Une pause s’impose est joué au théâtre du Funambule les samedis et dimanches à 18h jusqu’au 6 avril. Une pièce mise en scène par Céline Crépy, avec Sophie Maës, Christelle Garand et Philippe Fixot. Cette pièce sur l’univers impitoyable du travail représente un bon bol d’air, que nous avons pris avec beaucoup de plaisir.

© Morgane Chasson

© Morgane Chasson

Jeanne et Sophie viennent d’être embauchées dans une entreprise de prospection et vente par téléphone. Sophie, mariée deux enfants, reprend une vie active après des années de mère au foyer. Quant à Jeanne, célibataire et « libre comme l’air », elle compte bien progresser en gagnant les faveurs de son supérieur. Malgré leurs différences, la cohabitation se passe relativement bien dans le bureau qu’elles partagent. Mais c’est sans compter le travail répétitif du démarchage, et les étranges mesures de la direction sur la trop grande consommation de café de ses employés. Alors que Jeanne fait jouer sa séduction, Sophie compte sur son professionnalisme pour gravir les échelons. Les deux collègues deviennent rapidement rivales, et prennent le dessus tour à tour l’une sur l’autre. La direction n’en ferait-elle pas des pantins ? Et elles, ne deviendraient-elles pas un peu cinglées… ?

Une pause s’impose dénonce la folie douce (ou moins douce) qui peut nous toucher lors de notre vie professionnelle. Les personnalités de Jeanne et Sophie sont caricaturales, mais nous rappellent tout de même vaguement certains collègues… Et c’est bien ça le plus flippant. Aussi trempés soient leurs caractères, elles n’échapperont pas au But (avec un grand « B ») de la direction : les rendre complètement chèvres. La dégringolade est inévitable.

Bureau épuré, direction inexistante représentée par un man in black au bord de la crise de nerfs lui aussi, apparitions délirantes… Jeanne et Sophie sont seules au monde. Le professionnalisme, le charisme… plus rien ne fonctionne, et les deux collègues se retrouvent prises au piège. C’est alors que la pièce prend son tournant plus philosophique en dénonçant le tournant que prend la société, mais surtout la machine destructrice que peuvent représenter certaines entreprises… La métaphore est filée par quelques intermèdes musicaux et danses de robots, qui donnent à l’ensemble une dynamique supplémentaire. Car Une pause s’impose est ultra rythmée. Dialogues comiques et très punchy entre Sophie et Jeanne, « conversations » téléphoniques teintées de jeux de mots et répliques qui nous font tomber dans l’absurde, très bon choix de musiques… L’ensemble est très agréable.

On rit beaucoup, avec en arrière-plan cette peinture assez pessimiste de la société et du monde du travail, qui fait forcément appel à quelque chose que nous avons déjà pu observer ou (je ne vous le souhaite pas) vivre. Est-il possible de rester humain là où l’exigence du rendement est omniprésente ?

 

Une pause s'impose pour Jeanne et Sophie... / ©AKH2014

Une pause s’impose pour Jeanne et Sophie… / ©AKH2014

Une pause s’impose au théâtre du Funambule (53 rue des Saules – 75018 Paris) les samedis et dimanches jusqu’au 6 avril, réservations sur billetreduc.com : 100% de « Bravo » pour le moment dans les critiques !

Une pause s’impose sur le site de la compagnie de théâtre AHK. La pièce a aussi sa page Facebook.