Jason Reitman signe, avec “Last Days of Summer”, un film fortement teinté de mélancolie sur le passage à l’âge adulte et le rôle le plus inattendu de père de substitution. Un film passé à côté de tous les prix, mais qui est pourtant une réussite artistique.

L’été des 13 ans d’Henry est assez mouvementé, surtout dans les derniers jours d’août, peu avant de reprendre l’école (le Labor Day aux Etats-Unis). Sa mère est toujours déprimée suite à la rupture avec son mari. En allant faire les courses au supermarché, ils sont abordés par Frank, condamné pour meurtre et récemment évadé. Celui-ci va les prendre en otage et se cacher chez eux.


Last Days Of Summer – bande-annonce VOST par Paramount_Pictures_France

 

La suite de l’histoire est beaucoup plus complexe, et a des relents délicats de syndrome de Stockholm, qui sont habilement traités par Jason Reitman. Ce qui devait être un thriller où une divorcée est prise en otage par un dangereux criminel ne devient que partiellement l’histoire, et à vrai dire, celle qui est perçue de l’extérieur. Reitman arrive à doser la confiance mise par Adele (Kate Winslet) et Henry : la famille recomposée n’est ainsi qu’un leurre, et l’unité temporelle très resserrée sur à peine un week-end. Devenue asociale et ayant perdu confiance en soi, Adele va peu à peu sortir de sa torpeur dépressive grâce à Frank. Un postulat qui peut paraître difficile à croire sur le papier, mais Reitman laisse des acteurs chevronnés faire leur boulot. Il ne rend jamais Frank entièrement sympathique ou charmant, Brolin restant toujours aux aguets.


LAST DAYS OF SUMMER – extrait Family par Paramount_Pictures_France
 

En tant que restitution d’atmosphère, « Last Days Of Summer » est une vraie réussite, utilisant une photographie estivale et moite pour délivrer les souvenirs d’Henry. Eric Steelberg, chef opérateur attitré de Reitman et également de « (500) Jours Ensemble », utilise la lumière estivale et la chaleur voilée des intérieurs et des extérieurs de la maison (à l’ombre de quelques arbres) pour magnifier et exacerber la portée nostalgique des souvenirs de Frank. Il en vient même à utiliser plusieurs sens, à travers une scène de cuisine qui est aussi tentante qu’importante pour la psychologie d’Henry, narrateur en voix-off de cet été fatidique.

Les montées et baisses d’intensité sont gérées de manière assez passe-partout mais réussie : les allées et venues des voisins, les soupçons qui peuvent se porter sur Henry sortant à l’extérieur… Tout passe par une gestion de l’espace rapproché et lourde, mais qui ne bascule jamais dans la claustrophobie. Reitman, d’habitude porté par des dialogues et des personnages détonnants, travaille ici avec une dramaturgie plus conventionnelle. Et il prend soin à ne jamais enliser le film. Seul personnage Reitman-ien du film, une ado qui donne la réplique à Henry et le confronte à la tentation de la désobéissance. Si ces séquences sont assez drôles (heureusement), elles sont une pièce rapportée dans une ambiance qu’on peut lier à des films des années 1950 comme « La Chatte sur Un Toit Brûlant » ou « Reflets dans un Oeil d’Or » pour la photographie moite.

« Last Days Of Summer » est un mélodrame sincère et inattendu, prouvant que Reitman a d’autres cordes à son arc. Il lui manque un soupçon d’originalité dans son exécution pour pouvoir prétendre au palmarès des meilleurs films 2014, mais son charme discret opère sur le spectateur. S’il reste le plus faible de sa filmographie, il montre aussi un virage plaisant après des comédies acides comme « Juno » ou « Thank You For Smoking ». Une polyvalence qui sied bien à Reitman.