Dès lundi, OCS City démarrera la saison 1 de « In America » ou la virée américaine de deux beaux-frères qui peuvent à peine se supporter. La comédie en 10 épisodes est-elle à la hauteur de son pitch? Notre avis.

David Cap (Vincent Primault) est à la tête de Cap Industries, entreprise de soins capillaires au bord de la faillite. Son chant du cygne? Une solution capillaire dont il compte présenter le prototype à un salon international à Las Vegas. Il se retrouve flanqué de son beau-frère, Michel Mousset (Hédi Tillette de Clermont-Tonnerre), grand jovial vendeur chez Cuir Center qui veut participer à la 50e Sofa’s Cup…. le championnat international de danse sur canapé. Mais dès leur arrivée à New York, qui n’est censée durer que quelques heures, les choses vont se compliquer….

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« J’irai dormir à Bollywood » (Crédit : OCS/In America)

L’histoire de la comédie, qu’elle soit française ou américaine, regorge de ces voyages itinérants avec des personnages que tout oppose, mais qui sont censés se supporter jusqu’à destination. « In America » arrive donc en terrain balisé… majoritairement par le cinéma. La tentation est forte de multiplier les rebondissements et les rencontres insolites, mais Vincent Primault, Hédi Tillette de Clermont-Tonnerre et Jérémie Galan, cocréateurs et scénaristes des épisodes, savent doser leurs rebondissements et leurs délires. La série alterne ce voyage avec des flashbacks de la vie de famille de l’un, accaparé par son entreprise et sur les nerfs, et l’autre, avec une épouse, Catherine, qui tente de le soutenir principalement pour qu’il obtienne les 5000 dollars du premier prix dont ils ont besoin. Ces flashbacks sont assez bien intégrés à l’histoire, nous éclairant petit à petit sur les problèmes familiaux de Michel, qui doit affronter un ado qui ne le respecte pas, et la relation entre David et Véro (Jeanne Bournaud) qui se délite peu à peu.

Les personnages sont très bien croqués : David au tempérament homérique, exhortant Michel à « arrêter ses conneries » le plus vite possible ; dans le rôle de ce dernier, Hédi Tillette de Clermont Tonnerre donne de sa personne et provoque la très grande majorité des rires. Un tandem assez classique, rappelant celui de « Date Limite » par exemple, mais qui fonctionne sur la durée des 10 épisodes.

« In America » recèle pas mal de surprises. La première d’entre elles est que le ton n’est jamais franchement à la rigolade débridée, comme tant de « buddy movies » où il puise l’inspiration. Ce sont deux hommes au bord de la crise de nerfs qui veulent rallier Las Vegas, et les scénaristes ne nous le font jamais oublier. En plus d’apprendre à se supporter et se respecter (l’arc classique de ce type d’intrigues), ils vont devoir apprendre de leurs erreurs et surtout…. les payer. C’est en cela que le ton bascule vraiment dans la dramédie, sans pour autant atteindre le côté dérangeant ou provocateur d’un « Hung » ou « Enlightened ». La seconde est qu’entre les gags, « In America » penche vraiment vers le carnet de voyages, partageant l’enthousiasme de l’arrivée à New York, la traversée de Las Vegas, etc. Les stéréotypes américains sont, pour la plupart, évités (exception faite des hillbillies dans un épisode), et la série nous fait bien parcourir la distance séparant New York de Vegas avec nos héros, malgré des épisodes au timing serré à 20 minutes. La musique a tendance à être omniprésente et assez variée, même si on aurait aimé beaucoup moins d’apparitions du catchy « Hide Your Age ».

Le personnage féminin le plus développé est sans doute celui de Chloé Saint-Georges, qui débarque dès le quatrième épisode. Sans en révéler plus sur le personnage, qui prend David et Michel en stop, la nouvelle venue québécoise Zoé Duchesne s’en sort assez bien. Les créateurs essaient de lui donner une dynamique avec les héros et de vrais moments de comédie à elle, mais le personnage finit par pâtir d’un rôle de love interest trop éculé, même si elle ne joue pas les utilités pour autant. On pourrait la rapprocher d’une Robin Scherbatsky plus badass, mais là encore, le personnage semble être écrit sans vraiment de référence explicite.

« In America » a néanmoins des erreurs de jeunesse, touchant plus au développement des personnages secondaires. Malgré des reproches légitimes, Primault, de Clermont-Tonnerre et Galan semblent avoir oublié d’écrire un personnage adolescent potable, ce qui débouche sur un poncif sur pattes détestable. Idem avec les épouses respectives de David et Michel, qui semblent être laissées derrière malgré quelques rares scènes dramatiques qui fonctionnent. Et l’arrivée finale à Vegas ne signifie pas une quelconque finalité en soi pour la série, ce qui amène sa qualité au bord du précipice dans son final. Cela met en relief le manque de moyens, et peut-être plus que ça, cela souligne un problème de rythme et d’enchaînements dans son montage. « In America » ne parvient jamais vraiment à transgresser les règles du genre dans lequel elle joue, ou tirer profit de ses flashbacks de manière adéquate. Et quelques rebondissements inattendus en fin de saison laissent un arrière-goût amer quant à leur traitement, ce qui a pour effet de réévaluer la réussite de la saison dans son ensemble.

Si la saison 1 de « In America » arrive à ne pas trop faire de sorties de route au long de sa saison 1, elle a du mal à faire exister un univers en dehors de ses deux personnages principaux. Dommage, car les partis pris de réalisation arrivent à être payants sur quelques épisodes, et la série arrive à être drôle sans être hilarante.