Relations troubles, habitants encore plus : la saison 1 de « Bates Motel » est hors du temps et arrive à être prenante, malgré quelques ratés. Nous avons testé les Blu-Ray.

« Les jeunes années de Norman Bates » : sur le papier, la série avait tout pour être une exploitation bêtasse d’un des personnages les plus iconiques d’Hollywood et de l’univers d’Alfred Hitchcock. Pourtant, avec « Bates Motel », les scénaristes Kerry Ehrin (« Parenthood », « Friday Night Lights ») et Carlton Cuse (« Lost ») arrivent à transformer l’essai et à livrer une série qui est tour à tour chronique familiale, teen show et polar lorgnant vers « Twin Peaks ».

Il y a toujours un gros risque à bâtir une mythologie autour des livres de Robert Bloch, et la saison 1 a l’intelligence de démarrer lors de l’installation des Bates dans la petite ville de White Pine Bay, dans l’Oregon. Ce qui nous permet de faire connaissance, en même temps que les Bates, avec les alentours peu clairs de la ville et de l’ancien propriétaire du motel (le Seafarer), Keith Shelby. Celui-ci est loin de vouloir céder son motel, et son irruption dans la maison tout comme le viol de Norma va se solder par une « absence » de Norman Bates qui lui sera fatale. Très vite, les précautions prises pour faire disparaître le corps vont lancer une série d’évènements qui occupent la première moitié de la saison.

Vera Farmiga donne une composition constamment sur le fil du rasoir en Norma Bates. (Universal Pictures Video)

Vera Farmiga donne une composition constamment sur le fil du rasoir en Norma Bates. (Universal Pictures Video)

« Bates Motel » sait que l’élément le plus déterminant de la réussite réside dans l’atmosphère, d’où un soin particulier apporté à la photographie, désaturée, souvent beige ou grisée, apportant un aspect vieillot et sombre sans trop forcer le trait des dialogues. L’aspect miteux et lugubre du motel est ainsi très bien rendu, tout comme son aspect reculé. La musique est de quasiment toutes les séquences, et plutôt que de singer Bernard Herrmann, ce qui serait suicidaire, Chris Bacon (« Smash ») sait faire monter le suspense sans basculer dans l’horreur, et mettre en valeur les nombreux sauts d’humeur des Bates. Deux traits forcément empruntés à la précédente série de Cuse, « Lost ». L’aspect moins réussi est ce choix bizarre de faire de la série une adaptation contemporaine, mais avec des codes vestimentaires empruntés aux années 1960. Les personnages ont des portables et quelques-uns ont des véhicules contemporains, mais pas les Bates. Ce choix est sans doute un des plus confondants de la série.

Là où « Bates Motel » ne devient pas « Lost »-ien? Sa gestion des mystères et des menaces qui pèsent vite sur les Bates. Aidés par le caractère fouineur de Norman, ceux-ci sont résolus très vite, donnant même un momentum de milieu de saison assez inattendu, en l’occurrence le sixième épisode, le bien-nommé « The Truth ». Plutôt que de balancer des clients ou créanciers peu scrupuleux, les dessous de White Pine Bay sont explorés avec le frère de Norman, Dylan. Son aspect de « bad boy » est le moins intéressant de la saison, même s’il permet d’avoir une fenêtre sur le crime organisé et de quitter les Bates quelque temps. En revanche, le personnage fonctionne comme un révélateur de la nocivité de Norma envers son fils, autant qu’elle lui permet d’être sortie des ennuis à quelques reprises. C’est également Dylan qui va sortir Norman de sa coquille, et lui permettre de se socialiser au lycée, en rencontrant Bradley (Nicola Peltz) et Emma Decody (Olivia Cooke). Des développements qui rendent la série intéressante, même si l’acteur en lui-même ne sort pas des clichés de délinquants en herbe mal lotis.

Dylan (Max Thieriot) est un catalyseur de la famille Bates, émancipant Norman et éclairant les zones d'ombre de Norma avec causticité.

Dylan (Max Thieriot) est un catalyseur de la famille Bates, émancipant Norman et éclairant les zones d’ombre de Norma avec causticité.

Vera Farmiga sait que Norma Bates est une antihéroïne par définition, et ses multiples colères comme son tempérament cyclothymique égrènent les épisodes. Les scènes qui fonctionnent le moins bien sont celles qui se reposent sur ce qu’on imagine de Norma en voyant « Psychose » : à savoir une mère autoritaire, qui souhaite protéger son fils maladivement, donnant un relief Oedipien à la série. A son plus intrigant, Norma fait des excuses pour le comportement de Norman et tente maladroitement de cacher son humeur lorsque les choses ne se déroulent pas comme prévu. Constamment sur le fil du rasoir, la Norma de « Bates Motel » est décrite par Dylan comme quelqu’un « pour qui les problèmes c’est une raison de vivre ». Constat amer, qui n’est pas tout à fait vrai : les Bates sont aussi responsables que victimes de l’avalanche de soucis causés par la mort de Keith Summers.

Mais la vraie révélation de la série, c’est Freddie Highmore en Norman Bates. Le jeune Britannique n’a aucun mal à évoquer la performance d’Anthony Perkins adulte, mais aussi à ne pas trop s’appuyer sur une évocation racoleuse et des vêtements informes. Highmore sait redevenir un adolescent mal ajusté, avec un caquettement en guise de rire pour souligner ses (mauvaises) réflexions désobligeantes, ou encore son rejet amoureux. Si la trame de Norman au lycée a un peu de mal à remplir autre chose qu’un rôle de faire-valoir aux blessures du futur psychopathe, Highmore s’en sort assez honorablement, et réussit à nous faire vivre les perturbations psychologiques durant toute la première saison. Et c’est finalement la réussite de « Bates Motel » : à travers une trame à la « Twin Peaks », donner assez de matériel pour une exploration psychologique de Norma, Norman et leur trouble passé. La série se laisse suivre, et malgré une conclusion assez fade et téléphonée, le travail de sape a été fait. Ne reste plus qu’à faire décoller l’activité de l’hôtel, ce qui sera chose faite début mars.

Freddie Highmore réussit à s'imposer en tant que Norman Bates.

Freddie Highmore réussit à s’imposer en tant que Norman Bates.

Les bonus : les 2 Blu-Ray renferment une dizaine de minutes de bonus parsemés à travers les épisodes. Il s’agit, pour la majorité, de versions alternatives des scènes contenues dans les épisodes : une séquence en particulier pose une Norma suivie par un inconnu, mettant l’accent sur sa paranoïa et sa nervosité. L’absence de commentaires ou making-of est largement palliée par l’inclusion du panel « Bates Motel » au Paley Festival 2013, en présence de l’ensemble de l’équipe. Le créateur de « The Shield », Shawn Ryan, s’acquitte très bien de la modération en revenant de manière fluide sur la genèse, les choix de composition pour les différents personnages ou encore la recherche des syndromes psychologiques de la part de Vera Farmiga. Une featurette sur la musique aurait été la bienvenue (saison 2?)

 Bates Motel saison 1, disponible en coffret 3 DVD et 2 Blu-Ray depuis le 4 février. Editeur: Universal Pictures Video. Prix de vente conseillé : 25 € pour le DVD, 29,99€ pour le Blu-Ray.