« Baby Balloon » est sorti dans une poignée de salles mercredi. On est revenus avec son réalisateur, Stefan Liberski, sur le développement du film, sa bande-son, son ancrage à Liège et son prochain film, « Tokyo Fiancée », adapté d’un roman d’Amélie Nothomb.

liberskiComment avez-vous développé le film avec Dominique Laroche? Elle est créditée en tant que coréalisatrice, ayant participé à la mise en scène.

Stefan Liberski : C’est un scénario sur lequel j’avais travaillé. Dominique Laroche l’avait développé avec une autre personne, puis ensuite avec moi. Comme elle s’était impliquée dans les prémisses du film, elle était plus que scénariste. Il y a quelques séquences qu’elle a tourné, la scène du concert du début.

Le film m’a l’air d’être très honnête dans sa description d’un univers rock, notamment avec l’inclusion de personnages comme le fan de Bici, plus authentique que nature. Est-ce que vous vous êtes inspiré de rencontres dans le milieu du rock?

Je suis aussi un musicien. J’ai composé quelques chansons avec Ambre (Grouwels, qui joue Bici, ndr) qui chante les paroles qu’elle a écrit, et moi j’ai composé la musique. Donc je connais un peu cet univers-là, ça ne m’est pas étranger, ce genre de personnages. L’acteur qui joue le fan joue aussi de la guitare, et il la joue exactement comme ça. Il avait assez d’autodérision pour jouer l’apprenti compositeur qui a toujours des idées pour son groupe. C’est quelqu’un qui a beaucoup d’humour en réalité.

Le film débute alors que Bici and The Bitches tournent depuis pas mal de temps. Mais quelle est leur notoriété réelle à Liège dans le film, vu la salle comble?

C’est de la fiction. La réalité, c’est qu’on voulait que ce soit vraiment un groupe qui joue, et pas de la musique ajoutée en post-synchro. Les membres du groupe sont vraiment des musiciens amateurs, sauf Ambre, qui faisait du chant lyrique, de la comédie musicale, etc. Il s’agissait de capter quelque chose qui se situe dans une espèce de réalisme. Il y a quand même eu un travail sur le son, de la spontanéité et de la vérité, plus dans un vrai groupe. L’histoire, c’est que le groupe va un peu être tué dans l’oeuf. Le contexte, c’est un amour de jeunesse, avec le guitariste du groupe dont Bici est amoureuse depuis toujours, et elle, qui n’arrive pas à sortir de ses tracas familiaux. C’est aussi le contexte de sinistrose, de désindustrialisation de Liège, qui est un poids… Et elle, c’est Baby Balloon, qui veut s’en sortir, et j’aime imaginer qu’elle s’envole de tout ça.

Vous êtes Bruxellois, et Liège est dépeinte comme un no man’s land. D’où est venue l’idée de placer le film à Liège plutôt qu’à Bruxelles, ou d’autres villes?

Parce que justement, il y a ce contexte qui est plus lourd qu’à Bruxelles. Bruxelles est une ville cosmopolite, c’est la capitale… Il n’y a pas ce contexte de post-industralisation. Liège ressemble un peu à Liverpool. Elle se reconvertit très douloureusement, les abords immédiats, avec les grandes usines désertées… Y a une violence de l’histoire. D’un côté il y a le stade du Standard, et de l’autre des ruines industrielles.

Il y a une scène de rock belge, avec des groupes comme Venus ou Deus. Mais le groupe de Bici, c’est quelque chose de plus punk et improvisé. Pendant la composition, c’est quelque chose que vous avez voulu retranscrire dans le film?

Ambre est quelqu’un qui s’est révelée, d’abord comme excellente actrice, et puis aussi comme chanteuse et auteur. Je lui ai dit de prendre un carnet et d’écrire une chanson pendant le tournage. Et à la fin de la prise elle venait me voir en disant qu’elle avait vraiment écrit une chanson, c’était assez impressionnant. Et ensuite, j’ai posé de la musique et c’est « La Balade de Baby Balloon » à la fin.

Bici est une tornade, avec un très mauvais caractère et beaucoup de gouaille. Avez-vous voulu dépeindre une héroïne, qui gère les débuts de carrière du groupe, et tout le point de vue personnel, qui va mener à plusieurs problèmes?

Ce que je trouve intéressant, c’est de dépeindre la libération d’un personnage fort, avec ses faiblesses. « Tokyo Fiancée », ça raconte aussi la même chose. Cela pose la question : est-ce que l’on devient ce que l’on est ou on est le fruit de nos expériences? Et il faut un caractère particulier, même si on peut sembler égoïste ou désagréable, pour s’en sortir. Le contexte de Bici est assez terrible : une mère qui l’étouffe, une grand-mère qui ne parle plus… Ca ressemble à ce qu’elle voit par la fenêtre de chez elle, avec les industries mises sous respirateur artificiel : ça fonctionne encore mais tout le monde sait que ça va s’arrêter. C’est une espèce d’agonie métaphorique sur la grand-mère.

 Il y a une scène où Bici est comparée à Beth Ditto de Gossip. Avez-vous l’écrit en anticipant les questions posées pour la promotion du film?

On sentait venir, c’était pour couper l’herbe sous le pied, comme ça c’était réglé d’avance. Evidemment, j’aime beaucoup Beth Ditto, je trouve qu’elle a ce genre de caractère, et j’aime bien cette personnalité ; il est évident qu’il y a une parenté, qui est assumée, d’où la présence dans ce film.

En termes de rockstar féminine, vous aviez qui comme référence pour écrire le personnage de Bici?

Celui de Beth Ditto, en l’occurrence. C’est plus large : l’idée qui m’a séduite était de quelqu’un pas tout à fait comme les autres, grosse, et qui a un talent fou, qui se sort de là malgré la non-conformité aux canons esthétiques. Y en a pas beaucoup comme ça, j’aurais dit Demis Roussos…

Où en êtes-vous de votre prochain film, « Tokyo Fiancée », adapté du roman « Ni D’Eve Ni d’Adam » d’Amélie Nothomb? Que peut-on en attendre?

Le film est fini. Il est sélectionné au festival de Toronto, et fait l’ouverture du festival de Namur. J’ai adapté le roman d’Amélie Nothomb, qui n’a pas souhaité participer au travail d’adaptation. La particularité, c’était que j’ai écrit le film avant 2011, et il y a eu le tsunami en mars 2011, qui a arrêté le film. J’ai fait « Baby Balloon » entretemps, et j’ai cru que le film ne se ferait pas à un moment. C’est une rencontre de l’Orient et l’Occident, burlesque et amusante, entre une jeune Européenne (Amélie Nothomb) et un Japonais, qui ont 20 ans. C’est la première fois pour elle, et c’est ce premier amour et cette métamorphose en écrivain. Il y a des liens avec « Baby Balloon » pour le commentaire sur le milieu artistique. Ensuite, j’ai des scénarios écrits, mais je ne sais pas lequel sera « élu » (sourires). Cela dépend de tellement de choses…

Retrouvez notre critique ici.