Nous avons demandé à nos twittos de poser quelques questions sur le sujet de la correspondance avec des détenus. Elvire dévoile pour vous les tenants et aboutissants de cette expérience.

Notre quotidien est parsemé de rencontres furtives, passives ou étonnantes. Que ce soit par soi-même ou par l »autre, l »être humain a besoin de ses contacts pour se forger une identité, une opinion mais aussi pour construire quelque chose de tenace, de fugace. Faire partie de la vie de quelqu »un par n »importe quel moyen, à des degrés de densité divers, en gros connaître l »autre et construire ensemble un petit bout de chemin, c »est ce qui sera traité aujourd »hui avec une plongée étonnante dans une expérience peu connue : la correspondance avec des détenus. Entretien avec notre rédactrice Elvire, au coeur du sujet.


 

  • Comment t »es venu cette idée de t’intéresser aux détenus et à la prison ? Et quel est l »objectif de cette correspondance ?

J’ai un parcours qui n’est peut être pas le plus courant parmi les gens qui se lancent dans la correspondance. En effet, je suis étudiante en criminologie. J’ai déjà eu l’occasion de faire des stages en prison et je souhaite me lancer dans ce domaine après mes études. Je veux travailler à la réinsertion et à l’amélioration des conditions des détenus. Vu que pour le moment je suis toujours dans mes études, je ne me suis demandée ce que je pouvais faire en attendant.

Durant mes stages, j’ai pu remarquer en parlant avec les détenus qu’ils étaient très seuls pour la plupart. Et vu qu’il n’y a pas assez de travail pour tout le monde dans la plupart des prisons, ils sont également inactifs. Alors l’idée de la correspondance m’est venue. Cela pouvait aider les détenus à mieux vieux leur détention et cela peut également aider à une future réinsertion en gardant un lien avec l’extérieur et surtout un lien social qu’il est facile de perdre après une longue détention. Cela leur permet de parler à d’autres gens que les autres détenus ou le personnel de la prison.

 

  •  Comment as tu trouver les contacts ?

Il y a trois façons principales de trouver des correspondants :

 Writeaprisoner.com

C’est un site internet où les détenus (USA) peuvent poster des annonces pour donner aux gens l’envie de leur écrire. Vous pouvez faire des choix selon leur âge, leur sexe, où ils sont incarcérés, s’ils sont dans le couloir de la mort, s’ils ont une sentence à vie et s’ils veulent correspondre hors des USA.

Donc chaque détenu à un petit texte en dessous, il y a des informations concernant sa peine : la fin de sa peine, quand il peut avoir une libération conditionnelle, s’il est condamné à vie, ou dans le couloir de la mort. Surtout, il y a un lien avec « see crime ». Ici vous avez la qualification pénale de l’infraction (ce pour quoi il a été condamné) donc le titre générique : meurtre, vol, agression. Mais aucun détail. Vous avez également la possibilité de voir s’il cherche des donations, de l’aide légal, des partenaires de prières, sa religion, sa préférence sexuelle.

Pour prendre contact, soit vous envoyez une lettre par la poste à l’adresse indiquée (en oubliant pas de mettre votre adresse sur le devant de l’enveloppe), soit vous pouvez envoyer un mail gratuitement via le site (les mails sont envoyé aux prisons le 4 et le 20 de chaque mois par via postale), soit vous pouvez envoyer un « Jpay » si « votre » détenu peut les recevoir.

prison-pen-pals

Jpay ( www.jpay.com )  est un service de messagerie (mais aussi de transfert d’argent) pour les détenus. Les règles changent selon les états : par exemple au Texas, où se trouve mon PP (pen pal), il peut recevoir les Jpay que je lui écris (la prison les imprime soit le jour même si j’écris avant 20h soit le lendemain et les lui transmets) mais il ne peut me répondre que via voie postale. Dans d’autres états, les détenus ont accès à un kiosque et peuvent donc répondre via mail. Il y a également des états qui interdisent carrément la réception de Jpay.

L’inscription sur Jpay est gratuite mais vous devez acheter des timbres virtuels pour pouvoir envoyer des lettres. La règle est : un timbre par page (vous avez différentes tailles d’écriture et la possibilité de visualiser la lettre avant de l’envoyer afin de réduire au maximum). Pour 6$, vous avez 10 timbres (ce qui fait 4,40 euros), pour 9$, vous avez 16 timbres (6,60) et pour 18$, vous avez 33 timbres (13,21).

 

Le courrier de Bovet

1377004486

C’est une association française cette fois ci qui a pour but d’aider les détenus à trouver des correspondants. Mais ici, pas de choix. Après avoir payé la cotisation pour adhérer à l’association, vous aurez un entretien téléphonique avec un responsable afin de comprendre vos intentions, vos motivations. Puis vous serez mis en contact avec un « ancien » de l’association qui sera votre référent et qui vous donnera l’adresse du détenu. Il faut savoir qu’ici le détenu ne connaitra pas votre véritable identité ni votre adresse, tout transit par l’association. C’est assez encadré mais ça peut être rassurant pour celles et ceux qui veulent se lancer mais qui ont toujours un peu peur de donner des informations aussi personnelles que le nom de famille ou l’adresse.

 

  • Toutes les prisons acceptent-elles la correspondance des détenus ?

Très bonne question ! En soi, aucune prison n’a le pouvoir de dire non à la correspondance avec des détenus. C’est même encouragé dans la plupart des prisons US. Par contre, il y a certains états qui n’acceptent pas que les détenus postent des annonces sur internet pour trouver des correspondants (le Missouri, la Floride et l’Oklahoma). Ils peuvent quand même le faire via leur famille donc c’est à nous de ne pas mentionner l’annonce si on leur écrit. Du style « tu te souviens de moi, j’étais l’élève étrangère dans ton lycée » …

 

  • C »est dur de se lancer? 

Dur ? Ca dépend ce qu’on entend par « dur ». Disons qu’il ne faut pas se lancer à la légère. Ca demande une réflexion personnelle. Il faut voir nos raisons pour le faire : si c’est juste parce qu’on se sent seul(e) et qu’on veut avoir quelqu’un qui est encore plus seul(e) que nous, non. A part pour cette raison, on ne peut pas vraiment juger des raisons personnelles. Certain(e)s voudront une très forte amitié, ad vitam aeternam, d’autres (comme moi) verront bien où cela nous mène sans avoir d’attentes particulières.

Je pense que le plus important, c’est de ne pas avoir d’attentes. Je pars du principe qu’on est avant tout là pour aider le détenu et lui apporter des choses à lui. Bien sur, ça nous apportera également des choses à nous mais quand on écrit à un détenu, on est avant tout là pour l’aider moralement, illuminer un peu sa journée avec du courrier vu que la vie en prison est monotone et selon les dires d’un détenus : « ça ressemble à un dimanche sans fin, quand tout est fermé, qu’il n’y a rien à faire et que le temps semble passer très lentement. ».

Peut être que le plus dur, c’est finalement de trouver la personne avec qui on veut correspondre. Ou au contraire de faire des choix. On peut entretenir plusieurs correspondances (pas dans la même prison, car risque de jalousie, il faut se rappeler qu’un rien en prison peut devenir un beaucoup) mais il faut aussi se poser la question du temps.

 

  • Il faut avoir du temps de libre pour entamer une correspondance ? 

Tout dépend le genre de correspondance. Si vous êtes du genre à envoyer des dessins, faire du scrapbooking ou autres, ça peut prendre du temps. Personnellement, je ne corresponds avec mes PP que via mail donc je leur réponds le jour où je reçois leur lettre et je mets environ de 1 heure à 3 heures (pas non stop, entrecoupée) pour répondre à une lettre.

Après tout dépend aussi de la fréquence des échanges. Avec mon correspondant au Texas, j’ai envoyé le premier mail début avril et là je suis en attente de sa 4e lettre : J’ai reçu 2 lettres en avril et pour le moment une en mai (merci les jours fériés, quand on commence à écrire, on maudit les jours fériés qui ralentissent le courrier). Donc c’est une moyenne de deux lettres par mois pour moi. Ce qui est raisonnable et pas chronophage. Je connais d’autres personnes qui ont jusqu’à 3 lettres par semaines ou d’autres qui n’ont qu’une lettre par mois.

Il faut donc avoir un peu de temps. Mais si on aime écrire et qu’on apprécie la personne à qui on écrit, on prend automatiquement du temps.

 

  • T’ont ils tous répondu ? 

Oui pour le moment, j’ai écris à 3 détenus différents et ils m’ont tous répondu. Je suis en correspondance avec deux d’entre eux. Même si ma principale correspondance est avec celui qui est détenu au Texas. Mais il arrive que des détenus ne répondent pas : on ne peut pas plaire à tout le monde ! Mais cela peut être car ils ont déjà trop de correspondants.

 

  • Comment ont-ils pris ton initiative ?

Et bien, on peut dire que c’est leur initiative à la base. Ce sont eux qui ont posté une annonce donc la plupart sont réceptifs quand ils reçoivent des lettres. Ma peur était que vu ma condition d’étudiante en criminologie, ils se sentent comme l’objet d’une étude ou alors que je ne m’intéresse qu’à eux pour le crime qu’ils ont commis. Je ne leur ai pas dit dans la première lettre mais la question de « que fais-tu dans la vie ? » est vite venue. Et j’ai décidé de ne pas leur mentir quitte à ce qu’ils ne veulent plus m’écrire. Mon correspondant au Texas ne l’a pas du tout mal pris bien au contraire (j’avais précisé que le fait que j’étudie la criminologie n’avait pas d’importance car je ne chercherais pas à connaître leur crime). Il est adepte de psychologie et il m’a conseillé un de ses livres préféré « Free Will » et « The Moral landscape » de Sam Harris qui parlent de la notion de libre arbitre et de son importance (selon lui, nocive) dans le système pénal.

Pour le second PP (qui est au Nevada), je lui ai expliqué cela dans ma dernière lettre et là j’attends une réponse. On verra bien s’il le prend aussi bien que celui du Texas.

 

  • On parle de quoi avec un détenu ?

C’est la question qu’on se pose lors qu’on écrit le premier mail ou la première lettre. Enfin, on résout vite le problème en se présentant. Après s’être présenté(e), on peut rebondir sur ce qu’ils disent dans leur annonce. Et puis poser des questions pour savoir ce qu’il aime, s’il lit beaucoup … On peut penser qu’il est gênant de parler de sorties, de l’extérieur mais en fait, ils sont très en demande de ça. Ils aiment aussi avoir des photos (pas forcément de nous) mais de paysages car ça les fait voyager. Je pensais au départ que c’était un peu un sujet tabou mais pas du tout. Ils ont l’impression de vivre à travers nous dans un sens.

Et puis après avoir posé des petites questions basiques, on commence à mieux se connaître et plus, une question en enchaîne une autre et une autre … La conversation se fait très naturellement quand on trouve quelqu’un avec qui on a des points communs. Mon PP du Texas m’a demandé de lui résumer les épisodes de la série Hannibal. Il peut regarder dans la salle commune mais parfois il y a trop de bruit ou les autres détenus ne veulent pas regarder donc il veut que je le tienne au courant. Je lui ai donc fais des résumés en lui demandant son avis sur telle ou telle chose ou alors il m’a décrit ses tatouages en me disant qu’il les avait tous fait en prison. Je me suis étonnée de ça en lui disant qu’ici, c’est pas possible. Donc il m’a expliqué en long en large et en travers tout le procédé pour créer les outils, en me disant que maintenant, je pouvais faire une révolution dans les prisons belges et instaurer ce système. Il ne faut pas poser des questions sur leur crime dès le début, c’est à eux à en parler en premier. Ou alors après quelques lettres, on peut demander si ça le dérange d’en parler, mais jamais aborder la question soi même. C’est à eux de le faire. Je n’aborderais pas tout de suite non plus les conditions de vie en prison ou alors plutôt du genre « et toi c’est quoi ta journée, type, ton emploi du temps, est-ce que tu travailles ? »

Je voulais aussi mettre fin à un cliché (que j’avais également) concernant la censure aux USA. Les lettres des détenus ne sont pas toutes lues, mon PP me l’a assuré. Il m’a expliqué que certains détenus « à risque » ont leur courrier de lu mais pas lui. Il m’avait demandé de partager avec lui mes opinions sur la prison et je lui avais répondu que je ne savais pas jusqu’où je pouvais aller par peur de la censure, ou par peur de représailles envers lui. Mais il m’a assuré que rien ne pouvait être censuré même si j’avais des idées totalement différentes sur la prison que le Texas. La seule censure possible est contre des photos ou images à caractère pornographique ou des écrits dans lesquelles on apprend à faire de l’alcool ou de la drogue. Ou alors si je lui dis que je songe à commettre un crime ou rejoindre une organisation terroriste. Il ne l’a pas précisé mais il faut éviter de parler d’évasion, même en rigolant !

 

  • Se confient-ils sur leur condition de détention, sur le crime qu »ils ont commis ?  

Mon PP au Texas m »a expliqué un peu les conditions de détention dans son unité. Il m »expliquait que les indigents (les détenus sans ressources) n »avaient pas le droit au dentifrice dans leur kit hygiène jusqu »à l »année dernière, mais qu »à la place, ils avaient du bicarbonate de soude. Ou alors qu »ils n »avaient pas accès au téléphone jusqu »à l »année dernière. Il me dit souvent que c »est un enfer la prison au Texas, qu »il y a beaucoup de malades mentaux dont la place n »est pas en prison ou de personnes qui sont limitées intellectuellement. Mais pour le moment, il reste général. Il ne me parle pas vraiment de lui en particulier. A part dans sa dernière lettre où il me dit que sans sa famille et sa radio, il n »aurait jamais tenu et que l »idée de mettre fin à ses jours lui aurait traversé l »esprit. Je pense qu »il ne veut pas passer ses lettres à se plaindre, car quand ça devient trop personnel ou trop triste, il dit « passons à un sujet plus drôle ».

Pour le moment rien sur le crime qu »il a commis. Enfin, je sais quel type de crime (c »était sur le site) et il me l »a redit dans sa première lettre. Il m »a aussi précisé qu »il me raconterait un jour quand on se connaîtra mieux. Je serais là pour écouter, sans juger si un jour, il décide de le faire.

  • Ont-ils encore des rêves de sortie, ou sont-ils blasés ? Que racontent-ils le plus ? Quotidien, rêve, regrets ?

Mon PP du Texas est un « lifer ». Il a donc été condamné à vie, mais avec possibilité de liberté conditionnelle. Cela fait quelques années qu »il est incarcéré et il en a encore 20 à faire avant de pouvoir faire une demande de conditionnel. Il m »a précisé que ce n »est pas sûr qu »elle sera acceptée. Il sera donc « vieux » quand ça arrivera. Avant de lui écrire, je me disais « mais comment on peut tenir sachant qu »on va passer toute sa vie en prison ? ». Il est entré en prison à 20 ans et il en ressortira, peut être, vers ses 50 ans.

J »ai eu un début de réponse grâce à une de online casino ses lettres. Il me dit qu »au moins, lui, il a cette possibilité de pouvoir être libéré conditionnellement parce que d »autres sont soit condamné à vie sans possibilité de conditionnelle soit dans le couloir de la mort. Il m »explique aussi qu »aux USA, il est très difficile de trouver un emploi après la prison, car les employeurs ont le droit de demander le casier judiciaire. C »est un peu une double peine. Il faut aussi qu »il trouve un logement ou un chambre chez quelqu »un qui n »a pas de casier judiciaire.

Pour quelqu »un de condamné à casino online vie, il parle « beaucoup » du futur. J »ai pu voir dans mes différents cours que la temporalité en prison est très différente : on essaye d »oublier le passé, on vit dans un présent qui semble éternel et on ne peut même pas envisager l »avenir tellement ça paraît loin. C »est pour cela qu »il y a une de ses phrases, à la fin d »une lettre qui m »a vraiment touchée : « I am very happy that you found me and I am looking forward to the future. ». Il faut croire que nos échanges l »aide à se projeter, même à court terme.

Sinon comme on ne parle pas de son crime, il ne me parle pas de regrets. En ce moment, on parle beaucoup différences entre nos deux pays au niveau du système judiciaire. Une des questions les plus importantes pour lui était de savoir si en France aussi, on pouvait être condamné par un jury. Et on a l »air d »avoir le même avis sur la question : c »est bullshit.

 

  • Ce n’est pas dur à gérer si le détenu a commis un acte grave ?

Si vous êtes allés sur Write a Prisonner, il y a forcément ce pourquoi le détenu est emprisonné. Il n »y a pas de détails, mais il y a la qualification pénale : meurtre, vol, braquage … Donc vous pouvez déjà opérer un choix en vous disant « Non moi les meurtriers, je ne peux pas ou tout ce qui touche les agressions sexuelles ».

Si vous utilisez le Courrier de Bovet, là, vous ne savez pas pourquoi votre correspondant est enfermé. Ça peut être plus dur lorsqu »on le découvre.

Mais il faut partir du principe que ça ne sera pas le sujet principal de la correspondance. Soit vous décidez de faire des recherches avant de vous lancer, avec les détenus américains, on peut trouver facilement. Soit, comme moi, vous décidez de ne rien faire et vous verrez bien. Mon PP au Texas est là pour meurtre. Il me l »a rappelé dans sa première lettre en me disant que quand on se connaitrait mieux, il serait d »accord pour m »expliquer. Quand il a su que j »étudiais la criminologie, il a très bien réagi en me disant « je sais que tu dois être intéressé par mon crime vu tes études, tu peux chercher sur Internet et je te dirais le faux du vrai ». Mais je lui ai répondu que ça m »importait peu de savoir, que je ne ferais aucune recherche, car ce n »est pas ça le but d »une correspondance pour moi et que si un jour, je devais savoir, ça sera de sa plume. Et non pas parce que je suis étudiante en criminologie, mais parce qu »il aura assez confiance en moi pour en parler s »il en ressent le besoin. S »il veut en parler parce qu »il en a besoin, je serais une épaule qui l »écoutera sans le juger.

Mais comme je l« ai dis plus haut, il ne faut pas continuer une correspondance si c »est au-dessus de vos forces ou valeurs. Si jamais un détenu vous parle de son crime et que vous ne pouvez pas passer outre, écrivez une dernière lettre pour dire que ce n »est plus possible pour vous. Si vous faites cela (ce que je peux comprendre), essayez de ne pas le juger (la justice l »a déjà fait) donc pas de « oui, mais c »est dégueulasse, t »es qu »un … ». Je vous conseillerais juste de dire que c »est au-delà de vos forces, de vos valeurs et que malheureusement, vous ne pouvez pas passer outre et qu »il espère qu »il respectera votre décision.

  • Qu »est-ce qu »il faut faire si on ne s »entend pas avec ?

J »ai eu ce cas. Avec mon tout premier PP (que je n »avais pas choisi, je m »explique : j »avais choisi d »écrire à un condamné à mort, mais il m »a répondu qu »il avait déjà trop de correspondants, donc il m »a transmis la lettre de quelqu »un qui n »avait personne). Il se trouve que je n »avais pas beaucoup d »atomes crochus avec lui. J »ai continué parce qu »il était dans le couloir de la mort et je ne voulais pas l »abandonner. Mais avec le recul, je me rends compte que ce n »est pas une bonne raison de continuer une correspondance.

Je pense que si au début, on n »a pas de coups de cœur ou de points communs, il faut quand même tenter de continuer un peu. Mais si au bout d »un moment, on voit que ça tourne en rond, que c »est plus une corvée, il faut savoir respecter nos ressentis et arrêter la correspondance. Il faut bien y réfléchir avant, car ce n »est jamais anodin pour eux. Nous, on a notre vie bien remplie et eux, parfois, n »ont que ça. Si on décide d »arrêter une correspondance, la moindre des choses est de lui écrire pour lui dire qu »on veut arrêter et lui dire pourquoi.

 

 

  • Comment réagir s »il envoie un contenu inapproprié (comme toi le dessin) ? 

Alors il faut expliquer. J »ai dis plus haut que mon premier PP était un condamné à mort à qui on avait passé mon adresse. La correspondance n »était pas très satisfaisante, mais ça a passé un autre cap quand dans un dessin (très joli et classe), il a glissé tout en bas une croix gammée. Dans sa lettre, il expliquait qu »il avait fait partie de l »Aryan Brotherhood. C »est un gang qui croit en la suprématie de « la race blanche » très important dans les prisons américaines. Etant française (enfin normalement tout être humain normalement constitué devrait être choqué, mais notre histoire est encore plus imprégnée) , j »ai zéro tolérance avec tout ce qui est nazisme. J »ai donc décidé de mettre fin à cette correspondance en disant que ça, je ne pouvais pas passer outre vu la forte connotation de ce genre de « dessin ». Je lui ai donc écrit une lettre en lui expliquant mes raisons et en lui demandant de respecter mon choix, car de toute façon, je ne répondrais pas si lui me répondait.

Après, il faut savoir que dans les prisons US, entrer dans un gang apporte une protection. Beaucoup le font sans forcement croire en les idéaux du gang en question, mais pour appartenir à un groupe, une famille. Mais il a aussi des détenus qui ne rentrent pas dans des gangs. Donc pour certain ça pourrait être l »occasion de comprendre le système des gangs et voir le point de vue de l »intérieur, mais moi ça ne m »intéressait pas du tout.

Concernant d »autres contenus que vous trouveriez inapproprié (surnoms trop affectifs, sous entendus romantiques ou autres), je ne conseillerais pas d »arrêter la correspondance sur le champ. Il faut savoir que la plupart des détenus sont rentrés jeunes en prison ou alors y est depuis assez longtemps pour avoir oublié les codes sociaux. Pour la plupart, ça ne sera que de la maladresse, car n »ayant pas été beaucoup sociabilisé, ils ne savent pas vraiment comment se comporter (encore plus quand c »est une femme qui écrit à un détenu homme, ou un homme qui écrit à une détenue).

Dans ce cas, il faut juste poser un cadre en disant « moi, je n »ai que de l »amitié à offrir, ça ne sera jamais rien d »autre ». Il faut aussi prendre en compte la différence culturelle si vous écrivez à un détenu hors de votre pays. Vous pouvez alors dire qu »ici de tels mots sont pour des gens en couple.

Souvent dans les annonces, certains (voir la plupart) n »hésitent pas à mettre qu »ils cherchent des femmes pour plus que de l »amitié (en fait, ce sont surtout les annonces postées par les femmes détenus qui sont plus des annonces matrimoniales). Si votre but n »est pas une relation romantique, évitez ce genre d »annonce. Ce que j »ai apprécié avec mon PP, c »est qu »il a écrit qu »il pouvait écrire à n »importe qui : homme, femme, gay, lesbiennes, transgenre. Après, la relation peut se transformer, surtout du coté du détenu, là encore, c »est à vous de mettre des cadres.

 

  • Quel a été ton plus long échange avec un détenu ?

Eh bien, j’ai commencé ma correspondance avec mon PP au Texas fin mars/début avril. Donc ça ne fait deux mois que l’on correspond. Mais on a déjà eu l’occasion de se dire pas mal de chose. Moi je lui écris des Jpay  qui font entre 4 et 6 pages words et lui me réponds par des lettres entre 3 et 5 pages recto verso. Enfin ce mois-ci, je l’ai un peu inondé de nouvelles : un Jpay en début de mois, une carte de Paris, un Jpay pour lui résumer les épisodes de Hannibal, un autre pour répondre à sa lettre, une lettre via la poste pour lui envoyer des photos et un autre Jpay pour le final de Hannibal. C’est pour compenser le mois de juin qui sera forcément calme à cause de mes examens.

 

  • As-tu envie de rencontrer un de tes correspondants ?

Vu que mon correspondant est aux USA, ce n’est pas quelque chose que j’envisage sérieusement. Pour le moment, vu qu’on ne se connaît pas très bien, je n’envisage pas d’aller le voir exprès. Après, si j’ai l’occasion d’aller aux USA, peut être que j’essayerais d’aller le voir. Mais ça ne sera pas avant des années et il faut encore que la correspondance tienne jusque là.

 


 

Merci aux personnes qui ont joué le jeu des questions. Et merci à Elvire d »avoir partagé son témoignage en espérant que le sujet vous a surpris, amusé, conquis et intéressé. Si d »autres questions vous viennent à l »esprit à la fin de la lecture de cet article, n »hésitez pas à les poser soit en commentaire soit sur son compte twitter ( @Elvr__ ), elles pourront faire l »objet d »un second article.