« Les Trois Frères, le retour » était attendu comme le Messie. On les attendait sur scène, mais c’est au cinéma, avec la suite du film aux 7 millions d’entrées que les Inconnus reviennent.

trois frères le retour

©WildBunch

Leurs vidéos promotionnelles n’auguraient pas grand(chose d’original. On sentait que les Inconnus pensaient qu’on allait rire rien qu’en les voyant tous les trois, mission échouée. La première bande-annonce des « Trois Frères, le retour » arrive et on se retrouve devant un projet qui sent le renfermé. 1h40 après, verdict.

5 parties composent ce film, la première assez longue réintroduit les personnages, la seconde, un peu plus délirante, met en place les emmerdes (à partir du coup du fauteuil roulant), ensuite une partie 3 vraiment premier degré insupportable sur les affaires de banlieue avec la fille de Bernard. L’avant-dernière partie est un peu meilleure avec le retour de Mickaël et un humour plus proche de ce qu’on a connu. Et enfin une dernière partie ringarde à souhait qui fait dire que le scénario était un peu court. Revenons sur cette composition.

En deux minutes, les trois personnages sont présentés. Déjà, on sent que le casting et les blagues de départ ne sont pas au point. Les personnages secondaires (et ce, durant tout le film) sont d’une qualité médiocre, digne d’un mauvais téléfilm. D’ailleurs, tout le film a des allures de produit bas de gamme. La lumière est dégueulasse, la réalisation d’une platitude exemplaire et la musique inexistante. L’alchimie entre les trois personnages n’est pas des plus jouissives. On nous ressort des vieux clichés de « c’est pas toi, c’est moi » et c’est long, très long. Pendant ces longues minutes, on attend un gag, une phrase drôle, mais rien, ça reste à la surface de la chose, ça effleure une situation comique, mais ça n’en sort qu’une minuscule gêne d’être en face un produit qui tente quelque chose sans y parvenir.

trois frères le retour

©WildBunch

La seconde partie fait déjà plus plaisir. La merde s’empare de leurs vies respectives et chaque personnage tombe plus bas que terre dans des situations plutôt marrantes sans être hilarantes. Les vieux gags de la grand-mère qui ne clamse pas, de la roturière chaude ou du comique râlé, on a déjà vu ça 100 fois ! Didier Bourdon s’en sort bien avec cet air de gros beauf qui veut crier sa haine au monde quand les deux autres peinent à approfondir leurs personnages.

Quand la fille de Bernard, Sarah, se présente, on souffle un peu en se disant que son personnage n’est pas si insupportable. C’est mal connaitre les zozos qui nous servent un personnage de fille de cité absolument indigeste. C’est déjà insupportable en vrai, alors quand c’est présenté dans un film dans un tel premier degré, c’est quasiment du châtiment. Si on ajoute des intrigues liées à des caïds de banlieue, on peut dire que l’entreprise est tombée bien bas. Les petites remarques des personnages sur les ponctuations grossières de Sarah font presque plaisir tellement on aimerait que ça aille plus loin et égratigne vraiment ce type de personnage.
Cette partie dure, dure duuuuure avec notamment cette histoire de drogue qui s’engouffre naïvement dans des gags éculés. Pauvre de nous. La salle rigole très peu, ma voisine d’un certain âge, elle, se marre à gorge déployée. Il m’est d’avis que les gens plus agés vont trouver ça fort poilant, restant dans leurs bases d’humour un peu old school quand l’actuel ne les fait pas sourire. Cet humour très premier degré, limite bas du front, fait donc rire les quadras minimum. La salle se marrera davantage avec des gags universels comme des chutes, des bons mots, mais rien de vraiment transcendant.
Quand enfin le film se rappelle qu’il est une suite, là, ça va mieux, on ressent mieux la folie des personnages, leurs liens mais malgré des mini sketchs (inutile scène du jeu télé ou du bois-bandé), l’ensemble parait plus maîtrisé, comme si l’équipe devait se rôder. Hélas, la fin du film nous rappelle que l’humour n’a pas décollé. Une fin ringarde, qui ne fait ni sourire, ni pleurer, une fin en queue de poisson, facile et sans idées.

En résumé, on est parcouru par beaucoup de sentiments durant « Les Trois Frères, le retour ». Gêne, nostalgie, plaisir, agacement, ennui. Le script a dix ans de retard si ce n’est pas plus. Le décalage entre les personnages et le monde actuel avec le personnage de Sarah aurait pu donner quelque chose de vraiment intéressant, limite méta, avec un regard nostalgico-comique de la génération d’aujourd’hui face à l’ancienne. Le fait que Bernard soit un comique raté ne se ressent même pas puisque la comédie est ratée aussi dans le film… Il y a vraiment eu un souci d’écriture. Tout est sans grand relief, le script va à la facilité et les dialogues n’ont aucune âme.

On trouve le temps long et malgré quelques gags qui fonctionnent quand même (moins de 5) « Les Trois Frères le retour » joue sur trop d’acquis, n’a pas pris de risques et s’est engouffré dans des clichés qui ne font plus rire personne.