Un drama oppressant sud-coréen, un thriller politique bulgare, deux comédies décapantes australiennes et québécoises : le dimanche de Séries Mania a été riche en découvertes. Tour d’horizon.

Dimanche dernier, le festival Séries Mania présentait une des multiples séries sur le thème de pandémies létales et les efforts pour les contenir par les scientifiques ou autorités sanitaires (les deux autres étant la Flamande « Cordon », très bien reçue, et l’Américaine « Helix »). « The End Of The World » est une série sud-coréénne en 12 épisodes produite par Drama House.the end of the world séries mania

 

A quoi elle ressemble ? Elle part d’un contaminé montré en plan large sur un radeau de survie, après une introduction défilante nous expliquant qu’un bateau a été porté disparu au large de la mer de Béring. En abordant un médecin, ce survivant le contamine à lui éternuant du sang au visage. La présentation de l’équipe du CDC local est à l’opposé de celle des « Experts », qui est référencée sarcastiquement par les personnages. Ici, on ne coupe pas les passages intermédiaires de l’enquête pour une quelconque fluidité narrative : lorsque l’équipe fouille la poubelle d’un contaminé, la séquence s’étire, et le côté laborieux est plus que jamais ressenti des deux côtés de l’écran. « The End Of The World » ne fait pas appel au spectaculaire pour présenter l’évolution de l’enquête : pas de quarantaine au niveau d’un quartier, de tableaux anxiogènes montrant les fatalités à l’échelle nationale… La menace est réelle, présente, la souche inconnue, avec un patient zéro qui est finalement aussi traumatisé que ses victimes. Avec un chef compétent et charismatique, dont on ne dévoile rien ou presque de la vie personnelle, « The End Of The World » pique du nez en termes de rythme dès le deuxième épisode. Une lenteur qui se veut assez réaliste, mais qui semble se concentrer sur la chasse à l’homme du Patient Zéro.

Changement radical d’ambiance avec « The Fourth Estate », série bulgare en 12 épisodes présentée par la télévision publique, et qui a fait polémique lors de sa diffusion. Cette série n’était pas incluse dans la sélection de Séries Mania, mais elle était à disposition de la presse et des professionnels. Un thriller de plus dans les arcanes du pouvoir? Pas du tout. Elle part de la vie d’une rédaction d’un quotidien national, « The Fourth Estate », spécialisé dans les scoops d’investigation, et les coups bas entre cercles politiques et médiasphère. Les « bombes » des affaires concernent un trafic de produits de luxe organisé par un homme d’affaires en collusion avec le ministre des Finances, et des matches de foot truqués et des arbitres achetés. On montre les méthodes d’investigation : des enregistrements sur téléphone portable, des mises sur écoute… Et un enquêteur au coeur de la tourmente, Andrei Krastanov, lauréat du Pulitzer local et également présentateur d’un talk-show d’information, au style d’interview pugnace à la Bourdin. the fourth estate

Le portrait du personnel et du fonctionnement de la rédaction est extrêmement authentique et fidèle, et le sarcasme et luttes d’influences sonne vrai. Un peu trop même, vu qu’en se basant sur de vraies affaires, « The Fourth Estate » a fait couler beaucoup d’encre. Entre « Engrenages » et « State Of Play », une série qui n’épargne personne.

La précédente saison réunissant la famille Moody avait été projetée partiellement à Séries Mania 4. « The Moodys » saison 2 reprend donc partiellement le concept de « A Moody Christmas » en l’étendant sur des réunions de famille sur un an. Plus que les quiproquos et une galerie de membres de la famille haute en couleur, c’est la réalisation qui est le principal atout de « The Moodys ». Les petites combines des uns ajoutées aux rancoeurs des autres se déroulent de manière extrêmement fluide : le premier épisode se passe lors d’un barbecue lors de la fête nationale australienne, et la caméra passe d’une conversation à une autre sans forcément couper la précédente. On papillonne ainsi de discussions anecdotiques à une autre, tout en ne s’y perdant pas dans l’histoire. Cela donne une vraie consistance à ce qui pourrait être un assemblage de saynètes incohérentes. Les touches surréalistes et l’humour de malaise qu’inspire certains gags ne sont jamais totalement surlignées, preuve de l’univers déjanté dans lequel évoluent les Moody. La fin du season premiere voit rien de moins qu’une maison être détruite au petit matin avec deux habitants squattant à l’intérieur.

photo-04

Le trio des « Pêcheurs » était un des représentants québécois de Séries Mania. Un trio de comiques de stand-ups très connu se réunit dans un chalet. L’épisode projeté rendait hommage à un ami commun mort, avec des confessions post-mortem qui sont loin d’être plaisantes ou touchantes. Un postulat finalement assez simple, qui arrive à faire mouche avec des répliques saignantes et un bon découpage. Martin Petit arrive à tirer le plein parti de son postulat et de donner un temps d’antenne égal à ses deux invités, et les comparaisons avec « Louie » ou « Curb Your Enthusiasm » ont peu lieu d’être, tant la série est moins un OVNI comique et plus des récréations pour le gotha de la comédie québécoise. Une découverte assez marrante, dont on souhaite qu’elle soit visible un jour en France.

Retrouvez l’avis sur la saison 2 d’ « Ainsi Soient-Ils » signé Elvire ici . Mon retour sur « The Crimson Field », « Le Dégel » et « Devil’s Playground » est ici.