Séries, webséries, programmes décalés et dispositifs transmédia… On fait le point sur ce que la chaîne de la TNT va proposer à la rentrée.

Hier midi, France 4 annonçait sa programmation de rentrée. Une programmation annoncée par le tandem Tiphaine de Raguenel et Boris Razon, nouvelle direction qui a mis en place le virage vers des programmes pour enfants et ados depuis avril 2014. C’est ce printemps qui leur a permis de vraiment imposer leur patte et leurs pistes de programmation, d’où un trailer qui récapitulait uniquement les temps forts de ces dernières semaines, parmi lesquels « Le Visiteur du Futur » ou encore « Black Mirror ».

Un premier constat s’impose : pour affirmer sa différence, France 4 veut arrêter le robinet à rediffs, et surtout « exit » les séries américaines. Bruno Patino, directeur des programmes de France Télévisions, a parlé d’un temps pas si lointain où France 4 a programmé 1400 rediffusions d’ « Urgences » sur 2 saisons. Ce qui cadre avec la volonté, récemment affirmé par Thierry Thuillier, de déprogrammer des séries américaines en primetime sur France 2  (rappelons que « Castle » et « Rizzoli and Isles » ont enregistré de très bons scores cette saison, avec 4,5 millions de téléspectateurs en moyenne selon Puremédias).

Le plus clair des journées de France 4 sera donc des programmes jeunesse, avec un access et des soirées plus ciblées jeunes adultes. C’est clairement cet aspect qui nous intéresse à SmallThings. Côté séries, deux imports britanniques ont été annoncés, comme des séries choc et sociales : « Line Of Duty » écrite par le prolifique scénariste Jed Mercurio, et « Criminal Justice », dont les 2 saisons s’attachent à déconstruire les dérives du système judiciaire britannique. A noter qu’un remake américain est en gestation depuis plusieurs années, avec James Gandolfini, puis Robert DeNiro et John Turturro dans le rôle-titre. La saison 8 de « Doctor Who » et la saison 3 de « Teen Wolf » ont été annoncées, tout comme la confirmation de la diffusion cet automne de la saison 4 de « Hero Corp », soit 19 épisodes de 13 minutes. La post-production n’a pas encore commencé, d’où une discrétion de Boris Razon sur le contenu. Un thème sera à l’honneur pour cette quatrième saison : la rédemption, et le dispositif transmédia devrait être renforcé en utilisant l’appli Hero Corp.

La première image officielle de cette saison 4 a été dévoilée, via le compte Twitter HeroCorp France.

La première image officielle de cette saison 4 a été dévoilée, via le compte Twitter HeroCorp France.

Le bloc d’animation adulte du samedi soir va s’étendre à la rentrée. Exit « Archer » et « Monster », et bonjour aux coproductions françaises originales. Parmi elles, on trouve l’adaptation de la BD française « Lastman », qui sera une préquelle à la BD, réalisée par Jérémie Perrin (« CO2 »), et en 26 épisodes de 13 minutes. Du côté des séries plus WTF, un projet nommé « Pfuitt, Pfuitt, Pfuitt » (à prononcer en sifflant), produit par le studio indé Kawanimation et avec des animaux partant en road trip au Ministère de l’Ecologie pour obtenir leur classification d’espèces en voie de disparition. L’extrait montré place la série dans la lignée des productions barges d’ [adult swim]. Côté japanimation, il y aura « L’Attaque des Titans », dont le premier épisode a été proposé samedi dernier. Elle sera programmée en deuxième partie de soirée entre septembre et novembre.

L’access de France 4 était consacré aux webséries et créations du Studio 4.0. Dorénavant renommé Studio 4, il passera en hebdomadaire le vendredi soir en troisième partie de soirée. Un recul certain, justifié par une place stratégique trop délicate pour les programmes issus du portail Web. Bruno Patino a ajouté que « certains étaient trop risqués pour la case ». La case sera consacrée à « Une saison au Zoo »inédite…. et des rediffusions de « Un Gars, une Fille ». On appréciera l’originalité dans le choix des rediffusions.

Les lots de consolation de cette relégation à la troisième partie de soirée? L’ajout de la VOST pour les séries internationales, et l’arrivée de « The Guild » avec Felicia Day. Des programmes commes « Camweb » et « Les Textapes d’Alice » ont déjà une nouvelle saison dans les cartons, et des formats courts comme « The Evening Cigarettes » ou encore la bien-nommée « Je suis super 2.DTG » (pour deux point dans ta gueule. Si, si.) Le concept est un sujet d’actualité avec des statistiques et données animées, un peu dans le style des « lyric video ». Pour développer de nouveaux formats et écritures, un partenariat sera mis en place avec la FEMIS, nommé « Femis Studio 4 ». A la clé pour les élèves, un projet officiellement mis en développement au sein de la chaîne.

Pour la partie musicale, « Monte Le Son » passe en portail numérique avec une hebdo le samedi soir. Des documentaires ont été annoncés sur Yuksek, la nouvelle scène mexicaine par Jean-Vic Chapuis et le renouveau du rap français. Egalement en développement, un documentaire sur l’émergence difficile du punk-rock africain, et des conflits politiques qu’il cause.

Côté Nouvelles Ecritures et expérimentations, 8 épisodes de 26 minutes de « Anarchy » seront programmés. Il s’agit d’une fiction participative, écrite en temps réel sur les réseaux sociaux avec un postulat d’anticipation qui voit la France sortir de l’euro, et 6 personnages réorganiser leur vie.

Enfin, l’agence Gédéon et France 4 proposeront une application dès la rentrée pour que le téléspectateur créé ses propres jingles pubs à partir de ce qu’il filme. Les meilleures seront diffusées à l’antenne.

Au final, cette nouvelle grille laisse une impression mitigée. Même si la portée expérimentale de certains des programmes est indéniable, le fait qu’elle soit cantonnée à des cases tardives laisse un goût amer. Il n’est pas forcément question de créer des buzz organiques ou des séries cultes comme « VDF » ou « Hero Corp » (dans ces deux exemples, cela s’est fait indépendamment), mais le manque de capitalisation sur le fandom de « Doctor Who » par exemple, après le succès de la soirée des 50 ans l’an dernier, laisse coi. De plus, le bloc « Studio 4.0 », aussi foutraque soit-il dans sa programmation, était une bouffée d’air frais qui avait l’avantage d’être sur une case exposée mais accessible au plus grand nombre (l’access prime time). La programmation le vendredi soir suffira-t-elle à satisfaire les ambitions affichées de la chaîne (qui a réaffirmé son offensive sur les cibles enfant et jeunes adultes)? Plus que jamais, une affaire à suivre.