Après sa ressortie en salles l’été dernier, l’avant-dernier film de Billy Wilder, « Fedora », a droit à une ressortie en HD. Trésor oublié ou dernière cartouche d’un metteur en scène alors sur le déclin ? Notre avis.

Billy Wilder est très certainement un expert pour parler de l’âge d’or d’Hollywood grâce à un regard distant et cynique. Sorti en 1977, avec un William Holden alors sur le déclin et une jeune actrice qui avait le vent en poupe, à savoir une Marthe Keller tout juste sortie de « Marathon Man », « Fedora » ne déroge pas à la règle. Le métatextuel est là, et le clin d’œil appuyé au spectateur aussi dès les premières minutes : beaucoup de l’incipit est calqué sur ceui de « Sunset Boulevard ». Sauf qu’ici, Holden est très loin d’être mort et c’est la vedette ultime, Fedora, qui est dans le cercueil. Développement de scénario, ça c’est en commun avec « Sunset », la maison lugubre et reculée sur les collines d’Hollywood…. Pas vraiment, puisque la villa de Fedora et son entourage est baignée dans le soleil de Corfou, et sublimée par une photographie scintillante de Gerry Fisher.

Très vite, Wilder va éviter la répétition et nous proposer une variante différente de la célébrité qui rend fou, et des extrémités auquelles ira Fedora pour préserver sa légende. L’élégie funèbre et les bouquets de fleur de la scène d’introduction prennent des atours de mausolée, et le producteur Barry Detweiler va déterrer bien malgré lui le subterfuge qui permet à Fedora de rester éternelle. Wilder n’hésite pas à mêler pour de bon le réel et la réalité, avec des apparitions d’Henry Fonda et une liste de noms de légendes bien sentie, et peut vraiment se lâcher, ayant tourné ce film à l’extérieur du système des studios, en Allemagne. Il n’hésite pas à convoquer les mythes fantastiques pour déconstruire ce mythe d’Hollywood qu’il aime tant : le pacte Faustien, l’île de Docteur Moreau avec une star comme cobaye et un laboratoire lugubre…. Le regard est amer, et la deuxième partie du film servie comme un poème tragique on the rocks.


Fedora de Billy Wilder : bande-annonce par carlottafilms

Sur le Blu-Ray, la restauration en 2K assurée par le laboratoire CinePostproduction vaut le coup de l’achat, et malgré le poncif d’une telle formulation, permet de voir « Fedora » comme jamais auparavant. Elle fait surtout ressortir le baroque du production design et les détails de la maison grecque de Fedora, tout comme les scènes montrant l’envers du décor et le tournage des films de la vedette. Un soin particulier est apporté à l’éclaircissement de la bande originale signée (comme beaucoup de films de Wilder) Miklós Rózsa, et VF comme VO sont disponibles en Master DTS HD 1.0. Le format 1:85 d’origine est respecté.

Henry Fonda et Michael York font des apparitions dans leur propre rôle dans le film. Ils sont partie intégrante de l'intrigue.

Henry Fonda et Michael York font des apparitions dans leur propre rôle dans le film. Ils sont partie intégrante de l’intrigue.

Les suppléments sont notables. Un court module sur la restauration montre les différences entre les masters circulant du film jusqu’alors (avec pellicule endommagée et pixellisation) et la restauration entreprise par GlobalScreen afin de préserver l’apparence originale du film. Cette copie a été présentée au dernier festival de Cannes, et en salles cet été. Mais la pièce de résistance est un gargantuesque making-of intitulé « Le Chant du Cygne » de Robert Fischer. D’une durée de 90 minutes et intégrant les images HD de la nouvelle copie, il revient longuement avec certains des membres de l’équipe (l’actrice Martha Keller, le directeur de la photographie Gerry Fisher) sur les différents aspects du film. Truffé d’anecdotes sur la méthode de réalisation de Billy Wilder, qui exigeait une discipline de fer et laissait peu de place à l’improvisation- très peu de prises étaient tournées, son caractère passionnant est renforcé par les difficultés de financement du film. Wilder s’est tourné vers les Allemands après avoir repris les droits du scénario d’Universal, et cela ajoute une dimension métatextuelle au film. Keller avoue que « Detweiler allant voir Fedora avec un scénario sous la main, c’était comme Wilder avec moi ». Il est entrecoupé d’images d’archives issus de la promotion allemande du film, avec des interventions d’un des acteurs secondaires, Mario Adorf, qui joue le concierge de l’hôtel, et Michael York. Le choix des actrices pour incarner Fedora à différentes âges est aussi un des points saillants du documentaire, et Fischer détaille avec malice les extrémités pour rendre crédible aux yeux du public qu’il s’agissait bien de la même personne. Ironique lorsqu’on connaît les rebondissements du film.

« Fedora », de Billy Wilder. Disponible chez Carlotta en Blu-Ray simple et double DVD collector.