Pour les fêtes, il n’y a pas que « Le Hobbit ». Carlotta ressort, en version restaurée, « Une Question de Vie ou de Mort » de Michael Powell et Emeric Pressburger, un autre film inclassable, somptueux et poétique idéal pour toute la famille. Ah oui : ça aide que ce soit un chef d’œuvre.

Dans la série mythique des Archers anglais, alias Michael Powell et Emeric Pressburger, « Une question de vie ou de mort » est un autre exercice de haute volée. Cette fois-ci, une noire métaphore des blessures d’après-guerre est transfigurée en comédie romantique qui laisse une large place au fantastique, constamment en mutation narrative mais gardant une haute tenue dans les dialogues et la mise en scène.

Une question de vie ou de mort

©Carlotta Films

Un pilote anglais, Peter Carter (David Niven), dont l’avion est dans un état critique lance un « Mayday » qui est reçu par une jeune opératrice de l’armée de l’air américaine, originaire de Boston, June (Kim Hunter, qu’on retrouvera dans « Un Tramway Nommé Désir »). Ils ont le temps de pouvoir se connaître et se dire « adieu » avant que le pilote saute en parachute vers une mort certaine… Mais, suite à une erreur, le Paradis oublie de le récupérer et il s’échoue sur la plage, bien vivant. Un émissaire français acariâtre est donc dépêché de là-haut pour tenter de rétablir l’ordre.

La grande qualité et le charme d’ « Une Question de Vie Ou De Mort », c’est son aller-retour entre un Technicolor riche pour le monde réel, et le monochrome pour le paradis. La vision du paradis est d’ailleurs un pied-de-nez bureaucratique et procédurier, avec sa salle d’attente, ses hôtesses d’accueil, et ses pendules imposantes. Les transitions spécifiques entre les séquences sont un vrai bonheur visuel, et le monologue de départ nous avertit qu’un des deux mondes est issu de l’imagination du pilote.


Une question de vie ou de mort de Michael… par carlottafilms

L’ambition des Archers se retrouve dans les décors paradisiaques, fastueux et majestueux en diable (sans mauvais jeu de mots, NDR) ; le film s’ouvre d’ailleurs sur une représentation du cosmos fort détaillée, sans doute un des plans les plus avant-gardistes de l’époque. Malgré la truculence des décors, « Une Question de Vie ou de Mort » reste centrée sur un couple de personnages dont l’union se voit empêchée par un concours de circonstances qui dépasse leur entendement. Les multiples niveaux de lecture sont bien présents, et le procès idéaliste contraste avec des scènes d’opération de cerveau rappelant une réalité sordide, celle des traumatismes d’après-guerre.

La vision des soldats internationaux arrivant au paradis, et la vision idéaliste d’une diplomatie qui mettrait fin aux malentendus culturels (y compris entre les Anglais et les Américains, pourtant alliés) est un détour inattendu du film. La difficile et fragile entente diplomatique qui se dessine dans le monde réel est transformée par les Archers en conflit entre Terre et au-delà, avec une justice implacable, qui déteste les erreurs. C’est un gage de talent que de réussir à faire passer une démonstration géopolitique qui aurait pu être pompeuse et niaise en film Capra-esque, romantique et d’une drôlerie touchante. Ici, le mythe du messager de Dieu est transformé en Français révolutionnaire et fan d’échecs, personnage fantaisiste aussi retors que développé. « Une Question de Vie Ou de Mort » aurait pu être une comédie romantique autour d’un amour fragile mais tenace et inconditionnel ; avec cette couche supplémentaire, il s’emporte dans la stratosphère jusqu’à une conclusion bouleversante. Un exploit de funambule qui ne sera jamais répété par les Archers, non par baisse de qualité subséquente, mais par horreur de la répétition. Respect.