Jim Field Smith, réalisateur de « The Wrong Mans », était venu à Fontainebleau début juillet pour présenter le pilote de la série. Comment aborde-t-il la saison 2 en tournage d’ici quelques semaines?

jim_field_smith_a_p« The Wrong Mans », c’est l’histoire de Sam Pinkett et Phil Bourne, travaillant au conseil municipal d’une petite ville du comté de Berkshire. Sam a des problèmes sentimentaux avec sa copine, qui se trouve aussi être sa boss, et Phil apporte le courrier mais a des soucis d’intégration à l’entreprise (en d’autres termes, personne ne veut vraiment discuter avec lui). Le ramassage d’un portable perdu va impliquer Sam dans un kidnapping d’une inconnue, et se faire passer pour le mari de la kidnappée va impliquer les deux hommes dans une conspiration extraordinaire. Une des pépites qui a été un véritable carton pour BBC2 à l’automne dernier. De passage à Série Series pour présenter le pilote lors de la soirée de clôture, on a causé de la production de la série, de son écriture et on a tenté de soutirer quelques informations à Jim Field Smith, réalisateur de tous les épisodes de la saison 1, et qui l’a développé avec les deux créateurs, James Corden et Matthew Baynton.

C’est la première fois que vous montrez la série en dehors du Royaume-Uni?

Jim Field Smith : On était venus à Monaco, au MIPTV, pour montrer la série, mais elle était alors en plein montage. Je viens plus du milieu du film, et on a tourné les 6 épisodes dans l’ordre. On a conçu la série comme un tout, comme une sorte de film de 3 heures, divisé en épisodes.

Les épisodes, notamment la fin, deviennent de plus en plus rocambolesques au niveau des séquences d’action. Comment avez-vous géré ces ambitions lors de la production de « The Wrong Mans »?

Le budget de la série n’était pas si élevé. Il a donc fallu ruser. Nous avons vraiment limité les grosses cascades, il y a quelques cascades automobiles, un saut depuis un pont… Il y a aussi la bagarre dans le local du vaguemestre, qui nous a pris pas mal de temps. Ce sont vraiment Matt (Baynton) et James (Corden) qui l’ont assuré, quasiment sans doublure. Ce qui s’est passé, c’est qu’on a planifié au maximum, pour éviter d’avoir des problèmes ensuite. Nous avons passé 8 semaines en préproduction avec notre directeur de la photo et notre chef décorateur ; à cette époque certains des scripts n’étaient pas finalisés. Mais on a réussi à s’en sortir. On a pas tourné de matériel bonus : tout s’est retrouvé dans la série, sans scènes coupées, un peu comme pour les séries dramatiques.

Que pouvez-vous nous dire sur la saison 2? Est-ce que c’est quelque chose que vous aviez prévu en saison 1? 

[SPOILERS SAISON 1]

La saison 1 se termine sur ce cliffhanger avec quelque chose qui est placé sous leur voiture. On avait une histoire, mais on ne savait pas exactement les détails. La saison 2 a un thème autour de Noël, et on répondra à ce qui était sous leur voiture. Le mieux que je puisse dire, c’est que si la saison 1 de la série était la première moitié d’un cercle, cette deuxième saison le complète. Nous faisons très attention à ne pas tomber dans la malédiction de la suite : nous faisons attention à ne pas nous répéter, et nous faisons une sévère autocritique dans l’écriture. Il y a plus de thriller et d’action qu’en saison 1, et l’idée d’aller bien au-delà de la ville, sur une aventure encore plus grande. Quelque part c’est l’opposé de la saison 1 : là où les problèmes venaient à eux, maintenant c’est eux qui vont les chercher.

Quel est le rôle de Hulu dans la production de la série?

Il a été essentiel : sans leur cofinancement, nous aurions dû limiter un certain nombre de choses. Ils ont compris la comédie au centre de la série, et le ton général. On a fait une version plus modeste d’une comédie d’action, mais où la comédie ne se limite pas à ça : il y a un énorme accident de voiture dans le pilote. Le héros peut l’entendre et le voir en plein centre, ce n’est pas montré pour un effet seulement comique.

Quelles sont vos influences dans l’écriture de « The Wrong Mans », notamment pour la réalisation des scènes d’action?

J’ai été inspiré par les grands réalisateurs d’action : Michael Mann, Tony Scott, John McTiernan, mais en y ajoutant un niveau de ridicule. « Burn After Reading » des frères Coen, et aussi des thrillers télévisés comme « 24 Heures Chrono » ou « Breaking Bad », surtout dans le montage.

Il y a aussi un grand rôle joué par la musique, extrêmement lourde et tendue.

La musique est très présente, en effet, et le choix d’une musique de thriller est assumé. On voulait quelque chose où la musique se fonde dans le décor, et on a utilisé très peu de titres extérieurs, à part un titre de dubstep par exemple, ou « Margaritaville » de Jimmy Buffett.

Quels choix avez-vous fait pour tourner la série, et lui donner cet aspect de thriller?

Dans la palette, il y a une différence entre l’intérieur des bureaux où travaille Sam : le vieil univers de Sam a beaucoup de gris, avec une palette de bleu, gris et vert. Et dans le deuxième épisode, on a plus de couleurs, avec une explosion, du feu, etc. En termes de format, certaines scènes sont tournées en 2:35:1, avec beaucoup de barres noires sur l’écran. C’est un compromis auquel je suis arrivé : à la fin de ses scènes, les barres disparaissent, et c’est comme si on entrait dans ce film (effet de recadrement letterbox). Mais on ne s’est pas limité à ça, les scènes de « précédemment » et les bandes-annonces utilisent ce format aussi.

D’où est venue la genèse de la série?

A vrai dire, James Corden et moi en avions discuté à l’époque où « Gavin & Stacey » (où il a joué) venait de se terminer. Puis ils ont écrit le premier épisode, et on a insisté pour tourner le pilote avant la série. BBC2 a accepté nos conditions, et cette sorte de « test » a conduit à faire des choix plus forts pour la suite de la série. Le produit fini est très proche de cette idée, et on ne trouve pas de ton identique dans les séries actuelles, qui ne souhaitent pas être drôles à 100%.

Où en êtes-vous de la production de la saison 2?

On doit commencer à tourner début août, avec une diffusion prévue pour décembre. C’est un planning très condensé. Pour ma part, j’ai un autre projet que je développe avec la BBC. C’est un projet qui me tient à coeur, aussi une comédie de genre, mais bien plus sombre. Je la développe avec George Kay (avec lequel il a développé plusieurs court-métrages et un film, ndr). C’est aussi conçu pour avoir un nombre d’épisodes limités, mais c’est une comédie d’une heure cette fois-ci, au ton plus sérieux que « The Wrong Mans ». Ce que j’aime le plus dans la série, c’est d’amener ces intrigues de film dans le monde de la télé.