Depuis mercredi en salles a débarqué « Valse Pour Monica » dans quelques salles. Un biopic swinguant sur une diva suédoise du jazz qui s’est exporté avec succès aux Etats-Unis avec quelques collaborations de choix. Retour sur ce carton commercial du cinéma suédois.

Peu de films cette année auront une entrée en matière aussi convainquante que « Valse Pour Monica » : la voix de Monica Zetterlund au début de sa carrière vibre et fait tourner les regards masculins vers elle, sa présence scénique est indéniable. Ce concert où elle reprend un standard américain, « It Could Happen To You » est mis en parallèle avec son job de jour comme standardiste, qu’elle quitte précipitamment pour se changer en diva dans le bus. Quelques plans magistraux pour poser la vie d’une « working girl » qui suit sa propre étoile jusqu’à New York, depuis sa petite ville natale de Hagfors. Une tentative avortée très vite, et une humiliation qui la fera rentrer au bercail avec une presse et des collègues goguenards. Mais il en faudra bien plus pour arrêter Monica, qui a pour idée d’adapter son timbre de jazz à la langue suédoise, suivant en cela un conseil d’Ella Fitzgerald : il faut chanter ce que l’on vit pour être crédible.


Valse pour Monica – Bande Annonce VOST par AficiaInfo

« Valse Pour Monica » n’a aucun mal à dépeindre les travers de son sujet : elle laisse sa fille aux mains de ses parents, dont le père est de plus en plus désapprobateur, et plus sa carrière décolle, plus la distance semble grandir entre les deux, malgré le fait qu’elle la garde auprès d’elle avec son premier compagnon notable, Beppe Wolgers. L’autre démon de Monica, c’est son penchant pour la bouteille, mais le réalisateur Per Fly et ses scénaristes n’ont de cesse de les utiliser comme ressorts mélodramatiques en fil rouge. Monica Zetterlund se retrouve ainsi avec la validation paternelle en arc narratif, ce qui a pour conséquence de nier ses côtés les plus intéressants : elle affirme fièrement son indépendance et n’hésite pas à utiliser une conquête américaine de passage comme faire-valoir lors d’une interview télé.

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Edda Magnason irradie l’écran, mais dans un contexte qui laisse peu de place à la subtilité pour ses zones d’ombre. (Crédit : Chrysalis Films)

Le film a des qualités techniques vraiment probantes, qui en ont fait le chouchou du public suédois (plus gros succès du box-office 2013 avec un demi-million d’entrées) et celui des remises de prix : la photographie or et ocre donne un côté très élégant aux scènes d’intérieur, et les scènes de concert et de studio sont restitués avec classe et professionnalisme. De même, Edda Magnason n’a aucun mal à se glisser dans la peau d’une des plus grandes figures nationales du jazz, et interprète tous les titres elle-même. Lorsqu’elle devient une femme de scène au sens large du terme, tournant des séquences chantées et dansées pour la télévision, elle s’adapte sans problème et avec une prouesse qui rend bien compte du talent de son modèle au public de néophytes.

 

Mais, pour une artiste aussi pleine de vie et détonante, « Valse Pour Monica » lui fait traverser le parcours banal des biopics : débuts modestes et difficiles, célébrité météorique suivie par la mise au jour de ses démons, crise puis comeback. Un scénario qui sonne plus comme un cahier des charges et semble dévorer la personnalité de son sujet, qui jongle d’amant en amant avec des scènes écrites en pilotage automatique, avec le ponpon sur les séquences américaines. Si le début est très maladroit dans son exposition du racisme ambiant de la scène new-yorkaise, l’apparition incongrue et anecdotique de Miles Davis ou Ella Fitzgerald semble être une tentative poussive d’accroître la légende de Zetterlund sur la scène internationale, alors que son talent a été présenté comme assez significatif pour qu’on ne s’étonne pas de ses enregistrements avec Bill Evans, par exemple. De même, côté marketing, les scènes de réunion avec sa maison de disques semblent être, au mieux naïves, au pire maladroites. Rien n’est dit sur sa possibilité de crossover pop au faîte de sa carrière avec un look à la Dusty Springfield qui l’a amené bien au-delà des cercles de jazz de l’après-guerre et qui lui a permis de toucher une plus jeune génération.

« Valse Pour Monica » est donc un biopic compétent et plaisant, mais qui perd de son charme en gommant la singularité de son sujet, qui n’en manque pourtant pas.