Quatre guignols américains lâchés en pleine Normandie à la veille du D-Day de 1944 : tel est le postulat de la « Lazy Company », OVNI autoproclamé de la comédie française. Parcours (du combattant) de la première saison, disponible en DVD depuis le début du mois.

Des centaines de milliers de soldats mobilisés, et un débarquement qui aurait dû avoir lieu quelques jours avant le 6 juin 1944 rentré dans l’Histoire. Oui, mais une compagnie a tout fait capoter. La Lazy Company. Le sergent Chester (Alban Lenoir), le caporal Niels (Alexandre Philip, également cocréateur et coscénariste de la série), le soldat Henry (Antoine Lesimple) et Slice (Benoît Moret) ont une volonté intacte de sauver la France, mais ne sont juste pas très compétents. Ou un tantinet distraits. Ou malchanceux. Chester, le Lee Marvin de la bande, a la fâcheuse tendance de marcher sur des mines; Henry de tomber amoureux de la première venue; et la confiance en soi de Slice lui joue des tours. Ce qui n’empêche pas le général de les envoyer en mission de reconnaissance, pour rapporter des informations secrètes. Ils seront rejoints par des personnages aussi hauts en couleur qu’eux, à savoir un Allemand aimant cuisiner des hamburgers d’Hambourg, et un pilote kamikaze japonais égaré en Europe.

LAZY COMPANY - Packshot DVD (692x1024)

« Déjanté » ne commence pas à décrire « Lazy Company », une des premières productions originales d’OCS, diffusé entre janvier et mars 2013. A vrai dire, la description de l’univers de la série est un amalgame parfaitement assumé de références, et les créateurs ne manqueront pas de sourire lorsqu’on essaie de retrouver leurs inspirations. Essayons donc : prenez une bonne dose de « Band Of Brothers », saupoudrez de l’humour potache et débridé de « Kaamelott » ou « Hero Corp », ajoutez une louche de Tarantino ascendant « Inglourious Basterds », de la dramédie façon « M*A*S*H* » (mais pas trop), et on obtient…. quelque chose qui se rapproche à peu près de « Lazy Company ». Ou une bouillabaisse servie par un Fritz patibulaire. Brrrr.

Lazy Company – Série inédite – Saison 1 – Teaser from Lazy Company on Vimeo.

Et ça marche?

Assurément, oui! C’est bien simple : en termes d’originalité, « Lazy Company » se place d’emblée comme un des programmes les plus rafraîchissants de 2013.

Le manque de budget ne fait surtout pas peur à Samuel Bodin et Alexandre Phillip, qui se lâchent totalement. Si les GI parlent bien français, leurs écarts de langage sont hilarants (« en sécurité » est ici sékurre). Un épisode musical, des embuscades, une vache qui explose…. Le divertissement est là, servi par une réalisation qui a plus à envier à « Band Of Brothers » ou au « Croix de Fer » de Sam Peckinpah qu’aux comédies single-cam de HBO ou encore aux expérimentations de nos voisins britanniques. La série est pensée, et même si certains personnages sont utilisés avec un certain manque de tact (les résistantes, menées par La Jeanne, ont tendance à disparaître pour un bout de temps sans forcément d’explications), les répliques qui font vraiment mouche n’ont rien à envier aux meilleures saillies des frères Astier. La musique est également une grande réussite, plongeant les GI dans une ambiance de western spaghetti avec trompettes de la mort à la fois anachronique et jouissive. La cuisine de « Lazy Company » ne devrait pas fonctionner, si foutraque soit-elle. Et non seulement la sauce prend, mais c’est un vrai bonheur à regarder. Au point qu’on pardonne certaines faiblesses dans le montage, donnant des épisodes de plus en plus longs au fur et à mesure de la saison, alors que le pilote fait à peine 8 minutes sans générique…

La saison 2, annoncée pour début 2014 sur OCS, devrait voir les intrigues plus maîtrisées et moins centrées sur des blagues ou maladresses des personnages. C’est, en tout cas, une série qui gagne à être connue, et qui se place parmi les mieux réalisées des fictions françaises. Vu la pauvreté du paysage des comédies françaises (en excluant les shortcoms, et ça commence à faire beaucoup), c’est là le vrai tour de force de « Lazy Company ».

LAZY COMPANY – Spot Jeanne par KobaFilms

Bonus : une interview d’une vingtaine de minutes réalisée par Stéphane Moïssakis de CaptureMag est incluse. Elle fait intervenir les créateurs et les comédiens principaux, ainsi que les deux producteurs. On y parle de la genèse de la série, des références, même si l’interview est assez pauvre en anecdotes de production. Et les quatre mini-épisodes, réalisés en 2011, sont inclus. Très intéressants car la photographie et le ton de la première saison sont déjà présents, au point que la majeure partie des scènes sera réutilisée dans les premiers épisodes de la série. Bref, « short but sweet ».