Leo n’allait pas s’arrêter comme ça. Il continue et enchaîne les Docteurs…

ATTENTION SPOILER TRANSITIONNEL

A la fin du précédent article, nous avions dit que Steven Moffat créait le chaos, et cela n’est on ne peut plus littéralement vrai : dans le dernier épisode de la saison 5, le Docteur, Amy et Rory évitent de peu la fin de l’univers, grâce à un énième coup de génie made in Time Lord. Le Docteur continue donc sa route avec Amy et Rory, non sans passer par la case épisode de Noël. Cet épisode est cette fois une adaptation de « A Christmas Carol » de Dickens, et met en scène, faut-il le signaler, Michael Gambon, alias Dumbledore dans Harry Potter, dans le rôle du Scrooge local, Sardick. Oui, ca va faire drôle de le voir jouer un rapiat, je vous comprends. Au menu de cet épisode, le Docteur va jouer le rôle des 3 fantômes passé/présent/futur, non pour lui donner une leçon de vie ( enfin, pas que ), mais pour essayer de sauver Amy et Rory en train, dans le même temps, de se crasher en vaisseau. Touchant, envoûtant, cet épisode de Noël apporte une bonne dose d’émotions. A la fois incroyablement loin de l’histoire originelle ( nous sommes dans la science-fiction, nom de Zeus ) et à la fois, notamment grâce à la magnifique interprétation de Michael Gambon, on est proches du personnage et de l’ambiance de l’histoire écrite par Dickens : la neige, les orphelins venant demander de l’aide à Sardick, et Sardick lui-même, voyant son caractère changer au fur et à mesure que ce trublion de Docteur pénètre dans sa vie, tel un petit lutin espiègle. Notons à ce propos que Matt Smith rayonne plus que jamais dans le rôle du Docteur : si la saison 5 voyait apparaître un plus jeune Docteur, Smith fait gagner de la maturité au personnage, balançant justement entre des allures d’ado et un homme fatigué de porter le poids des mondes.

doctor who

©BCC

C’est ainsi que nous retrouvons nos joyeux lurons, partageant un pique-nique avec River Song. Et là, c’est le drame. Un drame qui va guider cette sixième saison vers des profondeurs plus obscures que jamais… Au centre de cette sixième saison, bien plus d’évènements marquants que dans les cinq précédentes réunies. On exagère à peine, et en révéler ne serait-ce qu’un serait un gros spoiler.

Vous vous souvenez des occasionnels épisodes flippants écrits par Steven Moffat dans les 4 premières saisons ? Le petit gars au masque à gaz, les Anges Pleureurs etc ? Eh bien là, vous en avez 13 pour le prix d’une saison ! Plus sombre, donc, et plus « creepy » est cette saison : nous faisons la connaissance des Silence, les nouveaux pires ennemis du Docteur, sorte de squelettes en costard, et renvoyant les Daleks à l’état de petits robots ménagers. Moffat tire littéralement les ficelles pour démontrer que personne, personne n’est à l’abri des fluctuations du temps et des conséquences des gestes de chacun. Autant vous le dire tout de suite, le personnage de Amy, si on peut la trouver agaçante par son côté « Rose Tyler/groupie », va en baver, et on ne pourra que compatir avec elle, mais aussi avec Rory qui ne s’est décidément pas débarrassé de la malédiction que lui a refilé Kenny McCormick ( pourquoi vous croyez que Kenny meurt moins depuis la saison 5 de South Park ? )… Quant à River Song, elle se dévoile plus vite dans cette saison que l’intrigue de Daenerys Targaryen en 5 livres de Game of Thrones... On ne vous dit rien ! Cette saison 6 entre de plain-pied dans la question du temps et du rapport des personnages à la réalité. Couplez cela avec quelques révélations, et vous obtiendrez un beau bordel « of space and time » sous l’égide du Docteur.
Rassurez-vous, la saison offre tout de même, à travers ces sombres heures, à offrir l’humour « so british » qu’elle colporte depuis toujours. Plus encore, les tout derniers mots de la saison, pourtant extrêmement sérieux, paraissent être une blague. Mais le plus hilarant est sûrement l’épisode 8, où le TARDIS apparaît par accident dans le bureau de Hitler. Occupé par d’autres affaires, le Docteur enferme le nazi dans un placard, sous le regard incrédule de celui-ci. Brisant magnifiquement l’horizon d’attente, cet épisode parlera de tout sauf Hitler…

Que dire de plus ? Matt Smith semble réglé sur une fréquence d’interprétation aussi solide qu’un point fixe dans l’univers : une performance splendide, enjouée, drôle, impressionnant de crédibilité, marchant dans les pas de son prédécesseur. On avoue encore un faible pour David Tennant qui n’a pas encore quitté nos coeurs, ni d’ailleurs Russel T Davies, en bons nostalgiques ( c’était l’bon temps… ). Surtout, Steven Moffat, en donnant ce coup de fouet nécessaire à la série ( pour les spectateurs, mais aussi pour la série elle-même qui n’aurait pas pu rester éternellement à l’époque Tennant avec un vieux TARDIS et des épisodes rappelant totalement la vieille série de 1963 ), a, comme dans Sherlock, légèrement ( mais quelle série, même British, n’a pas cet effet ? ) américanisé la série. Moffat ose : ainsi, l’épisode 7 marque une rupture dans la série dans le fait que ce n’est pas tant un problème temporel ou alien à régler, mais une offensive à la Expendables ( avec un scénario, of course ), ce qui n’était jamais arrivé avant. La série s’assume aujourd’hui comme entièrement liftée, à commencer par son très jeune interprète principal.

What else ? La saison 7 promet des heures encore ténébreuses et agitées. La suite, vite !