Un portrait de femme éblouissant nous vient de Roumanie, et sort aujourd’hui en salles après avoir obtenu l’Ours d’Or à Berlin l’an dernier.

Cornelia (Luminita Gheorghiu) est une sexagénaire plutôt aisée de Bucarest, dont la vie va basculer une fois que son fils, avec lequel elle entretient des relations conflictuelles, se retrouve impliqué dans un accident de voiture qui coûte la vie à un enfant. A partir de ce postulat, le troisième film de Calin Peter Netzer dresse un portrait d’une famille tenue avec force et subtilité par une femme qui souhaite, envers et contre tout, éviter la prison à son fils et le probable opprobre social que cela impliquerait.

« Mère et Fils » se passe principalement dans la famille de Cornelia, dont on nous présente l’influence lors d’une scène de dîner mondain, et élargit très peu le champ. Le film voit la famille faire des machinations et tenter de faire jouer son réseau pour éviter la condamnation à son fils, à travers de longues scènes de dialogues. Les rapports de force que Cornelia tente d’entretenir avec la police sont toujours présentés avec subtilité. Pourtant, le mépris du départ va s’estomper avec les protestations de son fils, dont elle a du mal à approuver la nouvelle relation.

mère et fils

Luminita Gheorgiu porte le film à elle seule. (Crédit: Sophie Dulac Distribution)

Calin Peter Netzer est clairement déterminé à montrer tout le charisme de son actrice principale, Luminita Gheorgiu. C’est littéralement le leitmotiv du film, crevant l’écran, quelque part entre une Gena Rowlands et une Edie Falco. Mais en étant trop subjugué par son actrice, et en voulant être austère dans ses longues séquences (qu’il appelle « blocs narratifs »), la fascination laisse place à l’ennui. Contre toute attente, les instants de bravoure du film et les séquences mémorables ne concernent pas la mère et le fils du titre, mais par exemple, la séquence où la mère s’introduit dans l’appartement du fils, silencieuse. S’il faut attendre la fin du film pour avoir de l’émotion, et un écho convainquant à tous les thèmes abordés, Netzer est loin de rendre les choses aisées pour son public. Et en oublie de développer les proches, comme le mari, qui est relégué au troisième plan de l’affaire.

Sondage au diapason d’une femme complexe, retorse et fascinante, « Mère et Fils » vaut le coup pour sa révélation féminine, qu’on souhaite revoir dans un contexte moins centré sur elle, et plus choral.