Quand on me dit HBO, je pense d’abord à The Wire, les Sopranos, Games of Thrones ou Six Feet Under. Il faut que je me creuse un peu la tête pour trouver des comédies afin de compléter cette liste : Flight of the Conchords, Veep, Curb your Enthousiasm... Et à partir de maintenant, Silicon Valley. Review de la première saison !

Silicon Valley raconte l’histoire d’un jeune créateur, Richard Hendricks, qui invente un nouveau logiciel permettant de reconnaître de façon quasi-instantané si un artiste copie une chanson déjà existante. Enfin ça, c’est ce que j’ai retenu, parce que le pilote est assez touffu niveau termes techniques. Et de toute façon, là n’est pas le point central de la série : Silicon Valley est avant tout centré sur Pied Piper, la start-up que dirige Richard – bien malgré lui, sur ses employés et sur la rivalité qui existe avec le géant Hooli qui travaille sur le même projet pour leur couper l’herbe sous le pied.

Mike Judge (créateur de la série mais aussi de Beavis and Butt-Head)connait la Silicon Valley pour y avoir travaillé pendant trois mois et a détesté l’ambiance qu’il y a trouvé. Cette expérience l’a assez marqué pour en faire une série, mais cela a peut-être aussi apporté le plus gros défaut de la série : un manichéisme trop marqué, entre les gentils entrepreneurs qui bidouillent des lignes de code dans une maison et le « méchant » géant de l’informatique (Hooli fait penser à Google d’ailleurs) qui vole les idées de ces derniers à coup de millions de dollars. Alors, c’est sûr que la Silicon Valley n’est pas le monde des Bisounours, mais nuancer cet aspect aurait été sympathique et aurait fait de Silicon Valley plus qu’une bonne série.

silicon valley

©HBO

Parce que c’est une bonne série malgré tout. Les deux premiers épisodes, et notamment le pilote, sont assez lents et peuvent donc en décourager certains, mais par la suite, la série trouve son rythme et réserve vraiment d’excellents moments – notamment toute l’intrigue de l’épisode 6 qui tourne autour de la compagne de Gilfoyle et qui est à mourir de rire. L’écriture est soignée et croque justement certaines figures de l’informatique – notamment celui de l’ado hackeur, et les auteurs se sont attachés à rendre les personnages attachants. Alors bien sûr, on n’évite pas la caricature du geek stressé et limite autiste – ou même le plagiat de personnage, comme celui de Dilmesh qui ressemble étrangement à celui de Raj dans TBBT, mais au bout de trois épisodes, on passe outre. T.J. Miller et Thomas Middleditch y sont pour beaucoup, le premier surjouant jouissivement un Steve Jobs qui aurait été mal dégrossi, le second étant assez sensible dans son jeu pour ne pas faire basculer Richard dans une parodie de Leonard Hofstadter. Les seconds rôles sont aussi bons, comme dans toute série HBO, et personne n’est mis sur la touche, à part peut-être Zach Woods que j’ai trouvé en retrait par rapport aux autres.

L’autre intérêt de Silicon Valley réside dans le duel entre deux modèles économiques : la start-up soutenu par un business angel – Christopher Evan Welch (malheureusement disparu en décembre) qui campe un visionnaire complètement fou – et le géant qui tente de tout écraser sur son passage – Hooli et son patron mégalomane, Gavin Belson (très bien interprété par Matt Ross). Cet aspect-là est certes assez loupé à cause de ce manichéisme que je décrivais plus tôt, mais l’interprétation des acteurs et l’écriture subtile sauvent en partie cet aspect de la série. Et la série évite pour le moment l’écueil de l’amourette geek, ce qui est plutôt une bonne chose.

Au final, Silicon Valley n’est pas une franche réussite, mais elle séduit suffisamment pour que l’on monte dans son wagon. Et puis, les premières saisons des sitcoms ne sont que rarement pleinement réussies, et je fais confiance aux showrunners afin de corriger certains défauts pour la saison 2. Le plus dur est toujours de confirmer une bonne impression.