Nous avons jeté un coup d’oeil à la saison 1 de « Meurtres au Paradis ». Tableau exotique pour une série policière qui accumule les poncifs.

L’inspecteur Richard Poole est dépêché par Scotland Yard sur l’île de Sainte-Marie (fictive), dans les Caraïbes, lorsque le cadavre d’un ressortissant britannique est découvert. Une affaire de la plus haute importance à la fin de laquelle il sera mis en tandem avec une policière française, Camille Bordey (Sara Martins), jusqu’alors en filature. Poole a beaucoup de mal à s’adapter aux procédures laxistes de l’île, et à son nouvel appartement, mais il n’a pas son pair pour reconstituer les circonstances des meurtres et désigner les coupables.

"Eh, c'est quand qu'on sort du train-train quotidien?" Source: Koba Films.

« Eh, c’est quand qu’on sort du train-train quotidien? » Source: Koba Films.

Si le résumé ci-dessus vous paraît sorti de la quatrième de couverture de romans policiers de gare, il y a une bonne raison à cela. « Meurtres au Paradis » est une série très, très traditionnelle dans son exposition et les enquêtes qu’elle choisit de raconter. A peu près tous les poncifs sur les îles vues de la métropole sont utilisés : policiers regardant le nouveau venu avec des yeux de merlan frit, incompréhension mutuelle qui donne lieu aux scènes « humoristiques » parsemant les épisodes, moyens inconséquents (une moto avec sidecar est utilisée à plusieurs reprises). Il ne manque plus que les scènes gratuites avec le faire-valoir féminin en maillot de bain… Oh, pardon, on voit ça dans le pilote.

Les cadavres s'amoncellent. La léthargie aussi.

Les cadavres s’amoncellent. La léthargie aussi.

Rien de nouveau sous le soleil de « Meurtres au Paradis ». Les cadavres se suivent et, finalement, se ressemblent, rejoignant les histoires familiales, amours contrariées et autres règlements de compte entre petits trafiquants et escrocs qui peuplent tant d’intrigues policières de ce type. « Meurtres au Paradis » a une peur maladive de s’écarter d’une formule qui a tant marché pour d’autres séries, et refuse obstinément de s’élever au dessus de la mêlée. Le personnage de Camille, si elle tient tête et fait valoir ses compétences au début de la série, ne servira que de faire-valoir classique à Richard Poole, se contentant de faciliter son raisonnement ou éclairer le téléspectateur en répétant les enjeux toutes les 10 minutes. Une écriture poussive et maladroite qui fait peine à voir, là où d’autres duos de flics de choc et de charme (hello, « Castle ») n’ont pas de souci à mettre la parité en avant, voire à inverser les rôles.

Si « Meurtres au Paradis » avait pour colonne vertébrale un personnage multidimensionnel et intéressant, on pourrait pardonner beaucoup. Las : les scénaristes font du surplace avec Richard Poole tout au long de la première saison, pas aidés par un Ben Miller qui en fait des tonnes. Il reste en costard-cravate malgré la chaleur éprouvante, est d’une discipline qui confine à l’obsession, et ne se dévoile ni se livre jamais dans les multiples scènes qui appelleraient un peu de profondeur.

Un point positif, qui rappelle à l’expertise renouvelée de la BBC : la réalisation vraiment dynamique, essayant de soigner son cadrage et ses angles, avec un montage qui souligne les ping-pongs verbaux entre Richard et Camille. Cette qualité, propre aux productions Kudos (qui a touché le jackpot avec « MI-5 » et « Les Arnaqueurs VIP », fait qu’on ne peut pas dire que « Meurtres au Paradis » ne se laisse pas regarder. Néanmoins, l’abus d’effets propres au flashback et une photographie assez passe-partout sont assez lassants à la longue,et témoignent encore d’un formatage désolant. L’exploitation de la topographie guadeloupéenne, où la série est tournée, laisse un peu sur notre faim.

« Meurtres au Paradis », malgré un bon potentiel de départ, reste une série formatée et poussive sur tous les plans, restant pantouflarde et engoncée dans les carcans des enquêtes vieux jeu. Mais vu que la saison 3 va être diffusée en début d’année sur BBC One, pourquoi changer une recette qui gagne ?

DVD disponibles depuis le 20 novembre chez Koba Films. 3 DVD, 8×60 minutes. VF et VOST disponibles. Bonus : quelques trailers des autres DVD BBC.