Après quatre saisons, le phénomène qu’est devenu Game of Thrones est désormais incontrôlable. De mémoire de sériephile, rarement une saison n’aura autant divisé les fans. Il est temps de faire le point sur ce qu’est devenu la série phare de HBO (léger spoiler du début de la saison).

Cela a été abordé dans un autre article : jamais clivage n’a été aussi grand entre les lecteurs d’une œuvre et les amateurs de son adaptation. Ainsi, la quatrième saison de Game of Thrones aura été violente sur tous les fronts. Chaque partie, dans cette guerre sans fin entre les lecteurs et les non-lecteurs, a sa légitimité. Cependant, avant de se pencher sur les problèmes d’adaptation que pose la série, il est bon de souligner le fait que les mots parfois durs échangés entre fans sont le reflet, pour cette année, d’une saison qui n’a jamais réellement su montrer au spectateur où elle allait.

game of thrones saison 4

Joffrey Baratheon (Jack Gleeson)

Ce qu’il me reste de Game of Thrones saison 4 est un sentiment de déséquilibre profond : les Lannisters sont visiblement le centre de l’attention, étant le pouvoir en place, mais ils monopolisent tant et si bien le temps à l’écran que le reste du casting se bat pour récupérer les miettes. Ceci étant dit, cela nous a permis d’avoir quelques grandes scènes, qui ont mis en valeur Peter Dinklage et Pedro Pascal, notamment. On notera également les apparitions trop brèves de Mark Gatiss et de Burn Gorman, pour les fans de Doctor Who/Torchwood/Sherlock.

De façon plus générale, c’est une impression de moins bien sur tous les fronts : moins bien écrit, moins bien mis en scène, moins bon effets spéciaux. Cela est bien entendu à relativiser : la série est loin d’être une catastrophe. Simplement, il semble y avoir une baisse de niveau sur le plan technique, même si les costumiers et les maquilleurs font toujours un très bon travail, de même que le compositeur, Ramin Djawadi (qu’on a également entendu dans Pacific Rim). Cela peut être du au fait que l’histoire ne passionne plus autant : avec les problèmes de gestion de temps des personnages à l’écran, il devient difficile de s’intéresser à l’histoire de Bran ou de Daenerys, et le dernier épisode, qui se termine sur Arya, a un effet assez anti-climatique.

game of thrones saison 4

Oberyn Martell (Pedro Pascal)

Ayant écrit un article sur le sujet de l‘adaptation de la saga A Song Of Ice And Fire au début de la saison 4, je me dois ici de revenir – à regret – sur mes propos. En effet, la série reste, pour une grande partie de ceux qui regardent, une adaptation de livres qu’ils ont lu. Or, cette saison, la série en tant qu’adaptation déçoit. Sans rentrer dans les détails, il suffira de dire que le travail d’adaptation est un travail complexe, et qu’il est naturel de ne pas retrouver le livre scène par scène à l’écran. Cependant, inventer une romance à Grey Worm et lui donner un temps démesuré à l’écran plutôt que de consacrer ce temps à mieux développer d’autres personnages qui sont eux, vitaux à l’intrigue, cela pose problème. D’un point de vue personnel, les modifications dans les évènements ne me gênent pas trop tant que l’intégrité des personnages est respectée. Or, à l’heure actuelle, de nombreux personnages de la série ne ressemblent plus à ceux des livres (l’exemple le plus frappant étant Jamie, qui est désormais et contrairement au personnage des livres, à la suite de Khal Drogo, un violeur). Cet article n’est pas là pour lancer un débat stérile sur l’adaptation qu’est Game of Thrones, mais pour montrer que si beaucoup on été satisfaits de cette saison, il n’en reste pas moins que, pour certains, elle laissait à désirer en tant qu’adaptation – même si de bonnes choses en sont également ressorties, comme, encore une fois, Oberyn Martell, qui a eu l’importance qu’il mérite.

game of thrones saison 4

Tyrion Lannister (Peter Dinklage)

Ainsi, malgré son immense succès, cette saison marque un coup de mou dans la série phare de HBO, et laisse le sentiment que, peut-être, la série se repose sur ses acquis. Dans tous les cas, la folie qu’elle suscite semble disproportionnée par rapport à la qualité réelle de Game of Thrones, qui, même si elle reste une bonne série, n’est pourtant pas – ou plus – le chef d’oeuvre auquel on pourrait s’attendre.