France 4 poursuit sa politique de télé conceptuelle et sa lente transformation en chaine expérimentale, proche des gens avec Cam Clash.

Après Tokyo Reverse ou On n’est plus des pigeons, France 4 enchaîne les excellentes idées avec Cam Clash, nouvelle émission de caméra cachée mettant en exergue les comportements des gens dans la vie de tous les jours. Racisme, harcèlement, sexisme, homophobie, moqueries, embrouilles, Cam Clash met en scène les situations qui empoisonnent le quotidien de nombreux français. Retour sur l’expérience Cam Clash.

L’émission a proposé deux numéros hier soir avec des sujets banals mais percutants comme Ne pas laisser sa place à une femme enceinte, se moquer d’une femme ronde, être un serveur homophobe ou encore se moquer d’une femme au volant. Devant ses missions entreprises par des complices à la fois victimes et coupables, Cam Clash souhaite mettre le passant, le voisin de table ou le conducteur de derrière devant des situations où une réaction se fait attendre.

Le premier sujet était révélateur du contenu de l’émission. Un dragueur du dimanche insistant accostait une fille courte vêtue à un arrêt de bus. Une demi-douzaine de personnes assistent à la scène. Certains ne font rien, d’autres arrivent à prendre sur eux et interviennent. Après quelques minutes, la scène s’interrompt et l’animateur vient expliquer le concept de caméra cachée et demande aux personnes intervenues de rendre des comptes : pourquoi sont-elles intervenues ? Qu’est-ce qui les a choquées ? Quel a été l’élément déclencheur ?

Curieuses expériences sociales, ces caméras cachées sont pourtant symptomatiques de nombreux cas d’école dans la vie de tous les jours. A une époque où l’individualisme est montré du doigt, on se prend à reprendre foi en l’humanité en voyant certaines personnes défendre bec et ongles son prochain (certaines en viennent à pleurer à cause de la pression et la colère). Les situations ne dégénèrent jamais, c’est peut-être là où le bas blesse, où l’émission peine à vraiment convaincre. Le complice garde ses limites et parle plus qu’il n’agit. Difficilement, dans les cas constatés par tous, la parole précède les actes. Cam Clash fait raison gardée et ne propose que des clashs verbaux qui restent assez sages. Mais il serait dommage de ne pas applaudir les personnes qui s’interposent, qui font acte de bonne parole et arrivent à proposer un discours face caméra totalement cohérents, justes pour la plupart mais aussi personnels. Rares sont les témoignages où les lieux communs sont exposés, on a toujours des paroles intéressantes qui tranchent avec les « on dit » et les « il faudrait que ».

Cam Clash réussit aussi à proposer des profils différents suivant les situations. Mais à travers des profils, l’émission propose un montage de réactions soulignant des cas d’école. Les Blacks extravertis, sortent des paroles plus directes ; les personnes agées ont un discours très détachés mais en même temps remplis de compassion, de justesse et d’expérience. Enfin les jeunes agissent, mais gardent une sorte de distance, la peur de la représaille par la fuite ou le détachement est souvent remarquée. Alors non, ce ne sont pas des préjugés, des clichés, on le sait bien, suivant sa « case », il y a plus de chances d’agir de la sorte qu’autrement. Même réflexion pour les complices, le profil type existe bel et bien, ne nous leurrons pas, Cam Clash ne tombe pas dedans et propose des situations un peu différentes. Le couple homosexuel par exemple est très différent du couple qui inspire cette expérience (le fameux couple qui a été tabassé à Paris)

L’animateur, Baptiste Etchegaray, se permet de relancer le spectateur en demandant si lui aurait réagi autrement. La distance qu’il crée avec le spectateur s’installe alors. Chaque caméra cachée est « parrainée » par une personne qui a vécu le cas présenté, ça peut être la femme enceinte, la femme ronde ou l’homosexuel tabassé, le débat s’enclenche pendant quelques minutes, mais s’arrête net. Cette distanciation rappelle étrangement l’émission formidable qu’était Hello Goodbye où un animateur questionnait les gens qui attendaient dans un aéroport et qui racontaient leurs histoires. Souvent émouvantes, sentant la sincérité, les témoignages laissaient vraiment l’auteur de l’histoire sans accompagnement. L’animateur se détachait et laissait l’histoire se racontait d’elle-même. Pour Cam Clash, c’est vous, moi, eux, qui sont pointés du doigt en leur proposant de se questionner sur ce qu’ils auraient faits. Ce sentiment d’implication à double tranchant manque un peu de discernement. Les situations présentées sont jouées avec beaucoup de facteurs aléatoires. Si les complices sont souvent débriefés, il aurait fallu que la mission se transforme vraiment en exposé complet. A vouloir proposer de l’original, provoquer le débat, Cam Clash rate le coche et ne propose du débat que sur des sujets clos et non ouverts.

Avec moins de 300.000 téléspectateurs (diffusion décalée à 21h20 à cause du tennis), l’émission rate son baptême, mais a plutôt bien marché sur Twitter. La semaine prochaine, nouveau numéro et nouvelles propositions de débats…