On ne change pas une équipe qui gagne : après « Sans Identité », Liam Neeson retrouve Jaume Collet-Serra pour un film d’action paranoïaque à bord d’un avion. « Non-Stop » mute d’enquête plan-plan façon « Crime de L’Orient-Express » aux bastons dans espaces confinés desquelles Neeson s’est fait une spécialité. Alors, en a-t-il dans le cockpit?

Le postulat est plutôt simple : Bill est un marshall de l’air porté sur la bouteille, désabusé qui prend un vol direct New York-Londres pour assurer la sécurité des passagers incognito. A bord, il reçoit un message d’un inconnu qui lui dit qu’un passager mourra toutes les 20 minutes si 150 millions de dollars ne sont pas virés sur un compte en banque basé en Suisse… Un pitch efficace, carré, dont on a aucun mal à voir l’intérêt pour Joel Silver, qui a produit toutes sortes de films d’action dans la même mouvance durant ces 25 dernières années. « Non-Stop » c’est aussi l’occasion de mettre le grappin sur Liam Neeson, cette fois-ci dans le cadre d’une coproduction à grande majorité française, puisque c’est StudioCanal qui a financé « Non-Stop », contrairement aux précédentes productions Silver, où Warner Bros. mettait la main à la poche, au moins pour la distribution.

Jaume Collet-Serra, habile faiseur espagnol, emballe ce "Non-Stop" avec goût mais sans passion. (Crédit : Studiocanal)

Jaume Collet-Serra, habile faiseur espagnol, emballe ce « Non-Stop » avec goût mais sans passion. (Crédit : Studiocanal)

Collet-Serra, Neeson et les deux scénaristes John Richardson et Christopher Roach, savent pourquoi nous sommes venus : voir Neeson péter des rotules à bord d’un avion, et n’ont aucun mal à nous servir exactement cela. Cela arrive peu après une exposition à la truelle qui montre un Neeson au bout du rouleau et sa voisine de siège, qui va être développée plus amplement puisqu’elle revêt les traits de Julianne Moore. La subtilité n’est pas le fort de « Non-Stop », et Collet-Serra n’a, il est vrai, aucun mal à emballer le crescendo dans la pression (ou pressurisation) mise sur le compte de Bilou, qui se rend compte qu’il n’a absolument aucun allié dans les airs… ni sur la terre ferme. Car le responsable de ce petit chantage s’est bien renseigné sur lui, et son lourd passif ne va pas lui permettre de gagner la confiance des passagers, bien au contraire.

« Non-Stop » tente de tirer le meilleur parti de son huis-clos, particulièrement en matière de possibilité et d’impossibilité technologique et de claustrophobie, ce qui est le moins qu’on puisse en attendre. Ceci dit, les libertés prises avec le bricolage de réseau feront sans doute hurler les puristes. Mais ce n’est pas en matière de techno-thriller que « Non-Stop » entend faire parler de lui, mais bien en matière de suspense et rebondissements. Las : les passagers sont des archétypes qui ne valent pas mieux que « Des Serpents dans l’Avion », à commencer par la bienveillante hôtesse de l’air incarnée par la Britannique Michelle Dickory. Mention spéciale au point « politiquement correct » très agaçant et nigaud du docteur en djellaba qui a forcément une gueule de complice, sauf que pas du tout. Un faux-semblant vu et revu partout qui dessert le propos anti-profilage racial de ces Messieurs les scénaristes (dont l’un était ancien auteur pour des catcheurs américains. Ca ne s’invente pas.)

Collet-Serra reprend les mêmes attributs que « Sans Identité », à savoir une photographie blafarde, acier et vert-de-gris, faisant un lien avec ses précédents opus. « Non-Stop » sort bien du même moule, mais la resucée 2014 du « Crime de l’Orient-Express » rend le procédé un peu vain, alors que « Sans Identité » permettait moult courses-poursuites et séquences d’action emballées professionnellement. Alors, est-ce que « Non Stop » est véritablement un mauvais film pour refermer exactement ce que l’on attend de lui? Sans doute pas. Apporte-t-il sa pierre à l’édifice avec un propos dénonçant le tout-sécuritaire, la confusion post-9/11? Certainement pas. En se lançant sur une portée politique dans leur dernier tiers, Richardson et Roach se prennent les pieds dans le tapis. Les rares tentatives de one-liners tombant également à plat, on ressort de ce « Non-Stop » avec un jetlag carabiné. Autant recommander un nouveau visionnage de « Sans Identité », ou alors louer ce « Non-Stop » une après-midi pluvieuse. Ou encore à bord d’un avion. Quoique…