Leo se mate tout Doctor Who ? Il a raison non ?

ATTENTION SPOILER TRANSITIONNEL

« I don’t wanna go ». Sur ces mots terribles et bouleversants, David Tennant, 10e Docteur, a tiré sa révérence lors de l’époustouflant double épisode « La Prophétie de Noël » suivant la saison 4. Régénération violente pour le Docteur, qui entraîne un fort endommagement du TARDIS, et c’est dans un vaisseau à la dérive et parti pour se crasher que Matt Smith nous apparaît.

Doctor Who bénéficie ici d’un lifting violent : si les bases sont toujours là ( Docteur-TARDIS-compagnon-kitsch assumé-humour ), Moffat révolutionne tout ! Moffat amène un nouveau générique, un nouveau logo, un nouveau TARDIS, un nouveau Docteur, une nouvelle compagnonne plus jeune, mais aussi son petit copain faisant beaucoup penser à Kenny de South Park ( à vous de découvrir ! ), un nouveau tournevis sonique et même un nouveau personnage trublion temporel, à la manière de John Barrowman, en la personne de la mystérieuse River Song, sorte de manipulatrice du temps, jugée dangereuse, et qui connaît le Docteur comme sa poche, alors que lui est toujours dans le flou la concernant. Elle semble aussi avoir répertorié leur destin étroitement lié dans son petit carnet bleu, auquel personne ne doit avoir accès sous peine de, dit-elle, « spoilers ». Le Docteur la connaît toujours aussi peu depuis leur première rencontre dans la saison 4 (épisodes « Bibliothèque des Ombres »)

C’est donc une petite révolution qui s’opère dans Dr Who, bien que la continuité soit toujours assurée : le Docteur se fie toujours à son vieil ami le tournevis sonique, sa nouvelle compagnonne, Amy Pond ( Karen Gillan ), dans la lignée de Donna Noble, ne se laisse pas marcher sur les pieds, on a toujours droit à un épisode d’époque avec la rencontre d’un personnage historique ( ici Van Gogh ) et son TARDIS lui joue toujours des tours malgré son aspect 2.0.

doctor who

©BCC

Quant à nous, spectateurs sortant encore les yeux embués de l’ère Tennant, et forcés à la comparaison, nous attendons beaucoup de Matt Smith et Steven Moffat. Eh bien il n’y a pas de quoi être décus ! Que David Tennant se rassure, la relève est bien assurée derrière lui, même si on le regrettera éternellement, tant sa performance de Docteur était incroyable d’authenticité. Et que Russell T Davies se rassure aussi, un ambitieux Steven Moffat, récompensé d’un Hugo Award quasiment à chaque fois qu’il écrivait un épisode pour la série, a récupéré le flambeau. En effet, Matt Smith, plus jeune Docteur de l’histoire de la série mais bourré de talent, se fond complètement dans le décor à grand renfort de petites blagounettes, de petits sourires clinquants, et de déambulations essoufflantes. Quand on sait que Steven Moffat est aussi aux commandes de Sherlock, ce n’est presque plus étonnant… Dans la lignée de David Tennant, mais donc avec une bien plus grande accentuation sur l’humour, prenant souvent le dessus sur le sérieux : une scène mémorable de l’épisode 3 nous montre un Matt Smith kamikaze, seul face aux Daleks ( eux aussi nouvelle génération car tous colorés ), et les menacant de faire sauter son TARDIS grâce à un bouton d’autodestruction dans sa main, alors que le bouton se révèle être… un macaron ! Fou, fantasque, malade, tous ces mots ne désignent pas complètement ce casse-cou qu’est le Onzième Docteur qui se riait du crash du TARDIS lors de sa régénération. Qu’on se le dise, Matt Smith n’est toutefois pas que ca : il est tout à fait capable de jouer le sérieux avec brio, et garde le sens du sacrifice lié à son personnage, pour le bien du temps et de l’espace. Protéiforme, le Docteur réussit même à devenir « normal » lors de l’épisode 11, montrant toutes ses capacités au football. Matt Smith n’aura eu besoin que d’une saison pour éliminer à environ 90% notre chagrin de la perte de David Tennant. Il est bien aidé en cela par le talent de Moffat. Celui-ci, après un premier épisode de toute beauté parsemés de morceaux de bravoure à la gloire de son nouvel étalon, fidèle à sa réputation quelque peu « creepy » depuis le début de sa participation dans la série, créant des personnages et ambiances angoissants, fait se sublimer Matt Smith en ramenant à la vie les Anges Pleureurs, vus dans la saison 3, le temps d’un double épisode et plus flippants que jamais. Mais Moffat sait aussi tenir en haleine le spectateur, l’entraînant dans une certaine interrogation dans le rapport entre le fil rouge de cette saison, une maudite fissure dans le mur de la jeune Amy Pond et qui réapparaît partout dans le temps et l’espace et les épreuves auxquelles le Docteur est confronté : Daleks, Anges, Van Gogh, mais aussi le mystérieux Seigneur des Rêves dans l’épisode 7, épisode époustouflant mettant aux prises le Docteur et la réalité, il fallait le faire ! Tout cela amène à un final à couper le souffle, où, tel un musicien s’acharnant sur sa batterie, Moffat crée le chaos… On n’en dit pas plus !

Bien que la nostalgie de l’ère Tennant-Davies soit toujours présente, le passage à l’ère moderne opéré par le tandem Smith-Moffat est une vraie réussite, conciliant un esprit Dr Who intact avec une révolution esthétique. Annonciateur de son travail sur Sherlock, Moffat réussit brillamment son test et confirme son talent cinématographique mais aussi physiologique sur le choix des acteurs ( Matt Smith dans Dr Who, Benedict Cumberbatch dans Sherlock ). Vite, la suite !