Lundi. 

Le réveil, à Avignon intra-muros, c’est dur. Et pour cause, vu l’heure à laquelle tu t’endors à cause des animations dans la rue, t’es un peu dans le cirage le lendemain matin.

Tu vas vite regretter ton manque de sommeil. T’as choisi de faire ton intello parisien et d’aller voir une pièce appelée « Duo Philo, Débat Philé » (compagnie du VISAGE), qui se présente comme une discussion entre deux personnes, traitant de philosophie de manière humoristique. Et c’est, mesdames et messieurs, l’erreur de la semaine. 

Tu as en effet droit, dans ce débat, à la vision (croyez moi) peu ragoûtante de deux (plus ou moins) vieux monsieurs (Avner C.Perez et Olivier Morin) discutant à bâtons rompus sur des sujets rebattus, usant d’arguments d’une banalité confondante, accompagnés d’un humour navrant et d’un air hautain franchement désagréable. Faute de savoir gérer correctement leur temps, les deux tristes compères n’ont même pas été dans la mesure de débattre comme promis avec le spectateur, préférant user et abuser d’un comique de répétition franchement mal mené et de délires visuels symboliques navrants. 

Après la pelle du matin, donc, place à l’après midi. Tu as choisi une pièce appelée « Le secret du temps plié« (tout amateur de bons jeux de mots devrait s’y retrouver), par nostalgie surtout. Nostalgie, car l’affiche de la pièce (surtout la tête de l’acteur, Gauthier Fourcade) te rappelle franchement une pièce appellée « La Philosophie enseignée à ma chouette« , d’Yves Cusset, que tu avais franchement adoré (elle est encore jouée à Avignon, courez-y, en la préférant au moins bon « N’être Pas Né » du même auteur). 

Il est bon d’indiquer une chose : les critiques de pièces présentes dans le magazine du Off sont principalement faites de citations tronquées, et en cela souvent approximatives, voir mensongères. Ce n’est pourtant pas le cas pour le Temps Plié (compagnie PARNICIS) dont les bonnes critiques définissent avec justesse cette pièce drôle, mais aussi délicate et émouvante.

 On rit en effet des jeux de mots de cet homme que la femme vient de quitter, et on pleure en l’écoutant chanter le manque qu’il ressent depuis la mort de ses parents, on admire en tout cas cet homme qui, comme Yves Cusset précédemment cité, joue avec les mots et leur sens comme personne. La mise en scène, simple, ne transcende donc pas mais permet de se concentrer sur l’acteur, impeccable.

Pour résumer. Après avoir perdu ta motivation et l’avoir retrouvée, tu te rends à la dernière pièce de la journée (3 par jour, quand t’as un petit budget c’est le maximum que tu puisses faire, physiquement parlant c’est à peu près le maximum aussi), et tu t’es choisi une version africaine du « Candide » de Voltaire, à savoir le bien nommé Candide l’Africain (compagnie Marbayassa). 

Accent des pays chauds, musique traditionnelle africaine et acteurs survoltés, voilà ce qui t’attend, cher spectateur, si tu te laisses emporter par la mise en scène provenant directement de Ouagadougou (capitale du Burkina Faso). C’est une atmosphère très agréable et joviale qui t’est proposée, sur fond d’une pièce pas vraiment revisitée (on change les noms de lieux et des personnes et on recommence) mais profondément respectée du point de vue du texte et de l’argumentaire de Voltaire. La spontanéité et le jeu, facial comme corporel, des acteurs (les trois principaux : Jules Gouba, Léon Zongo, Haroua Sangare), privilégient ce sentiment de bien être. 

Une pièce (Duo Philo) à éviter et deux (Le Secret du Temps Plié et Candide l’Africain) à voir donc, voici le bilan de ce second jour passé dans la ville du théâtre. Nous verrons bientôt ce que nous réserve la suite. 

Votre chroniqueur des salles obscures, 

A.M.D