Dès mercredi, vous pourrez vous replonger dans le Monaco de 1972 grâce à la ressortie de « Weekend Of A Champion », chroniquant la préparation du champion anglais Jackie Stewart au Grand Prix de Formule 1.

Même si « Weekend Of A Champion » débarque dans les salles après un autre film de Formule 1 à la temporalité assez similaire, à savoir « Rush » de Ron Howard, les deux films sont assez différents. Non pas seulement car l’un est une fiction, et l’autre un documentaire: après tout, « Rush » suit assez fidèlement l’histoire vraie du championnat de 1976. Non, le Grand Prix de Monaco suivi par la caméra de Frank Simon se déroule quatre ans avant les évènements de « Rush », et Jackie Stewart évolue dans un environnement très spartiate. Les accidents graves et les morts sont alors monnaie courante, et entendre la femme de Jackie Stewart, Helen, parler de tous les pilotes, également des amis proches, qui manquent à l’appel, est aussi candide que glaçant.

« Weekend Of A Champion » a pu voir le jour grâce à l’amitié entre le réalisateur Roman Polanski et Jackie Stewart. Mais il ne s’agit pas d’un home movie, et Polanski prend un peu une place entre intervieweur et confident, ce qui permet à Stewart de se livrer et de détailler la manière dont il pense aborder le circuit. Une entrée dans le psyché d’un champion qui est le principal sel du film. Si le monde de la Formule 1 était déjà très glamour, il est ici déconstruit et vu par le petit bout de la lorgnette. On connaît l’obsession de Polanski pour les huis-clos, et la boucle monégasque en est une autre, mais Stewart a la tête bien sur les épaules.

Stewart au volant de sa Tyrrell. (Crédit : Pathé)

Stewart au volant de sa Tyrrell. (Crédit : Pathé)

On voit le prince Rénier et Grace Kelly accueillir Stewart et le vainqueur du Grand Prix, mais le côté luxueux et les affres du train de vie de rockstar de Stewart intéressent peu Simon et Polanski. Ce qui aide à rendre « Weekend of A Champion » vivace, c’est sans aucun doute la restauration du film menée par Roman Polanski : un travail d’orfèvre qui permet aussi d’entendre le son des F1 et Formule 3 de l’époque de façon plus vraie que nature. Ce qui n’épargne pas au film quelques longueurs : même si la séquence où une caméra est embarquée dans le cockpit de la Tyrrell de Stewart était encore inédite, ici la lentille se mouille très vite, ce qui gâche un peu la qualité du parcours du circuit. De plus, un oeil actuel sera très vite blasé, puisqu’il ne s’agit que d’illustrer le parcours du circuit détaillé par Stewart en début de film.

Roman Polanski sert d'intervieweur pour Jackie Stewart, accentuant le côté personnel et intimiste du film. (Crédit : Pathé)

Roman Polanski sert d’intervieweur pour Jackie Stewart, accentuant le côté personnel et intimiste du film. (Crédit : Pathé)

L’idée derrière cette nouvelle version, qui a été présentée à Cannes en mai dernier, était aussi de réunir Polanski et Stewart à Monaco pour évoquer les mutations du sport depuis quarante ans. Las : celle-ci est mise en fin de film, et semble être raccordée comme un bonus de DVD qui serait lu par erreur à la fin du film. Les 20 minutes de discussion, si elles sont candides et témoignent de souvenirs chaleureux de cette époque de part et d’autre, ne nous éclairent pas de manière satisfaisante sur ce qui n’est pas montré par Simon. Stewart revient sur la mort de l’autre pilote de son écurie, François Cevert, de manière très franche et détaillée, mais les évolutions en matière de sécurité sont assez attendues. De plus, les inserts sur le circuit de Monaco d’aujourd’hui, totalement transfiguré, sont assez inutiles. On en vient à regretter que des bouts de cette conversation ne soient pas intégrés à l’intérieur du film de Simon, car cela donne un côté contreproductif à cet épilogue, voire un peu anachronique, tellement la F1 d’aujourd’hui est reculée des risques d’alors. L’insert d’accidents spectaculaires de ces dernières années n’aide pas forcément à donner un relief d’actualité au film. « Weekend Of A Champion » reste néanmoins un documentaire prenant, aidé par une durée courte et une chronologie très resserrée (le film se déroule sur à peine une semaine). Il satisfera plus les fans de sports automobiles et les nostalgiques de sport que le grand public.