Michael B. Jordan brille dans le rôle d’Oscar Grant, jeune père de famille tué la nuit du Nouvel An 2009 à la suite d’une bavure policière. Une retenue qui sert et dessert le premier film de Ryan Coogler.

« Fruitvale Station » est une reconstitution des dernières 24 heures d’Oscar Grant, afro-américain de 22 ans de San Franscisco. Le film commence par un film amateur des vraies images de la mort de Grant, avant de basculer dans la fiction, avec un Grant qui se réveille aux côtés de sa compagne, Sophina (Melonie Diaz), et leur petite fille. De là, la caméra quitte très peu Grant, et nous présente peu à peu ses proches et sa famille, ainsi que sa situation professionnelle et sa tentation de rebasculer dans le deal d’herbe pour subvenir aux besoins de sa famille.

 

Il n’y a pas de volonté de basculer dans le film de gangsters ou le « hood movie » de la part de Coogler : les flashbacks donnent une large place aux plans serrés sur Grant, et servent à élucider des relations tendues et complexes avec sa mère (Octavia Spencer). Coogler est largement aidé par l’interprétation de Michael B. Jordan, nonchalant un moment, stressé un autre, perdu un troisième. L’économie du sensationnalisme sert autant qu’elle dessert « Fruitvale Station » : d’un côté le côté documentaire et la photographie dépeignant avec amour la Bay Area (d’où Coogler est originaire) engagent le spectateur; de l’autre, la banalité voulue des scènes du quotidien de Grant enlèvent le côté cinématique à « Fruitvale Station ».

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Oscar Grant (Michael B. Jordan) et sa fille. (Crédit : ARP Sélection)

« Fruitvale Station » n’insiste ni sur le rôle de père de Grant, ni sur son affiliation à un gang local de San Francisco qui lui cause des problèmes dans la rame de métro. La pièce maîtresse du film est remarquable dans sa gestion de l’espace, ainsi que du portrait de Chad Michael Murray (oui, celui des « Frères Scott ») glaçant et à contre-emploi. Coogler n’a pas besoin de faire appel aux ficelles du mélodrame pour émouvoir le public, mais la justesse saisissante du ton laissent B.Jordan briller dans les rares scènes dramatisées du film (celle où il vient en aide à un chien errant, par exemple). Mais le champ est tellement resserré sur Grant que le choix d’en faire une sorte d’aller-retour entre réalité et fiction finit par desservir le documentaire. Le débat que le film appelle de ses voeux avec les banc-titres finaux, notamment en citant la peine réduite de prison de l’officier qui a tiré sur Grant, a du mal à être démarré. En gardant l’humanité de Grant intacte, « Fruitvale Station » n’en arrive pas pour autant à avoir un propos sur le profilage racial et les brutalités policières, ni sur les manifestations qui ont suivi. Celles-ci sont probablement connues du public américain, mais pas forcément à l’international.