« Hannibal », nouvelle création de Bryan Fuller et pari risqué de la NBC, confirme avec le début de la saison deux son statut de série incontournable.

De l’oeuvre de Bryan Fuller, on pourrait dire qu’elle dénote d’une certaine fascination pour les morts et la nourriture. Quelques années après Pushing Daisies, il prend le risque d’adapter au petit écran l’histoire du célèbre personnage d’Hannibal Lecter. L’aventure est un gros risque, et, si les audiences ne décolleront jamais vraiment, la série connait néanmoins un succès critique qui poussera la chaîne au renouvellement pour une seconde saison.

Mads Mikkelsen (credit : NBC)

Mené par un Mads Mikkelsen comme toujours impeccable, le casting d’Hannibal évolue dans un décor dont l’ultra-esthétisme est presque un personnage à part entière, en tant que c’est lui qui rend compte de l’état mental de Will Graham (Hugh Dancy) tout le long de la série. Fuller développe ainsi toute une symbolique, qu’elle soit dans les objets et formes récurrents, ou la dominance de différentes couleurs. Et, plus important encore : il cultive le mystère de ce qu’on sait pourtant déjà. On ne voit jamais Hannibal explicitement tuer et cuisiner ses victimes, tout au long de la première saison. Ainsi, c’est dans la complicité avec le spectateur que bourgeonne la série. Là où Anthony Hopkins, dans sa mythique interprétation du personnage, vous glaçait le sang, Mads Mikkelsen conserve l’apparence d’un innocent, il charme tous ceux autour de lui, mais à mots couverts, il rappelle sans cesse au spectateur qui il est vraiment.

Will Graham (credit : NBC)

Will Graham (credit : NBC)

La deuxième saison marque un changement, cependant : Hannibal s’expose, et nous en sommes, pour l’instant, les seuls témoins – ou presque. Les scènes de meurtre sont encore plus stylisées, plus audacieuses – et cela n’apporte pas que du bon : il n’est pas rare de lire un spectateur sur internet dire « c’est bon, je n’en peux plus, j’arrête ». Fuller irait-il trop loin ? Dans tous les cas, il réussit le coup de maître de piéger le spectateur : Hannibal se révèle complètement à nous, et pourtant nous sommes, comme les personnages ignorants de la nature du tueur en série, pris au piège de son charme. En jouant tout du long sur les connaissances du spectateur, Bryan Fuller a transformé sa série en véritable tragédie grecque : nous connaissons le dénouement, et pourtant nous ne pouvons qu’observer, impuissant, l’intrigue se dérouler, sans accro.

Si la première saison était centrée sur le personnage de Will Graham, la seconde montre l’ingéniosité et la cruauté du jeu mené par Hannibal Lecter. Le piège se referme doucement sur lui, cependant. Mais comment va-t-il être démasqué ? Et au prix de combien de vies ? On préfèrera se poser ces questions-là, plutôt que de prêter trop d’attention à la menace toujours présente de l’annulation, au vu des audiences qui restent trop basses. Hannibal avait créé la sensation avec sa première saison, puis ses fans, avec les actions répétées qui avaient poussé la chaîne à renouveler la série, avaient continué de faire le buzz. A l’heure actuelle, si Bryan Fuller a effectivement un plan pour sept saisons d’Hannibal, il ne tient qu’à nous de prolonger l’aventure, en regardant la série par des moyens légaux, ou en livetweetant les épisodes sans oublier de taguer #Hannibal. Au vu de la qualité difficilement égalable de la série, il serait dommage de ne pas tout faire pour que Fuller puisse développer son œuvre. Et en attendant la décision de la NBC de renouveler ou non la série, c’est toujours un plaisir de passer à table chaque semaine.