa daté de 1932. Miyazawa est considéré comme l’un des meilleurs conteurs du XXè siècle dans son pays.  Ce conte a une saveur particulière pour l’auteur car il est directement inspiré de la perte de sa soeur décédée en 1922. Budori est réalisé par Gisaburō Sugii, l’homme derrière AstroBoy par exemple.

Budori, un jeune chat courageux et intelligent, vit paisiblement avec ses parents bûcherons et sa petite sœur Neri dans la forêt de Tohoku. Un matin, un grand froid frappe la forêt, apportant misère et famine sur la maisonnée. Ses parents doivent quitter le foyer à la recherche de nourriture pour la famille. C’est alors que disparaît Neri. Budori est désormais seul, il a tout perdu et bientôt il n’a plus d’autre issue que de partir à l’inconnu pour tenter de retrouver les siens. 

Je me permets de parler de ma situation : c’est la seconde  fois que je vois un film animé japonais. La première expérience a été Akira il y a quasi 20 ans. Je ne suis pas familier avec les Myazaki et consorts, c’était donc assez étrange d’être en face du film Budori.

Personnalisés en chats, les héros du film sont de suite attachants pour quiconque aime l’animal. L’univers dépeint est à la fois doux et déjà triste. Les couleurs pastel et l’atmosphère des décors sont assez marquants. En quelques minutes, l’ambiance change et seuls les personnages ressortent des décors désormais dénués de couleurs. Dans la même « couleur » d’atmosphère, la musique lancinante parait assez insupportable dans les moments clés. On nage en plein film des années 20. L’époque contée ne noie avec un aspect formel qui renvoie directement à cette époque.

Budori

©Eurozoom

Le drama familial est au coeur de cette histoire, la condition sociale de la ville, les relations parents-enfants, la difficulté de subvenir au besoin de son foyer, la fratrie sont autant de sujets plus ou moins évidents qui transparaissent du récit. Un événement surnaturel vient bouleverser le petit monde de Budori. Sa petite soeur est enlevé par un mystérieux personnage fantasque. Dès lors, son voyage et sa quête initiatique commencent.

A travers plusieurs tableaux coincés entre rêveries et sous-textes, le film tente alors de montrer qu’une tragédie peut prendre la forme d’une aventure extraordinaire dans l’esprit d’un jeune enfant. Ce voyage métaphorique prend alors tout son sens même si, parfois, on sent un peu moins concerné que prévu. Chaque chapitre, chaque rencontre prend des airs de fresque musicale avec un rythme et une sonorité particulière. Il y a une vraie beauté picturale dans ce film avec toujours un très gros sous-texte sur la tragédie sociale mais aussi personnelle. Budori voit la peluche de sa soeur qui… un chat endormi. On ne peut pas faire plus clair.

Fable sociale, Budori réservera des moments fascinants. Dommage que l’abstraction du récit plombe quelques fois des scènes. Le dénouement réserve alors des surprises dans la réflexion sur l’histoire. Libre à chacun d’interprêter la conclusion…