Devant la fin de Breaking Bad et celle future de Mad Men, AMC se devait de sortir une série capable de pallier à ces absences en terme de reconnaissance critique. The Walking Dead étant certes un leader dans les audiences, mais plutôt inégal, il fallait pour la chaîne du câble basique montrer qu’elle en avait toujours sous le coude. Chose réussie avec cette première saison de Halt & Catch Fire.

Nous voici donc dans les années 1980, période phare des boules à facettes et des bornes d’arcade, à suivre quatre personnages – trois principaux et un qui voit son rôle prendre de l’ampleur au fil de la saison : Joe MacMillan (Lee Pace), visionnaire qui souhaite affronter IBM, son ancien employeur ; Gordon Clark (Scott McNairy), ingénieur terre-à-terre qui a connu un échec professionnel ; Cameron Howe (Mackenzie Davis), le génie de l’informatique et électron libre du groupe ; et enfin Donna Clark (Kerry Bishé), la femme de Gordon, qui doit supporter son mari pendant une bonne moitié de la saison. Le but ? Créer un nouvel ordinateur pour concurrencer IBM et marquer l’Histoire (enfin, ça, c’est Joe qui le pense surtout).

Halt & Catch Fire réussit un sacré tour de force : rendre passionnant un sujet aride. On assiste donc à la création d’un ordinateur, du prototype créé à l’arrache dans un garage à son lancement dix épisodes plus tard. Le tout étant bien mis en scène et écrit. AMC a toujours eu le chic pour créer des ambiances assez uniques, entre lenteur de l’action et efficacité du verbe ; ici, on retrouve ces qualités, même si la série est moins lente que ne le laissait présager les premiers épisodes. On enchaîne sans temps mort les différentes situations, et les 42 minutes passent en un éclair, surtout vers la fin de la saison, qui est vraiment haletante et brillante.

 

Halt and Catch Fire

©AMC

Cependant, cette saison n’est pas parfaite. Son gros point faible se situe dans l’écriture de ses personnages, et des interactions entre eux. Comme vous pouvez le voir deux paragraphes plus haut, on a plus affaire à des stéréotypes qu’à des personnages profonds et ambivalents. Même si ils évoluent au fil de la saison, les scénaristes font un peu dans la facilité en nous gratifiant de situations clichés, comme les engueulades récurrentes entre Joe et Cameron, ou entre Gordon et Joe ; parfois, elles arrivent comme un cheveu sur la soupe, de manière forcée. Idem pour les résolutions d’ailleurs. Heureusement, ce genre de mésaventures se fait plus rare au fil de la saison, les personnages devenant plus humains, plus profonds. Et, grosse avancée par rapport aux autres séries AMC, les personnages féminins sont intéressants et bien écrits. Enfin.

Si l’écriture des personnages est parfois trop légère, les acteurs, eux, sont au top. Lee Pace est magnétique et fascinant, Mackenzie Davis pète le feu, Scott McNairy est d’abord discret au début de la saison avant de se faire plus présent et imposant dans la seconde moitié, tout comme Kerry Bishé. Niveau seconds rôles, que du solide aussi. Cela donne à Halt & Catch Fire une vraie solidité, et lui permet de ne pas se reposer exclusivement sur ses têtes d’affiches, ce qui aurait pu lasser à force.

Donc au final, cette première saison est une réussite. Parvenant à captiver avec un sujet pour le moins aride, Halt & Catch Fire montre qu’une série sur l’informatique peut être autre chose qu’un délire pour geek. La meilleure série dramatique de l’été, assurément, en attendant un possible renouvellement que j’appelle de tous mes vœux. Et ce, malgré des audiences très faibles – mais comme Mad Men va bientôt s’arrêter, une place se libère dans la programmation et la série ne coûte pas chère à produire. On croise les doigts.