François Demange, maintenant connu sous le nom de Metsa pour les Indiens shipibo d’Amazonie, ou Medicine Bear pour les Indiens lakota, raconte dans De l’ombre à la lumière (Mama éditions) le périple personnel qui l’a mené des beaux quartiers de Paris à la jungle amazonienne et aux montagnes du Pérou, et surtout d’une descente dans la drogue à la pratique de guérisseur.

metsa-ombre-lumiereL’idée est intéressante, l’univers du chamanisme, des Indiens d’Amazonie et d’Amérique fascinant sur le papier. Cela pourrait être le support d’une épopée prenante, de multiples rebondissements. Des rebondissements, il y en a ; la découverte d’un autre univers est là, cette dimension d’un chemin de rédemption personnel se dégage bien au fil des pages. Mais tout est relaté dans un style plat, sans suspense, sans intriguer le lecteur. Quelques moments parviennent à captiver le lecteur : le récit de l’overdose de cocaïne, la première expérience de l’ayahuasca, la recherche de vision avec les Indiens lakota. Mais ce sont des fragments, trop éclatés pour maintenir l’attention du lecteur tout au long du récit.

Dans De l’ombre à la lumière, on est dans une écriture qui dit, au lieu de montrer. Les expériences sont « incroyables », on est « relax » ou « nerveux », mais l’auteur s’arrête à ces mots, au lieu d’essayer de transmettre au lecteur ses sensations physiques, son état d’esprit, de manière à ce que le lecteur s’y croie, se sente comme à côté de lui, dans la hutte de sudation ou la maloca. Au contraire, il décrit objectivement les choses, et le lecteur constate, au lieu de partager.

Il ne suffit pas d’aligner les noms de pays et de plantes exotiques pour créer de l’exotisme, de dire qu’on est au milieu des arbres dans une hutte pour plonger le lecteur dans l’ambiance de la forêt amazonienne, ou de décrire une vision due à l’ayahuasca pour qu’il s’en sente partie prenante. Il faut aussi par l’écriture, incarner la forêt, montrer l’atmosphère qui règne entre les personnes, au cœur de sa propre personne durant une session d’ayahuasca, recréer la présence de l’autre monde au sein du récit même, pour la transmettre véritablement, et passionner le lecteur.

D’un autre côté, le cheminement accompli par l’auteur est méritoire. Sortir de la toxicomanie n’est pas donné à tout le monde, quelque soit le moyen qu’on emploie; cela demande de l’obstination, de la persévérance, et par-dessus tout une dose de volonté phénoménale. C’est là que réside la vraie puissance de De l’ombre à la lumière : dans le témoignage qu’il porte de la libération de l’addiction, et le renversement de cette spirale destructrice en progression vers la lumière intérieure. Un message d’espoir autant que de découverte.

« (…) Puis je lui dis : ‘Guillermo, je veux devenir ton apprenti.’

Il tourne la tête vers moi et je sens son regard perçant qui m’évalue, puis il répond : ‘Qu’est-ce que tu veux apprendre ? L’ombre ou la lumière ?’

Je m’empresse de répondre ‘La lumière’, effrayé par une telle question. Et je demande ‘Pourquoi ?’

‘Un bon guérisseur soigne avec la lumière, un sage connaît les deux arts et marche juste au milieu.’

A ce moment-là, un oiseau s’approche et fait entendre son chant. C’est un chiqua, l’oiseau de l’ayahuasca. Un oiseau annonciateur : quand il chante, c’est de bon augure.

Je ris de bonheur. »

Metsa en signature

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