Gloire, évolution, adaptation et glamour : le grand 8 de l’âge d’or des studios hollywoodiens continue d’être évoqué tous les vendredis sur OCS Géants. Critique des 3 épisodes à venir.

Depuis le 3 janvier, OCS Géants diffuse une série documentaire inédite en 6 épisodes. Il s’agit de conter en l’espace de 52 minutes l’histoire des plus mythiques studios hollywoodiens. Les trois premiers épisodes étaient consacrés à la MGM, la Warner Bros. et Universal. Ce soir à 21h55, un nouvel épisode reviendra sur la riche histoire de la 20th Century Fox. SmallThings revient sur ce documentaire, et ceux diffusés respectivement les 31 janvier et 7 février prochains, sur la Paramount et la RKO.

La 20th Century Fox (ce soir à 21h55)

Dès l’introduction, le documentaire de Jimmy Leipold donne le ton : Marilyn Monroe, Gene Tierney, Elizabeth Taylor dans « Cléôpatre »… La compagnie de Darryl Zanuck s’est faite connaître avec ses icônes et aussi de grands succès à gros budget. Pourtant, la première partie du documentaire retrace la genèse du studio et surtout le parcours de William Fox, qui sera un des premiers à installer ses studios à Hollywood, quittant un New York dont les conditions de tournage deviennent de plus en plus sévères. Les premiers films bâtiront la réputation sur le western, et le style européen, mais Fox a une arme fatale : l’exploitation cinéma à travers une chaîne très profitable de cinémas. Pourtant, la faillite de Fox terrassé par les dettes verra l’entrée en scène de Zanuck, qui absorbera les studios d’Hollywood et fonde la 20th Century Fox.

La jeune Shirley Temple était une des premières vedettes de la 20th Century Fox, et pionnier parmi les enfants-stars.

La jeune Shirley Temple était une des premières vedettes de la 20th Century Fox, et pionnier parmi les enfants-stars.

Difficile pour ces documentaires de résumer près d’un siècle de cinéma, et des milliers de films traversés par des allées et venues de réalisateurs et producteurs. Ici, Leipold se focalise sur les caractéristiques les plus marquantes du studio, par exemple des films à fibre sociale comme « Le Mur Invisible » avec Gregory Peck sur l’antisémitisme, et le lie au parcours de Zanuck lui-même. Puis Shirley Temple, Joseph L. Mankiewicz l’incontournable, le « Laura » d’Otto Preminger traverseront les segments, riches en explications de spécialistes américains comme Eddie Muller ou Serge Bromberg. Ces interlocuteurs se retrouvent d’un documentaire à l’autre. Leipold arrive à montrer comment la Fox a survécu à l’arrivée de la télévision grâce au Cinémascope. Mais le tournant vers les années 1960 est amorcé de façon trop rapide, et l’exemple de « M*A*S*H* » comme symbole du tournant vers le film d’auteur et des générations plus libres de réalisateurs laisse assez circonspect. De plus, on passe totalement sur le rachat par Rupert Murdoch (à peine nommé dans le film), et le film semble prendre fin à la fin des années 1970, ce qui est un choix assez regrettable.

Ma note : C+

Paramount (diffusion le 31 janvier à 22h10)

Le film d’Aurélie Lévy  part avec un avantage certain : le studio Paramount est extrêmement riche en expression de genres et sensibilités. La fondation du studio avec des émigrés polonais, Zukor, Cecil B. DeMille, etc. va amener une conception particulière de la production de films, à la fois devant et derrière la caméra. Paramount part aussi avec un avantage certain : c’est le premier studio à maîtriser la production, la propriété des cinémas et la distribution des films.

la fabuleuse histoire des studios hollywoodiens

Sunset Boulevard est un des films les plus originaux et mémorables jamais produits par la Paramount.

Là encore, Cecil B.DeMille se taille la part du lion dans cette histoire de studio, de ses références anticommunistes pendant la promotion de son propre remake des « 10 Commandements » à ses visions byzantines des décors et des productions, en passant par sa participation au mythique « Sunset Boulevard » de Billy Wilder dans son propre rôle. « Sunset Boulevard », monument méta qui brocarde Hollywood et sera une apogée artistique du studio.

Le documentaire n’occulte pas les années 1970 et le rôle primordial de Bob Evans dans la transition de Paramount vers des paris risqués sur des réalisateurs (Francis Ford Coppola, par exemple), tout en le nuançant avec verve. Evans est décrit comme un socialite décadent, qui avait le chic pour pouvoir mettre en route un projet et savoir trouver les bonnes personnes pour le trouver. Néanmoins, malgré la qualité globale de son écriture, le documentaire prend le parti du « c’était mieux avant » en dénigrant les productions Paramount des années 1980. Certes, celles-ci étaient marquées par un commercialisme de bas étage, notamment avec les productions de Don Simpson et Jerry Bruckheimer et l’arrivée de vrais businessmen à la tête des studios d’Hollywood. Mais les mérites artistiques d’un « Y a t-il un pilote dans l’avion? » ou le style plus léché, propre et « publicitaire » d’un Tony Scott avec « Top Gun » méritent autant leur place dans la légende du studio que les précédents films.

Ma note : B-

RKO (diffusion le 7 février à 22h05)

Le documentaire d’Aurélie Lévy sur le fameux studio à la tour est un des plus réussis de la série, en ceci qu’il couvre une période assez restreinte, et sait être assez démonstratif tant dans la richesse que les facteurs de la faillite de la RKO. C’est aussi le film qui sait le mieux tirer profit de l’angle « tout public » et de l’accessibilité des documentaires en expliquant les mérites artistiques des productions au budget plus modeste de la RKO, ce qui est énoncé dès son introduction : « L’art ne peut exister sans limites, et la RKO en est le meilleur exemple ».

la fabuleuse histoire des studios hollywoodiens OCS

Robert Mitchum est une des stars révélées par la RKO, ici dans Out Of The Past.

L’inventivité de la RKO fait rage autant dans les procédés techniques, que dans les choix de casting. On peut apprendre que Cary Grant comme Katharine Hepburn ont été arrachés quasiment par hasard de Broadway pour jouer dans des productions de la RKO, et symbolisent que le studio était plus ouvert pour laisser leur chance à de jeunes talents venant des planches. L’esthétique de la RKO, faite de suggestion et d’effets sonores intriguants, est également brillamment résumée.

Si l’association avec le film noir du studio est encore démontrée avec vigueur par « La fabuleuse histoire…. RKO », sa part d’ombre et le soutien aux campagnes anticommunistes de l’après-guerre est aussi rappelé. Et la glamourisation de la dernière période apportée par Howard Hughes et Jane Russell aura du mal à relever le studio.

Ma note : B

Les trois premiers épisodes de la série (sur Warner, la MGM et Universal) sont disponibles à la demande sur le service dédié d’OCS. Celui sur la MGM est encore en ligne jusqu’au 1er février.