Léo a eu l’honneur et le privilège de braver le danger pour parcourir les allées de la Japan Expo qui se termine demain dimanche. Avec des visiteurs toujours plus nombreux (on dépasse le Comic-Con de San Diego), la Japan Expo fait cavalier seul cette année. Le Comic-Con France est décalé à l’année prochaine. Petit tour du propriétaire…

On règle son réveil, on prépare son cosplay, on fait ses sandwichs pour éviter de payer 15 euros le panini, on achète ses tickets de métro direction Parc des Expositions, et on se munit de son billet d’entrée ( ou de patience si on ne l’a pas réservé et donc qu’on doive affronter 1h de queue ). Oui, c’est parti pour la Japan Expo, 15e édition et toutes ses dents ! Une 15e édition pour marquer le coup, durant pour l’occasion 5 jours, et réunir encore plus de monde dans cet évènement toujours agréable en ce début d’été. Malheureusement, ces belles promesses se sont révélées paroles en l’air… Explication

Sur fond de retraite d’Hayao Miyazaki, de Pokémon nouvelle génération et de sorties récentes ou à venir de jeux ou consoles, le célèbre festival consacré au pays du soleil levant avait annoncé du lourd en ajoutant à la venue des habituels du web ( Joueur du Grenier, Antoine Daniel de What The Cut … ) celle de Kitaro Kosaka, responsable de l’animation à Ghibli, et qui a travaillé sur énormément de films de Miyazaki. Quant aux gamers, ils pouvaient se frotter à du gros calibre sur Pokémon, ou bien tester le très attendu Super Smash Bros pour 3DS et Wii U. Associé à la sempiternelle profusion de boutiques, mini-expos et autres espaces artistiques, la Japan Expo avait tout pour plaire. Elle s’est révélée être un colosse aux pieds d’argile.

Si le nombre d’années monte, les prix aussi. En premier lieu, dans cette 15e édition, il fallait payer cher pour avoir sa place : si les deux premiers jours se révélaient abordables ( 8 et 10 euros ), les jours suivants ( entre 15 et 20 euros ) l’étaient bien moins. Et surtout, que l’on achète sur place ou bien par Internet, le résultat est le même : la queue est monstrueuse, rendant la pauvre petite heure accordée en plus à ceux ayant pré-acheté peu digne d’intérêt, surtout quand l’on sait que pour profiter pleinement de l’expo, une préparation physique intensive au réveil et RER matinaux est indispensable. Et je vous parle pas de la chaleur… Ensuite, une fois arrivé dans la place à moitié transpirant dans son beau cosplay acheté (parfois à prix d’or), on papillonne, on vole de boutique en boutique, à la recherche de tel ou tel katana, ou objet de collection… L’endroit est grand, les échoppes nombreuses, et il est toujours possible de trouver quelque petite denrée abordable. Mais force est de reconnaître globalement une chose : les prix ont furieusement monté. Les katanas sont les mêmes, leurs coûts ont grimpé de 5 à 10 euros ; les restaurants sont encore plus hors de prix qu’ils ne le sont déjà ( sérieusement, une demi-baguette jambon-emmenthal à 6 euros ? ) ; et les goodies sont minimum 15 euros, 10 si on a de la chance. Qui l’eut cru ? La Japan Expo aussi est touchée par la crise, directement et indirectement. Vous me direz que tout ce que je pointe du doigt ici n’est pas forcément le plus scandaleux. Certes, but still, pour des objets en grande partie décoratifs, et quand on a déjà investi dans un costume, une telle hausse se ressent sensiblement au niveau du porte-monnaie, et se voit symbolique, au niveau du festival comme au niveau de la situation actuelle.

japan expo

232.000 visiteurs en 2013

On se relève tant bien que mal de cette déception pécuniaire pour se rabattre sur ce qui fait de la Japan Expo un festival culturel. Malheureusement, c’est aussi une pente glissante, cette année. On passe vite sur les dédicaces à la publicité mensongère ( « chacun a sa chance de repartir avec une signature de son invité préféré » ) : soit on est un énorme fanatique du Japon et on le connaît dans tous ses recoins, et alors les 3/4 des dédicaces consacrées à des artistes connus localement sont faites pour vous, soit on ne l’est pas et on est doublement abattus : il faut soit une chance de cocu pour gagner par tirage au sort le droit d’approcher l’artiste ( le seul digne d’intérêt par tirage au sort était Kosaka himself, cette année ), soit un courage extraordinaire ET une chance de cocu pour éviter le moins possible la queue de 15km de long pour les invités les plus intéressants. Bref, heureusement, il reste des conférences, accessibles à tous, notamment celles majeures de Kitaro Kosaka, très attendu sur la retraite de son patron, ou bien le All Star du Web, nous donnant l’occasion de voir en chair et en os nos youtubers favoris s’affrontant lors d’un quiz. C’est malheureusement le coup final porté à notre sensibilité.

La conférence de Kosaka a été programmée sur 1h15. Autant dire que c’est très peu. Alors si elle est mal gérée, je vous laisse imaginer le tableau. Car c’est ce qui s’est produit. Avant même que la conférence ne commence, l’animateur avait perdu la main : d’une part il a dû se reprendre à deux fois avant d’attirer l’attention de Kosaka pour monter sur scène, mais il a dû en plus faire face à l’irruption dans le programme d’un illustre inconnu ( sauf une fois encore des fanatiques inconditionnels ). Et une fois la conférence commencée, ce fut chaotique… L’animateur, peu assuré, a bâclé en 10min ses questions inintéressantes, peut-être perturbé par la jolie mais pas excellente traductrice qui se contentait de dire la moitié des mots de Kosaka. Quant à l’invité surprise, peut-être consterné par le niveau affligeant ambiant ( on a quand même eu droit dans le public à la question : « c’est quoi votre job, Mr Kosaka ? » ), il a pris les choses en main en envoyant Kosaka dessiner tandis qu’il répondait aux questions. C’était donc l’hallali, et révélateur d’un manque criant d’organisation, d’assurance, mais aussi presque d’expérience : 15 ans, et la Japan ne sait pas gérer ce genre de rendez-vous, s’inscrivant dans le contexte particulier de l’animation japonaise ? Il apparaît évident que la Japan ne s’est pas donné les moyens de l’évènement qu’elle a organisé, elle qui souhaitait marquer le coup de ses 15 ans en ayant pour la première fois un invité prestigieux, réduisant celui-ci, avec un manque de respect certain ( oui, responsable de l’animation à Ghibli, ce n’est pas faire le café à Miyazaki-san ), à une toute petite tranche horaire, sur une journée, et aux mains d’un animateur à peine qualifié.

Quant à la conférence All Stars du Web, elle était un moyen pour les décus sans dédicace de rigoler un bon coup face à leurs « héros ». Raté. Malgré le casting reluisant ( Joueur du Grenier, Antoine Daniel, Kriss, Linksthesun, Mathieu Sommet de SLG), et la perspective d’un quiz très divertissant entre ces manieurs d’humour, la Japan Expo s’est enfoncée dans ses travers. En premier lieu, elle a confié les clés à deux animateurs se prenant eux-mêmes pour des stars ( on oubliera bien vite leur pseudo-moment de gloire quand ils ont montré une vidéo d’eux faisant des roulades sur scènes ), tutoyant comme leurs potes les invités. En second lieu, par ses questions. Là encore, le manque de respect et l’égoïsme perlent à grosses gouttes : comment peut-on obliger des youtubeurs, spécialistes en phénomènes Internet, en jeux vidéo, mangas etc de répondre à des questions aussi stupides ( pas d’autre mot ) que « Combien un staff Japan Expo parcourt-il de km en un festival ? » ou « Si on empile tous les plans de la Japan Expo, quelle taille obtient-on ? » ? Non seulement la Japan Expo a, à des fins strictement personnelles, désacralisé l’évènement, mais elle a aussi fait passer les youtubeurs, obligés de passer par l’humour pour retenir un public désabusé, pour des bêtes de foire. Les youtubeurs sont à un niveau « second degré » ; la Japan est descendue en dessous de zéro. Que celui qui dise le contraire me jette la première pierre : cet évènement, durant 1h30 ( dont 45min de questions débiles ), a été anéanti. La détresse du Joueur du Grenier, connu pour son franc-parler, est symbolique : « Revenez, on vous promet que ce sera intéressant !… ». Au final, seule la conférence de Linksthesun, qui a eu lieu plus tôt dans la journée, et qui animait lui-même son débat, était intéressante. On se demande pourquoi…

Alors, me direz-vous, qu’y a-t-il à retenir de la Japan Expo ? Eh bien on a pu tester le nouveau Super Smash Bros sur 3DS/Wii U, assistant à des matchs publics ( malgré, encore une fois, des animateurs frustrantd de bêtise ), et présageant d’un jeu énorme tant sur le plan graphique que sur le plan technique. Si les bases sont les mêmes, des efforts d’innovation ont clairement été faits dans un souci d’équilibrer le rapport de force entre les personnages et d’augmenter le divertissement. L’accent a aussi été mis sur le nouveau phénomène Pokémon X, avec des possibilités d’affronter des joueurs venus de partout, pour le plaisir ou en tournoi. Comme chaque année, les nouveautés jeux vidéos pouvaient donc être découvertes en avant-première. Sinon, on a encore eu le droit à un festival de beaux costumes, et se balader dans les travées du Parc des Expositions, seul ou entre amis, est toujours plaisant et sympathique. Comme d’habitude, quoi…

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Comme chaque année, on se lache un peu à la Japan.
©Jeux-actu

Cette 15e édition n’a donc pas eu l’impact espéré : en ayant les yeux aussi gros que le ventre, la Japan Expo s’est révélée finalement mal gérée, tombant dans des travers révélant sinon de l’incompétence, du moins de l’inexpérience. On regrettera le manque de considération envers le studio Ghibli et tout ce qu’il représente : d’abord par l’organisation autour de Kosaka, mais aussi par l’absence totale de stand dédié à Hayao Miyazaki et à son univers, ou même à Ghibli. Le plaisir de l’évènement reste en soi, toutefois, présent.