Blue Valentine est diffusé ce soir sur Arte. l’occasion de revenir sur ce drame romantique.

La naissance et la déchéance d’un couple montrées en parallèle, pas de quoi se fendre la poire effectivement… C’est beau, triste, lent et c’est porté par un duo d’acteurs formidables. Il y a des films qui répondent aux moments de la vie, des films qui sortent ou qu’on voit par hasard et qui donnent des réponses, un regard à des moments présents, pesants, Blue Valentine est de ceux-là.

A contre-courant des films romantiques où le couple se forme, Blue Valentine nous présente un couple qui se déforme. Le film raconte comment un couple parvient à se briser alors qu’il n’y a pas d’éléments probants, pas de failles, pas d’indices qui décident que le couperet va tomber à un moment ou à un autre. Ici, Dean et Cindy vivent leur vie paisiblement mais il n’y a rien d’éclatant. Certes, tout s’explique ? Non, les personnages ne sont pas non plus des bons vivants, des gens avides de sensation, ils vivent. Porté par Ryan Gosling (avant la hype) et Michelle Williams, les personnages sont plus écorchés que jamais.

C’est d’ailleurs dans le parallèle entre l’avant et l’après mariage que l’on remarque que les personnages sont en fait tristes. Toute la partie rencontre n’est même pas drôle ou optimiste, on sent des personnages mornes. Le travail monumental tant physique que moral de Ryan Gosling est vraiment remarquable. Cet acteur est vraiment très doué et il aurait mérité sa nomination aux Oscars de l’époque plutôt que Michelle Williams qui, même si elle est excellente, n’a pas un personnage assez fort et épais. Cindy est survolée alors que son background était intéressant, sa relation avec son père, son couple, son métier, c’était une piste à explorer !

blue valentine

La réalisation de Derek Cianfrance (quir etrouvera Ryan Gosling dans The Place Beyond the Pines) reste sobre et efficace, la caméra va au plus près des acteurs, semble parfois maladroitement placée et transperce impudiquement l’intimité des personnages. Pendant les scènes intimistes, un soupçon de voyeurisme vient s’ajouter à l’ambiance lourde et glauque. Le public se retrouve devant un couple qui se disloque ou qui se trouve, la tristesse du propos est souligné par la froideur des scènes, rien n’est épargné niveau émotion, rien n’est exagéré non plus. Blue Valentine est d’un réalisme confondant.

Blue Valentine prend pourtant le pari d’ajouter un peu de pathos au détour d’une scène qui donne presque une « excuse » à ce couple et le métrage perd de sa puissance évocatrice. Fort heureusement, une scène très dure pour Cindy marquera les mémoires et sans fioriture de la part du réalisateur.

passé un peu inaperçu, Blue Valentine est un petit film comme les indépendants savent faire, vrai, brut et terriblement touchant.