Le nouveau film des studios DreamWorks Animation est sans doute celui qui se rapproche le plus de l’animation des années 1960. Et pour cause : Mr. Peabody et Sherman existent en tant que personnages d’une série d’animation à sketches depuis 1959! Cette adaptation est-elle anachronique à l’heure du tout-3D et aux séquences de plus en plus vertigineuses et spectaculaires?

La réponse est : non. Rob Minkoff arrive à livrer un très bon moment malgré des designs beaucoup plus cartoonesques, et trouver un équilibre entre cahier des charges hollywoodien très exigeant et fantaisie de papier à un gag la minute, à l’ancienne. Car la plus grande arme du film, c’est son rythme. « Les Voyages dans le Temps » ne s’embarrasse pas de fioritures pour nous précipiter dans son univers : Mr. Peabody se présente face caméra, de son enfance à sa brillante carrière en tant que génie touche-à-tout, avant d’en arriver à son fils et à ses inventions de machine à voyager dans le temps. La première séquence d’action à la Renaissance n’est juste qu’une course d’essai, pour nous montrer le flair de Peabody pour se sortir de situations épineuses pouvant altérer le continuum espace-temps; tout comme entériner le désir de savoir de son fils adoptif Sherman, poussant à son paroxysme la devise « apprendre en s’amusant ».

mister peabody et sherman

Penny et Sherman, tandem inter-temporel pas forcément bien assorti. (Crédit : DreamWorks Animation/20th Century Fox)

La première moitié du film ne s’arrête quasiment jamais, pour nous présenter l’école de Sherman, sa rencontre avec le protagoniste féminin Penny, qui usera d’intimidation dans un premier temps, ce qui va précipiter l’arrivée de Peabody et Sherman dans le collimateur des services sociaux. De là, la turbulence de Sherman va amener une utilisation non autorisée du Chronomat et provoquer plusieurs voyages dans le temps de haute volée. Mais ceux-ci ne font pas toujours mouche : un passage à la Renaissance apporte très peu d’intérêt, et ressemble à un sketch copié/collé étendu sur un quart d’heure. Car l’intérêt de « Peabody et Sherman » c’est aussi d’ajouter une dimension loufoque à l’Histoire, qu’elles soient réelles ou mythologiques (un tableau les voit débarquer en pleine Troie, dans ledit Cheval, et dépeint Ulysse et Agememnon comme les guerriers du « Rebelle » de Pixar). La cerise sur le gâteau? Une partition pétillante et enjouée du très solide Danny Elfman, qui sait adapter ses compositions à un type satirique, et qui propulse le film dans la stratosphère, comme par exemple, celui de Michael Giacchino peut rythmer « Les Indestructibles ».

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Les origines du sourire de Mona Lisa sont expliquées dans le film. Mais elles étaient dispensables. (DreamWorks Animation/20th Century Fox)

Malgré tous les efforts de Guillaume Gallienne dans la VO, « Mr. Peabody et Sherman » souffre de certains problèmes de personnages. Ainsi, dès son introduction où elle humilie publiquement Sherman, Penny a du mal à emporter l’adhésion. Et les aventures suivantes ne parviendront pas à la racheter, ni à la rapprocher naturellement de Sherman en termes d’amitié, malgré quelques séquences qui entendent développer leur dynamique. A l’instar des problèmes de leur relation, le personnage de Peabody a tendance à faire beaucoup d’ombre à celui de Sherman, et la dynamique cartoonesque (« J’ai rien compris », running gag de Sherman) peut tenir le coup sur un segment d’animation télé, mais a plus de mal sur la durée d’un long-métrage. Le film essaie de tirer quelque chose de son postulat de science-fiction sur sa dernière partie, mais le côté truculent et rythmé à 100 à l’heure dessert les paradoxes temporels plus qu’elle les sert au final. De même, les apartés et anecdotes historiques illustrées font souvent mouche, et le film est assez généreux dans ses gags qu’il n’arrive pas forcément à faire retomber correctement.

Même si on ne tient pas en « Peabody et Sherman » le digne successeur des franchises « Shrek », « Madagascar » ou encore « Dragons », c’est une des sorties les plus enthousiasmantes et divertissantes de DreamWorks Animation depuis son accord de distribution et marketing avec la Fox. L’augmentation des sorties du studio a eu pour effet quelques ratages (« Turbo ») ou semi-ratages (« Epic »), mais en se tournant vers un duo attachant et original et un casting de voix au poil (la VO réunit rien de moins que Ty Burrell, Leslie Mann, Stephen Colbert, Max Charles et Allison Janney, excusez du peu!), « Mr. Peabody et Sherman » offre un beau tremplin à l’arrivée de la suite de « Dragons » cet été.  Du solide et du marrant. Et c’est déjà pas mal.