Début juillet, Série Series a proposé une programmation espagnole, avec des extraits de « La Fuga » et « Ange Ou Démon » (diffusée dès vendredi sur NT1). Puis le producteur et le scénariste de ces deux séries ont détaillé l’état (pas encourageant) de la production ibère.

Une prison sur une plateforme offshore. Une dystopie où les démocraties ont laissé place à des dictatures. Un rebelle (Daniel) incarcéré. Sa femme, Anna, se fait enrôler comme gardienne, afin de l’en sortir. Un postulat très simple, qui est celui de « La Fuga ». Les quelques extraits démontrent un certain équilibre entre romance et série de SF noire et décadente. Mais pas trop, puisqu’il faut respecter les impératifs du primetime. Les multiples références à des oeuvres comme « Fortress », « Prison Break » ou « The Next Three Days » sont bien présentes. La scène d’action, en particulier, avec du combat au corps-à-corps, est très presciente, mais le déclenchement d’une musique passionnelle à chaque fois que les époux se font face atteint un point involontairement comique. Malgré les bonnes qualités de production de « La Fuga », ce n’a pas suffi pour garantir une deuxième saison. Telecinco l’a annulé en 2012.

Daniel Aitor et Maria Valverde dans feu "La Fuga".

Daniel Aitor et Maria Valverde dans feu « La Fuga ».

La deuxième série, « Ange Ou Démon », joue sur les ressorts bien connus des romans fantastiques pour ado. Au départ, on voit une petite fille aborder un inconnu dans le métro et le convaincre par autosuggestion de pousser un homme qu’il ne connaît pas sous une rame. Réflexion sur le Mal insidieux? Point du tout, il s’agit de présenter les forces démoniaques, qui prennent ici la forme d’une gothique à capuche noire qui va pousser une ado, Valeria, à tuer ses parents dans leur sommeil au retour d’une grosse averse. Elle se réveille en sursaut…. pour retrouver sa mère saine et sauve. Les explications viendront d’un ange, Natael, qui l’enrôle avec elle pour faire le Bieng autour d’elle et résister à la tentation. Le tout en échange de la vie sauve de ses parents. Egalement produite pour Telecinco, cette série a connu un meilleur sort et compte maintenant 2 saisons de 12 épisodes. La première saison sera programmée sur deux vendredis, dès ce soir sur NT1.


En plus d’une photographie de soap et d’une surexposition de tous les instants, les premières minutes de « Ange Ou Démon » sont d’une pauvreté scénaristique hallucinante, cousus de fil blanc (comme le hâle de Natael) et laissent présager du pire quant aux relents moraux conservateurs présentés par la série. Une des « anges déchues », Dona, tourne autour de Valeria avec des intentions clairement séductrices, et la figure de l’ange gardien telle que décrite par Natael relève d’un cliché sorti tout droit d’un épisode de « Charmed ».

ange ou démon série series

Ange Ou Démon

Ces tentatives de série de genre émanent de deux producteurs, qui étaient présents à Série Series : Joaquin Gorriz et Nacho Faerna. Le portrait dressé de la production espagnole est assez peu flatteur : comme ici, les diffuseurs sont tout-puissants dans le développement de séries et le décisionnel, mais monter des séries comme « Ange Ou Démon » aurait été impensable il y a 10 ans. Avec la crise budgétaire espagnole, cela a fait chuter les budgets moyens d’un épisode de primetime (on le rappelle, à partir de 22 heures en Espagne) : de 500 000 € à 350 000 €. « Le public général est plus jeune, donc il y a une plus grosse cible. Mais en particulier sur les chaînes publiques, il n y a pas beaucoup de séries de genre, malgré quelques expérimentations : la tendance est plus conservatrice », explique Nacho Faerna. Malgré des échanges d’équipes entre les tournages de film et séries TV, cela ne s’applique pas à la ligne éditoriale des séries espagnoles. Aucun moyen de faire décoller des séries d’horreur avec l’inexistance d’une production sur les chaînes du câble ou Canal + Espagne, qui a produit très peu de séries originales ces dix dernières années. Avec le rachat de l’unique chaîne à péage, l’industrie audiovisuelle attend un tournant. Les chaînes espagnoles ne développent pas de webséries ou laboratoires d’idées comme les Nouvelles Ecritures de France Télévisions. Un manque de moyens qui donne lieu à des expérimentations très grand public dans leur exécution, comme « Ange Ou Démon ».