Hier matin, dans les locaux du Groupe Canal +, l’équipe de Jimmy a dévoilé les grandes lignes de son relancement. Du 100% Séries et des antihéros au programme. Analyse.

Dans une offre séries de plus en plus éclatée et de plus en plus luxuriante, il est difficile pour les chaînes séries de tirer leur épingle du jeu. De plus, avec les services de catch-up et TV et les récentes offensives de Canal + Séries et OCS, proposant chacune beaucoup de séries américaines en exclusivité à H+24, les sériephiles, sériephages et série-addicts de tout poil ont de quoi se mettre sous la dent, moyennant abonnement.

Quoi de mieux pour un challenger de faire appel aux antihéros? C’est le pari de Jimmy. Alors qu’outre-Atlantique, des responsables de chaînes s’interrogeaient sur la pertinence des séries avec un antihéros central, la programmation annoncée pour l’ensemble de 2014 montre que ces séries ont encore beaucoup de beaux jours devant elle. Et aussi qu’on peut tordre la figure des antihéros dans plusieurs sens : le cynique Marty Caan de « House Of Lies », une des séries inédites qui inaugurera la grille le 19 février, n’a rien en commun avec les tracas de la Selina Meyer de « Veep » (dont les trois saisons seront diffusées en deuxième fenêtre à la rentrée prochaine). Pourtant, les deux personnages sont loin des héros honnêtes et propres sur eux qu’on peut attendre.

Là où le nouveau Jimmy pèche, c’est leur concentration sur les séries anglosaxonnes. Surtout à l’heure où les séries danoises et nord-européennes font les beaux jours d’Arte, par exemple. Mathilde Vallat, directrice des chaînes divertissement et art de vivre, a justifié le « rebranding » de Jimmy par la multiplication de la production internationale de qualité, qu’elle vienne du Brésil, d’Israël ou du Japon. Néanmoins, aucune annonce n’a été faite concernant des séries internationales hors Etats-Unis/Grande-Bretagne, même si certaines sont en cours de négociation.

De même, la place des comédies n’est pas délaissée, mais elle aura un ton particulier : aux côtés de « House Of Lies » et « Veep », on attend aussi la rediffusion d’ « Enlightened » avec Laura Linney, comédie au ton assez dur et déstabilisant qui n’a pas forcément eu les honneurs qu’elle méritait, ou encore la rediffusion de « Hard », création originale de Canal + dont la saison 3 se fait attendre.

Le pari sur l’éditorialisation fait que le nouveau Jimmy semble être axée sur la redécouverte plus que la découverte : il est moins question de trouver le nouveau « Sopranos », même si d’aucuns auront fait le rapprochement entre les nouveaux antihéros de la chaîne et la série qui aura fait ses grandes heures et aidé à bâtir sa réputation à la fin des années 90. Ainsi, la formidable « Friday Night Lights » sera proposée à la rentrée, après une diffusion TNT très chaotique et ratée sur NRJ12 (uniquement la saison 1 pour le moment). Si Dillon n’est pas peuplée d’antihéros (hors Riggins), Mathilde Vallat appelle la série « le mistigri » de l’équipe. Une volonté étendue à des séries britanniques comme « Utopia », ou la comédie australienne « Angry Boys » (également à la rentrée). Celles-ci seront mises en avant à travers des soirées thématiques et viendront rejoindre le service de catch-up après diffusion. On peut aussi reprocher une certaine facilité dans la reprogrammation des séries de création originale Canal + (ce qui était auparavant le cas) : quasiment toutes sont basées sur des figures d’antihéros.

Le nouveau Jimmy signe donc un repositionnement fort, qui intervient après la nouvelle mouture de Comédie + à la rentrée, et qui a surtout une cohérence à en croire les séries annoncées. Le défi des prochains mois, pour la chaîne, sera de la consolider et la diversifier.

A venir ce week-end, nos avis sur les premiers épisodes de « Ray Donovan », « House Of Lies » et « The Bridge ».