Grâce à une robuste réalisation et une splendide composition de Saoirse Ronan, Kevin MacDonald prend un malin plaisir à clasher les codes du survival post-apocalyptique et du roman pour jeunes adultes avec « Maintenant C’est Ma Vie ». Une preuve vivante qu’une bonne exécution peut pardonner bien des faiblesses scénaristiques.

Projeté au dernier festival de Dinard, « Maintenant c’est Ma Vie/How I Live Now » se savoure mieux en ne sachant rien du film. Le roman de Meg Rosoff, publié en 2008, s’avérait délicat à adapter et pas moins de quatre scénaristes sont crédités au final. Néanmoins cet équilibre bancal arrive à dégager sa puissance à l’écran, largement grâce au talent de Kevin MacDonald et de son interprète, Saoirse Ronan (qui, non, n’enchaîne pas les bouses, puisque pour un « Les Ames Vagabondes », on trouve un « Byzantium » et un second rôle dans « The Grand Budapest Hotel »). Sa Daisy arrive comme une hipster fraîchement de New York, envoyée par son père voir ses cousins dans la campagne reculée d’Angleterre, et le ton est franchement à la satire. Du générique façon pub Levi’s à l’arrivée à la ferme, tout est fait pour être une satire d’une ado urbaine jusqu’au bout des ongles, à la fois rebelle et dans le mouvement, qui n’a clairement envie de parler à personne ou voir personne. Elle va faire la connaissance d’Eddie (George MacKay), grand dadais un peu gauche qui est assez taciturne et a un faucon de compagnie. La tribu des cousins est clairement livrée à elle-même, et on peut avoir une bluette inoffensive jouant sur le choc des cultures. Il n’en est rien : une détonation va avoir lieu au loin, laissant un nuage de poussière, et la loi martiale sera instaurée très vite. La menace terroriste ne sera jamais clairement explicitée, mais dès lors « How I Live Now » ne va cesser de muter entre survival adolescent, dystopie réaliste sur l’effort de guerre dans lequel tout le monde est mis à contribution de manière extrêmement rétrograde (les femmes et enfants d’abord), et une Daisy obligée de prendre ses responsabilités.

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Kevin MacDonald joue constamment sur la perturbation interne et externe de son héroïne (le générique s’ouvre sur ses pensées intérieures et son côté pointilleux), et joue à colin-maillard avec elle et le spectateur en la faisant constamment changer d’environnement. La campagne anglaise, apaisée, avec jardin, est filmée sublimement par MacDonald et vaut clairement les clichés idylliques d’une fratrie qui se prend en main avec une tante diplomate partie en Suisse peu avant les évènements. D’un personnage sophistiqué et peu aimable, MacDonald va lui faire traverser des rites de passage et la plonger dans un univers rempli de charniers, d’eau contaminée, de paranoïa et d’hôtes trop préoccupés par le devenir de leur fils pour avoir un quelconque intérêt pour Daisy.

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La quête d’un personnage aussi antipathique pourrait être vaine, surtout lorsqu’on rajoute une relation adolescente assez guimauve (territoire habituel des nouvelles Young Adult), mais MacDonald montre un véritable respect pour le survival et n’édulcore absolument rien. Ronan, naviguant entre rôles à la dure (The Way Back, Hanna) et compositions jouant sur sa fragilité et sa sensibilité, n’éprouve aucune difficulté dans son arc narratif. L’arc n’est pas d’être asservie par un monde ayant succombé à la peur, la parano et l’individualisme, mais de retrouver une certaine simplicité de vie et de se faire sa place. En ne quittant jamais le point de vue de son héroïne, MacDonald arrive à nous impliquer dans la quête de cet Eden de pacotille et de ses valeurs new age sur le papier, aidés par une belle partition de Jon Hopkins, et un excellent single avec la voix de Natasha Khan de Bat For Lashes, « Garden’s Heart ». Le flop outre-Manche et l’accueil critique tiède auront sans doute raison de cette expérimentation bien menée, mais « Maintenant C’est Ma Vie », malgré sa sortie très tardive, mérite le détour tant elle prend le contrepied des franchises Young Adult avec un réalisme implacable.