Présenté au Champs-Elysées Film Festival, Jersey Boys sort aujourd’hui.

Il est difficile de résumer en quelques lignes la carrière de Clint Eastwood. D’abord cowboy pour Sergio Leone, il s’est vite tourné vers la réalisation, avec une filmographie pour le moins éclectique : un drame avec « Million Dollar Baby », un biopic avec « J.Edgar », et j’en passe, Clinty a prouvé qu’il savait y faire dans de nombreux domaines. Et « Jersey Boys », son dernier né, ne fait pas exception à la lettre. Inspiré de la vie d’artistes musicaux pop-rock bien connu des 70’s, les Four Seasons, le film est une véritable réussite, et ce de tous points de vue, et se montre profondément original dans ses manières de profiter. Portrait social des New-Jersiens plus que simple biographie, il instruit sans déplaire.

A la manière de DiCaprio dans « Le Loup de Wall Street », il ne s’agit pas d’une voix-off mais bien des personnages du film qui vont, tour à tour, nous confier leurs points de vue sur les évènements qui se déroulent sous nos yeux. Et le tout face caméra, s’il vous plaît! Voilà pour l’immersion, qui est assez rapide puisque le procédé est utilisé dès le début du film. Une des grandes forces du dernier Eastwood est donc de nous plonger directement dans son univers, et ce que l’on soit fan du groupe évoqué ou non, ce qui semble déjà être une prouesse. Les acteurs (John Lloyd Young à la voix d’or, Vincent Piazza excellent dans son rôle de beauf combinard, Christopher Walken ressuscité et j’en passe) y sont bien sûr pour quelque chose, puisque même les rôles les plus ingrats sont interprétés avec une grande sincérité, sans que l’on ressente cette impression de « surfait » observé dans bien des films à grand public contemporains.

 

jersey boys

©WarnerBros

Pour ce qui est de l’esthétique générale de « Jersey Boys », celle-ci est simple sans être bâclée, on y retrouve la luminosité d’une blancheur discrète que l’on avait déjà pu observer dans « Million Dollar Baby », symbole du souvenir d’une époque révolue. La bande-son, entièrement composée des grands mythes des 70’s, est pour beaucoup responsable des sentiments ressentis. Mais quels sont ces sentiments? S’agit-il de mélancolie, empreinte du film qui nous laisse à tous une petite larme à l’oeil? S’agit-il de l’hilarité, qui nous prend souvent au détour des dialogues souvent empreints d’un humour qui n’est pas seulement nostalgique? Ou s’agit-il du sentiment de reconnaissance, celui d’Eastwood lui-même qui, au détour d’un passage du film, s’autoréférence (surveillez bien les écrans de télévision d’un des protagonistes , vous y retrouverez un passage du « Bon, la Brute et le Truand »!), ressenti par le public de par la diversité des personnalités qui composent le groupe des Four Seasons?

Il s’agit, vous l’aurez deviné, de tous ces sentiments à la fois et même de beaucoup plus, cette diversité résultant de la complexité du film. Et c’est cette complexité qui fait la force de « Jersey Boys », pièce maîtresse dans l’oeuvre de Clint Eastwood, et sans doute son oeuvre la plus personnelle. 

Une réussite, qui pourrait se revoir encore et encore, sans retenue, tantôt avec le sourire, tantôt la larme à l’oeil. Courez-y.

 

A.M.D