Couronné à Sundance l’année dernière pour sa réalisation, Afternoon Delight est un film indé qui sent la Sundancerie à plein nez.

Histoire touchante, trauma ultra présent et délayé pendant 1h30, acteurs au taquet, feel-good, feel-sad, Afternoon Delight vaut surtout pour une Kathryn Hahn (Walter Mitty) étincelante.

Rachel n’a ni job, ni vie sexuelle mais un enfant, un mari et une psy. Quand elle tente de ranimer la flamme en embarquant son mari dans une boite de strip-tease, elle n’imagine pas qu’elle va faire la connaissance de McKenna, jeune fille un peu paumée qui va vivre chez eux.

Les apparences sont trompeuses. A l’évidence, c’est Rachel qui est la personne la plus paumée du film et c’est en se donnant bonne conscience en voulant sauver une strip-teaseuse (Juno Temple, Killer Joe, Horns), qu’elle va découvrir son état. Sa psy (Jane Lynch, Glee) ne semble pas la comprendre, Jeff, son mari (Josh Radnor, How I Met Your Mother) semble inapte à l’aider et ses amies mères de famille ont une vie de famille chronophage. le film a beau partir avec un chemin rempli de balises, on est agréablement surpris par la façon dont le récit se fluidifie. Il y a une facilité dans les relations entre les personnages qu’on ne voit aucun obstacle, aucune embûche possible pendant une bonne heure. Non pas que tout se passe trop bien mais il n’y a pas cette frustration de voir le personnage remplir sa quête. ici, on comprend très bien que Rachel doit se remettre sur le droit chemin et il n’y a qu’elle en tant que responsable.

afternoon delight

Kathryn Hahn est d’une facilité déconcertante dans ce rôle de mère de famille perdue, la caméra de Jill Soloway (Six Feet Under, United States of Tara) ne perd aucune miette de ses expressions et reste proche d’elle pour contenir au mieux le regard de Rachel. Juno Temple est encore une fois terrifiante de justesse dans le rôle d’une stripeuse qui fait des extras. Leur relation est un bonheur à suivre et la scène du massage donne 3 minutes de bien-être bluffant.

Là où on penserait le film gentillet, fausse comédie, posant un regard admirable sur le démon de midi, on se retrouve sur un inadapté pamphlet contre l’alcool à travers la deuxième partie du film qui est un parallèle entre la soirée entre hommes de Jeff et celle entre filles de Rachel. Etrangement et sournoisement, l’alcool rentre en ligne de compte et propose un tout autre discours sur la faiblesse de l’homme et de l’Homme.  La Caméra de Soloway capture des moments de pure vérité. On ne voit plus des personnages mais des personnes. La caméra est maladroite, saisit des instants volés et la sincérité transpire, le malaise aussi. Etrangement aussi, même si Rachel et Jeff ne sont pas responsables de tout, leur couple vacille comme impuissant face à une déconvenue qu’ils voyaient venir à des kilomètres dès que McKenna est venue chez eux. En contournant le problème, en n’osant attaquer le problème par les côtés et non frontalement,  Jill Soloway se permet une belle chronique post-féministe qui dérange plus qu’il n’y parait. Malgré tout, on sent que le script est bancal à certains moments, les réactions, les scènes semblent illogiques. On peine à croire à ce revirement facile.

Avec une Hahn omniprésente et attachante, Afternoon Delight parvient à tirer profit d’un scénario finalement assez malin malgré quelques faiblesses. Porté par une musique et des chansons magnifiques, Afternoon Delight est un film faussement prévisible qui touche là où il faut.