T’arrives à la ville du théâtre à 14h30 un samedi, tu crèves de chaud. Tu connais, bien sûr, t’y vas tous les ans, t’attends même que ça toute l’année. Cette fois, t’es avec un pote en coloc pour une semaine, avant de reprendre en famille la semaine d’après. Avec 300€ en poche tu vas devoir t’occuper de la bouffe, des produits ménagers (gracieusement non-fournis par ta logeuse), et bien sûr des spectacles. Une moyenne de 12€ par pièces avec tarif réduit, quand même. Enfin bref tu t’en fous, t’étais prévenu alors t’es pas là pour te plaindre, allez, vite, le lendemain de l’arrivée on s’y met. 

Dimanche. Jour Un.

La première pièce que tu vas voir s’appelle « Hamlet Machine » (compagnie Rhinocéros). Tu y vas car tu es fan des thèmes abordés dans la pièce de Shakespeare, aussi fan de la pièce elle-même d’ailleurs. La promesse par les tracts distribués par les créateurs du spectacle dans la rue (on te harcèle à Avignon, mais en vrai tu adores ça) est celle d’une pièce dépoussiérée et moderne, avec pour fond cette histoire de fils de roi mort et trahi par sa propre mère. Et BANCO. 

Mélange de comédie pure (oui oui, on rigole devant Hamlet), de tragédie (quand même, hein) et de réfléxions sur le sort de l’humanité, la pièce à le mérite de permettre au spectateur de s’immerger dès le début, de par un dialogue constant et intime avec lui (surtout dans cette superbe seconde partie, où t’es carrément invité à danser sur de la techno et à partager une bière avec les interprètes avant la reprise du spectacle. Réussite, donc, autant si on est puriste que si on est novice en Shakespeare. 

Bref. Après Hamlet Machine et un bon déjeuner à base de pain et de jambon (tu aimes te sentir comme ceux qui manifestent devant toi dans les rues d’Avignon- comprendre les intermittents, en colère face à la réforme des allocations chômage), tu fonces à la seconde pièce de la journée, « Deux frères » (compagnie Théâtre de l’échange). Et là, aïe. 

Si l’affiche et le pitch promettent une pièce excitante esthétiquement et du point de vue de l’atmosphère (tu voulais du malsain à la Lynch, p’tin!), cette histoire de sexe et de trahison n’est pas poussée, la relation à trois que l’on veut nous décrire n’avance pas et certains détails de mise en scène brillent par leur inutilité (l’heure affichée sur un mur, les assiettes que l’on casse pour montrer qu’on est en colère…). 

Et puis le mythe de la femme-démon merci bien hein, on nous en parlait déjà dans Stone (mais si, ce film avec de Niro, Norton et Milla-dépourvue-de-sex-appeal-Jovovitch) et c’était déjà pas fameux
Reste un acteur incroyable, Raphaël Poli, dans le lot, qui empêche la pièce de sombrer dans la nullité, si bien qu’on se demande ce qu’il a été faire dans cette galère. Reste aussi la plastique irréprochable de Marie Fortuit, nue sous son tshirt, rien que pour le plaisir des yeux (pardonnez moi mesdames), mais bon, si ça suffisait à faire une bonne pièce alors le salon de l’Auto serait le plus grand festival de théâtre du monde… 

Passée cette douche froide, tu t’étais prévu un spectacle appelé « La Passe Interdite » (compagnie Avril en Septembre) , présenté comme un ensemble de chansons déclamées par un certain Yanowski. Et là tu te réconcilies en quelques minutes avec Avignon, tant ce que tu ressens est incroyable. Des musiciens fantastiques (mais quel VIOLON, nom de Dieu!), et des histoires portant sur la mort, le double, le sexe et autres thèmes chers aux auteurs gothiques, déclamées par un homme habité par la musique et par la scène, à l’apparence rappelant les meilleurs acteurs du cinéma expressionniste allemand. 

Tu pleures, tu ris, tu as peur, bref tu jouis et tu en veux encore, et c’est tant mieux car il te reste 14 jours de Festival. 

Votre aventurier des planches, 

A.M.D