Depuis le 20 mars, « Capitaine Phillips » est en DVD, après un box office France mitigé où il a été enfoncé par le multicésarisé « Les Garçons et Guillaume, à Table! » Un film qui mérite vraiment le détour et confirme les talents de raconteur de Paul Greengrass, qui propulse le spectateur au coeur d’un acte de piraterie basé sur une histoire vraie.

Au large des côtes somaliennes, un esquif part à l’abordage d’un navire marchand, le Maersk Alabama, commandé par le capitaine Richard Phillips (Tom Hanks). Une équipe resserrée de quatre Somaliens avec en tête Abduwali Muse (Barhad Abdi) neutralise vite le navire, et joue au chat et à la souris avec l’équipage après avoir pris en otage la commanderie. L’histoire vraie remonte à 2009 et a été largement relayée par les médias américains. Et pour cause : les rebondissements mettent en exergue le professionnalisme de Phillips, qu’il a mis en jeu au péril de sa vie pour assurer l’arrivée de la cargaison au port de Mombasa (Kenya).

capitaine phillips

Paul Greengrass, après l’oublié « Green Zone », adapte son style basé sur l’authenticité et la captation sur le vif à cette histoire, mais le patriotisme et le sentimentalisme qui seraient l’apanage de cette histoire ne l’intéresse nullement : Phillips et son équipage ne sont pas des têtes brûlées, encore moins adeptes des armes, et sont prêts à laisser filer l’équipage avec les 30 000 dollars à bord. Pas vraiment de manichéisme façon David contre Goliath, non plus : l’intensité et l’intrépidité de l’équipage de Muse ne laissent pas place à l’amateurisme, malgré des cris et menaces à foison. Et finalement, la bataille va plus se jouer sur un terrain psychologique entre Phillips et Muse, en utilisant ruse et manipulation, sur fond d’une issue qui est sans doute fatale. Le découpage du scénario signé Billy Ray arrive à poser des enjeux tendus mais humains, et à gratter le vernis hollywoodien en filmant sur le vrai bateau et après des recherches intensives autour du monde du transport international maritime. Un film baigné dans une tension très efficace, soulignée par la musique d’Henry Jackman.

Les suppléments : Les meilleurs suppléments sont ceux qui apportent, non pas forcément un nouveau éclairage sur le film, mais une nouvelle appréciation. Et vu le produit final à l’écran, carré et professionnel, il est difficile d’envisager l’attention portée au détail et à l’authenticité de l’équipe de Paul Greengrass. C’est ce que le making-of divisé en trois parties, « Capturing Captain Phillips », se propose de faire. La première partie revient sur l’origine du film et son histoire vraie, avec le témoignage du vrai Richard Phillips, du producteur Michael De Luca et de Tom Hanks et Paul Greengrass. De longues séquences reviennent sur la complexité de rendre crédible un rôle de capitaine d’un navire aussi gigantesque. Un monde qui est assez peu connu du grand public, mais qui est un lien essentiel à une économie mondialisée, et les routes traversées par les navires-containers alimentant en vivres et produits le monde entier ne sont jamais sûres. En plus du regard sur la piraterie moderne, on apprend que le film a recours à très peu d’effets visuels, et on peut assister à de longues scènes de répétition avec les acteurs. Le tournage en pleine mer fait l’objet de la deuxième partie du making-of, au large de Malte (les scènes somaliennes ont été tournées au Maroc). Hormis les poncifs sur les conditions de tournage sans cesse changeantes, on peut aussi apprécier la difficulté de tourner de bonnes images avec des embarcations lancées à toute vitesse.


Le commentaire de Paul Greengrass (sous-titré en français) est assez mitigé. Greengrass est un réalisateur très porté sur les choix d’angle, la captation documentaire et le tournage rapide de scènes d’action, mais il ne se focalise pas sur les aspects techniques pour le film. En revanche, on apprend beaucoup sur la thématique du film, les anecdotes sur la vraie histoire et la necessité de faire une scène d’action portée sur les détails plus que sur des shaky-cam à outrance (on dirait qu’il a appris sa leçon du troisième Bourne). Même si le scénario est adapté du livre de Richard Phillips, le travail de recherche a été intensif, y compris sur la piraterie moderne, décrit par Greengrass comme « rien de moins que du crime organisé qui se passe en mer ».

Là où « Green Zone » s’est embourbé au box-office, « Capitaine Phillips » propose une histoire simple mais intense avec en toile de fond un choc entre l’économie mondialisée et les laissés-pour-compte de cette même économie, rendant les frictions inévitables. Si Greengrass nous apprend que, depuis, les compagnies de transport ont renforcé leur dispositif de sécurité à bord, les risques d’attaque font partie du quotidien des marins, que ce soit dans cette région du monde ou ailleurs (au large des côtes sud-américaines, entre autres).