Hitler est toujours en cavale, De Gaulle a été kidnappé avec lui, et une nouvelle générale fait son arrivée…. Les gars de la Lazy ont fort à faire, pas beaucoup de renforts et surtout beaucoup d’écarts de comportement. La saison 2 de « Lazy Company » a été parachutée sur SmallThings et on l’a analysé avant sa diffusion ce soir sur OCS City.

On avait laissé la Company en bien mauvaise posture, avec Isla Heldeu morte dans les bras du caporal Nils (Alexandre Philip) et Hitler en cavale… Retour au camp Neptune (et au milieu de la Touraine pour le tournage) pour 10 nouveaux épisodes. Avec une première constatation : Samuel Bodin et Alexandre Philip, créateurs et coscénaristes de la grande majorité des épisodes, ont parfaitement la maîtrise de leur série, de son identité et de son ton. Entre comédie potache, satire référentielle et fantasme destroy et gore d’une (vraiment) drôle de Guerre, tout est bien balisé, et chaque soldat(e) de la Lazy a son parcours (du combattant) bien défini. Slice est enceinte, Chester (le toujours fiable Alban Lenoir) va avoir beaucoup de problèmes de femmes, Nils a la vengeance en tête, et Michael Henry va se retrouver en porte-à-faux avec ses camarades. Sans compter l’arrivée d’une nouvelle générale, Margaret Sanders (Anne Benoît, Drusilia dans « Kaamelott »), et sa fille, l’agent spécial J. comme Jessica (Vanessa Guide, « No Limit » et les chroniques « Pendant ce temps » du « Grand Journal »).

lazy company saison 2

Cette saison 2 c’est aussi des batifolages champêtres non loin du Camp Neptune. (Crédit : Empreinte Digitale/Six Pieds Sur Terre, tous droits réservés)

Les délires vont très fort, très vite, comme dans la première saison, en convoquant rien de moins qu’un Albert Einstein teigneux et goguenard, prisonnier des Nazis, qui le font travailler sur un projet sinistre de bombe… En plus de la menace atomique, « Lazy Company » amène encore plus de genre dans sa tambouille, et ose carrément tout, du moment que cela sert sa narration : du noir et blanc, de l’espionnage, du thriller…. Tout passe à la moulinette, et ils retombent toujours sur leurs pattes. Les personnages féminins de résistantes, à savoir La Jeanne (Aurélia Poirier) et France (Charlotte Ligneau) sont cette fois-ci utilisés à leur pleine mesure, et l’argot normand approximativement déchiffrable de La Jeanne, ainsi que ses « poings dans la goule », traversent maintenant une grande partie des épisodes.

lazy company saison 2

Margaret Sanders (Anne Benoît) s’installe posément. (Crédit : Empreinte Digitale/Six Pieds Sur Terre)

On retrouve aussi les qualités techniques de la série : une photographie délavée et grisonnante qui rend les champs de bataille aussi mornes que les missions (et leur relatif succès) sont délirantes. Mais la grande évolution de « Lazy Company » se situe vers la dramédie : malgré un côté « M*A*S*H* » dans le portrait de la hiérarchie et du médecin, Bodin et Philip n’hésitent pas à sacrifier des soldats, afin de renforcer la dynamique de groupe et donner un peu de chair (à canon) à un univers qui serait bien trop cartoonesque. Et cela avant d’attaquer une dernière partie de saison très feuilletonnante, avec une mission qui s’étale sur de multiples épisodes : l’occasion d’utiliser au maximum les parallèles avec « Les Douze Salopards » (dont la Lazy n’a jamais été aussi proche), mais aussi de placer des références visuelles cinématographiques détonnantes, à la façon de « Community ». Mais, à l’instar des frères Russo, on sent Samuel Bodin un peu étriqué sur le petit écran, tant l’action désopilante de sa deuxième partie rappelle un final de comédie d’action destiné au grand. Avec un projet aussi cinématographique dans sa tenue et son exécution, c’était appelé à arriver tôt ou tard ; mais en délaissant les missions indépendantes de la première saison et en étendant son ambition au maximum de leurs capacités, « Lazy Company » délaisse le format 22 minutes malgré une excellente tenue dans ses cliffhangers.

Plus sombre, plus gore, plus cartoonesque, plus risqué…. « Lazy Company » est tout ça, et plus encore : loin des shortcoms aisément digestibles, elle prouve que le format 22 minutes « single-camera » est tout à fait exploitable avec une sensibilité bien de chez nous, et une créativité communicative. Plus qu’un fer de lance du bouquet OCS, un exemple dont bien des chaînes devraient s’inspirer pour contrer les « Big Bang Theory » dans le coeur des sériephiles avertis. Pas de bouillabaisse dans cette saison 2, mais un « Booyah » qui hausse le ton.