Le 23 août, Doctor Who revient pour une saison 8 avec un nouveau Docteur introduit subrepticement lors de The Day of the Doctor et de façon plus officielle avec la fin de The Time of the Doctor : Peter Capaldi.

Un changement de direction pour la série qui avait constamment rajeuni le Docteur depuis 2005, et surtout un saut vers l’inconnu, comme à chaque régénération. Mais Capaldi n’est pas juste un acteur banal, c’est aussi et avant tout un génie, capable de tout jouer à merveille, que ce soit Leonard de Vinci dans un documentaire ou encore un fonctionnaire zélé dans Torchwood. Mais son rôle dans The Thick of It, en spin-doctor tyrannique, reste son plus beau chef-d’oeuvre.

The Thick of It est une série politique, écrite par Armando Iannucci, écossais comme Capaldi, et diffusée tout d’abord sur BBC4 (pour les deux premières saisons de trois épisodes chacune et les trois épisodes spéciaux en 2007), puis sur BBC2 en 2009 (saison 3) et 2012 (saison 4). La série se divise en deux parties : les saisons 1 à 3 sont dans le camp du gouvernement travailliste, au DoSAC (un département fictif qui s’occupe des affaires sociales), la quatrième suit en parallèle l’Opposition travailliste et le DoSAC contrôle par les Conservateurs. Et l’on y suit les mésaventures des différents Secrétaires d’État et Ministres qui s’y succèdent, ainsi que celles de leurs conseillers.

peter capaldi

©BBC

Mais le point central de la série, c’est Malcolm Tucker, ce spin-doctor spécialiste de la tmèse, joué donc par Peter Capaldi. Alors, il existe beaucoup de personnages mémorables de séries, mais avec Malcolm Tucker on entre dans le club fermé de ces personnages qui vont vous poursuivre toute votre vie. Quand on le voit arriver dans le premier épisode, on ne se doute pas de la tornade que l’on va se prendre en pleine face – un peu comme le pauvre Secrétaire d’État qui subit la colère divine de Tucker. Ce dernier ne parle pas ; il vitupère, éructe, hurle à s’en faire sortir les yeux des orbites, dégainant les « fuck off » avec un accent écossais effroyable plus vite que son ombre, ne restant pas une seconde en place, menaçant. Et même quand il murmure, on ne se sent pas en sécurité. Capaldi sort pendant ces quatre saisons une performance hallucinante, toujours à la limite, se donnant corps et âme pour ce personnage pas si décalé que cela au final.

Car si The Thick of It est clairement dans l’absurde et l’exagération, on se rend petit à petit compte que la série n’en est pas moins crédible sur le plan politique et humain. Et ce, grâce à deux points : sa réalisation, empruntée à The Office, qui donne le sentiment au spectateur d’être présent physiquement avec les intervenants ; et l’écriture de Iannucci, brillante de bout en bout. Il sait quand être drôle, féroce ou au contraire, plus posé et plus axé sur le drame d’une situation. Iannucci va au bout de ses idées, ne se refuse rien et arrive à créer des situations crédibles. De plus, il s’appuie sur l’actualité pour rythmer ses épisodes (la démission de Tony Blair en 2007, le retour des travaillistes dans l’Opposition, etc.), ce qui donne encore plus de consistance à l’ensemble. Même si les noms sont fictifs, on sait tout de suite à qui ou à quoi il est fait référence, à condition de connaître la politique britannique bien sûr. Mais même sans ces connaissances, la série reste parfaitement compréhensible.

De fait, la série peut se voir de deux manières : comme une comédie féroce qui croque la vie politique britannique ; ou comme un drame, où les personnes sont broyées par le système et où quelques personnes tirent les ficelles du pays. En fait, The Thick of It est un mélange plutôt habile des deux. C’est surtout à partir de la troisième saison (de 8 épisodes) que la série prend son envol et que la figure de Malcolm Tucker cesse juste d’être un père-fouettard ; il s’humanise, rendant la série plus profonde, plus intimiste. A la fin de la série, on aurait presque de la peine pour lui, et ce, malgré ses insultes répétées. On s’attache aussi aux autres personnages : Ollie (joué par Chris Addison) – le jeune aux dents longues ; Glenn Cullen (James Smith)- le dinosaure de la communication ; ou encore Nicola Murray (Rebecca Front) – la ministre complètement paumé, puis en leader de l’opposition encore moins sûre d’elle. Le casting est globalement excellent, des premiers aux seconds rôles.

Au final, The Thick of It est une série indispensable pour tous les amoureux de la comédie anglaise et des séries politiques. Iannucci y fait des miracles à l’écriture et Capaldi y est immense. De quoi rassurer les fans de Doctor Who qui ne le connaissent pas forcément.