Se réveiller dans un monde où How I Met Your Mother n’existe plus. C’est un peu le constat que je me fais à 10h15 ce mercredi. C’est qu’elle était bien sympathique cette série, non ? Ne revenons pas sur la saison qui était clairement en deçà des attentes et revenons sur ce fameux final qui était très attendu malgré un manque total de suspens. Le croyait-on… ATTENTION MEGA SPOILERS.

Les scénaristes nous ont réservé quelques surprises plus ou moins efficaces durant ces 42 minutes qui sont passées à une vitesse folle. Disons-le de suite, la folle théorie sur la Mother était juste, mais le traitement laisse à désirer.

how i metCe final est, avouons-le, extrêmement brouillon. Composé essentiellement d’ellipses, ce final est moins consistant qu’il n’en a l’air. L’épisode débute par un retour en 2005 avec le groupe qui accueille Robin, se poursuit sur le mariage de Barney et Robin puis de la rencontre de Ted et de la Mother. Le spectateur se questionne, il voit l’histoire de Ted prendre enfin le dessus sur trois saisons de disettes scénaristiques pour Ted. Le regard de Ted sur la Mother est là, long, attentionné et… c’est tout. On passe directement à une première ellipse. Pendant 30 minutes, nous allons naviguer chaque année dans la vie des personnages. La série impose son schéma, impose des personnages qui ont évolué sans qu’on le voit vraiment. À ce moment, un éclair de lucidité nous traverse. Et si l’épisode se terminait sur la rencontre comme l’indique le titre de la série finalement ? Pendant un an, nous avons été le témoin de l’avant, de l’après, mais pas de l’instant T où tout a basculé.

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Les ellipses se permettent d’annihiler toute ambition si bien que le départ de Ted pour Chicago n’était qu’un gigantesque feu de paille. Il reste à NY. Si la raison invoquée est sa rencontre avec la Mother, nous l’excusons à moitié. A partir de cet instant, l’épisode va osciller entre les facilités et les embûches. Dans le traitement des choses de la vie », la série a toujours excellé, sans esbroufe, sans jouer sur la corde sensible. Hélas, quelques fois, il faut titiller un peu plus pour réussir le pari. Nous sommes devenus spectateurs, réels spectateurs de leurs vies, et ce qu’on attendait, ce qu’on pensait comme pré-acquis, avait perdu son goût. Cet épisode devient un triste miroir de la Vie. j’emploie le mot triste car le constat était très clair. A la différence de Friends qui jouait sur « tout est bien qui finit bien », How I Met joue sur la corde hyper-réaliste. Oui, les personnages sont originaux, mais finalement leurs actions sont devenues banales. La Vie a pris le dessus et nous devenons témoins du temps qui passe. Nous les voyons vieillir, grandir, évoluer et se séparer. Barney restera le personnage qui semble être le lien entre le passé de la série et son présent. Lui ne souhaite pas changer, ne souhaite pas devenir quelqu’un de… Normal finalement. Il choisit la route qu’il a toujours emprunté alors que les autres personnages donnent l’impression de devenir prisonnier d’un état de fait, d’une évolution de la Vie logique qui ferait presque peine à voir. La série parlait de la Vie et elle le fait d’une manière terrifiante. Au détour d’une scène, je me prends de plein fouet une vérité qu’on se cache. Marshall se tourne vers des jeunes au bar et leur demande « Vous savez ce qu’il s’est passé ici ? » Après un instant d’hésitation, il poursuit « Il s’est passé des choses » d’un air presque dépité. La révélation est là, nous qui pensions avoir une vie importante, être des pions qui avaient un rôle, nous ne sommes juste que des passagers. D’autres prendront le relais et auront aussi des vies formidables, remplis de souvenirs, bref des vies normales. La Vie est formidable, on le sait, mais faire de notre propre vie un souvenir perpétuel ou le passé reste le passé et où l’avenir n’est qu’une ébauche de futurs souvenirs. Seconde vérité, le temps et le parcours de chacun nous éloigne les uns des autres. On ne peut pas être une bande de potes éternelle. Avoir des enfants, un métier sont des étapes cruciales. La série devient remarquable quand elle traite des « choses de la Vie », des vraies choses, des sentiments que l’on éprouve tous. Pendant 9 saisons, How I Met traitait des petits riens et qui forment un tout. Ce final constate plus qu’il ne tente de construire quelque chose. Les scénaristes ont eu l’audace de ne raconter rien d’autre que la vie de leurs personnages sans terminer dans l’esbroufe mélo de Six Feet Under ou la tentative de « move-on » de Scrubs.

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Ce final se voulait sobre tout en n’omettant pas d’utiliser les gimmicks de la série comme le High Five, le Have You Met, le Legendary, le Major…, le costume d’halloween, l’architecture, la Cockamouse... Neil Patrick Harris s’en donne à cœur joie en proposant un bilan de Barney complet. Il passe aisément du mari au charmeur que l’on connaissait au début de la série et parvient à nous émouvoir (enfin!, dirons-nous) avec l’idée qui aurait pu paraître saugrenue : le faire devenir papa. La scène où il tient dans ses bras sa fille est d’une simplicité et d’une puissance rare, qui tranche véritablement avec le personnage. Harris était vraiment au top de sa forme.

Marshall et Lily poursuivent leur aventure, Marshall réussit sa vie professionnelle et Lily semble devenir une mère porteuse, rien de plus. Adieu les ambitions artistiques ? Le couple, devenu peu attractif depuis leur premier enfant, se posait en archétype en début de série et a glissé irrémédiablement vers un stéréotype un peu honteux. Dommage.

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Passons au cœur de l’épisode avec le cas de la Mother. Finalement, elle est quasi transparente dans cet épisode, n’étant là que pour illustrer que la vie continue. Grossesse, mariage, leur couple file une vie quasi-ordinaire avec ses imprévus. Les scénaristes ont peut-être pensé que le personnage était acquis, qu’elle faisait partie du groupe. Il aurait été judicieux de se concentrer sur elle plus qu’un épisode entier. A part être une double de Ted, on ne la connaît que très peu. Ce tour de passe-passe est à double tranchant. Dans la mesure où elle n’a eu qu’un épisode et quelques scènes pour être introduite, les autres personnages semblent à travers ce procédé relativement plus consistant. Cette théorie qui voulait que la Mother soit morte se vérifie  subitement. Ted (avec la voix de Radnor et non plus de Bob Saget) nous raconte enfin les derniers moments de son histoire. Au détour d’une scène rapide et d’une phrase de Ted, nous apprenons la triste destinée de ce personnage qui s ‘appelle Tracy. Rien d ‘autre. Aucune scène mélo-dramatique, triste, non. La série aurait pu se permettre au moins ça mais les scénaristes n’ont finalement utilisé la Mother que comme prétexte.
Nous retiendrons surtout LA scène de la rencontre, celle attendue, qui rattache les wagons encore laissés derrière à savoir le parapluie jaune, ce fameux objet qui a été le fil rouge de la série en y repensant. Ce fameux objet, voyant, original se retrouve le point de chute de leur rencontre. Avec des mots simples, des dialogues inspirés autour d’initiales, Ted et Tracy se rencontrent. La scène est belle, simple, sans tambour ni trompettes.

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Là où l’épisode bascule est dans son traitement final de la relation Robin / Ted puisqu’elle paraissait clairement le personnage le plus utile du final, toujours au centre des attentions et discussions. Et à l’image des critiques sur la série, ce personnage se permet de voler la vedette à la Mother. Par un tour de passe-passe pas si ingénieux, les scénaristes se permettent l’impensable. Alors que les fans ne pouvaient plus voir l’histoire entre Ted et Robin revenir tous les dix épisodes, pensant l’histoire terminée depuis quelques épisodes, le fantôme de l’épisode précédent où Robin hésite à se marier avec Barney revient hanter ce final. Quand Robin discute avec une Lily en costume de baleine (d’ailleurs le côté fort de la scène tranche avec son visuel), nous craignons l’impensable : revenir sur la relation Robin / Ted. Bazinga (ah non, trompé de série), la fin de la série ose le pied-de-nez au public, lui qui s’opposait, avait oublié, bref ne pensait pas que Robin / Ted était le Ross/ Rachel de la série, en projetant les spectateurs dans les personnages des kids de Ted. Penny et Luke sortent enfin de leur mutisme et ne font que proclamer ce que pratiquement toutes les critiques fustigées : l’histoire de How I Met Your Mother n’est finalement que l’histoire de comment le couple Ted et Robin allait devenir inévitable. Les enfants ont compris le message que Ted voulait faire passer : il veut faire sa vie avec Robin !

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La série balaye alors le principe même du titre qui était trompeur depuis le début (le titre français, Comment je l’ai rencontrée, devient alors beaucoup plus approprié) et avait gardé son « secret » depuis 9 saisons, secret éventé depuis belle lurette par un schéma aux ficelles apparentes. Si ce final a été tourné du temps de la saison 1, on peut doucement rire quand on sait que le public avait une longueur d’avance sur ce final et que les scénaristes pensaient avoir une fin écrite à l’avance qui pouvait surprendre. La dernière scène est la scène miroir du pilote. Gimmick facile mais néanmoins toujours fonctionnel, on revoit Robin, dog-sitter (elle qui est une journaliste très demandée, comment fait-elle ?) qui ouvre sa fenêtre et voit un Ted, quarantenaire, proposait le fameux cor bleu du pilote. La boucle est bouclée, How I Met Your Mother sort par une porte ni petite ni grande, juste une porte qui se referme sur 9 saisons d’une série moderne qui a marqué le public par une originalité certaine, qui a déconstruit sa narration, qui a proposé une cohérence dans son propos jamais égalée.

Les trois scènes clés du final : la rencontre sous le parapluie, Barney et sa fille et la scène entre Ted et les enfants. Trois scènes différentes et trois émotions, sentiments différents. Final rarement hilarant mais juste dans son énoncé, il s’est permis d’être sobre, un peu trop peut-être, et conclut une histoire très consistante qui prouve que la série n’a rien à voir avec Friends, qui semble plus moderne, plus fun et qui touchait juste. How I Met c’est des idées originales, des personnages attachants, une narration déroutante et une fraîcheur qu’on ne retrouvera peut-être pas de sitôt. La série fait désormais partie du passé, on ne peut dire legendary sans qu’on parle désormais du final.
Quand on est en face du dernier épisode d’une série, on est dans un état étrange (voir l’article sur le deuil des séries). Je suis resté un peu sans voix après les dernières secondes, ne sachant pas très bien quel sentiment avoir. Finalement j’ai lâché quelques larmes en me rendant compte que je venais d’assister à la fin d’une histoire qu’on me racontait depuis 9 saisons. La voix de Ted ne résonnera plus, je sais désormais tout sur sa vie, son passé, son présent et son avenir. L’histoire est tragi-comique. Adieu MacLaren’s Pub, Goats, Hot-Crazy scales, Pineapples, « Have you met… », Sword fights, slapping bets, Robots, « Murder Train », This is a major pain, Major Pain, laser tag, architect, Revertigo, magic tricks, Lighting up « sandwiches », Canada, perfect weeks, Vomit free since ’93, Storm troopers, Tootsie Rolls, Lemon laws, tricycles, Fiero milestones, Underground radio But, um…a Smurf penis, Drinking Orange Julius, Apartment luge, new year’s eve, Rocking with fake Moby, Innkeepers, Lebanese Working at GNB, « Wait for it », Loud chewing, umbrellas, Crazy eyes, deja dates, Video resumes, Tramp stamps, Cockamouse, Metro News, Loch Ness-y honeymoon, Ted Mosby is a jerk, I’m going to go berserk, Duck Tie, Suit Up, dopplegangers, Intervention, red boots, Swarley, Awesome…

This is how i met a good show…