Kiyoshi Kurosawa signe, avec “Real”, une plongée intimiste et déroutante dans le psyché d’une mangaka et de son compagnon. L’exploration des univers virtuels ou la connexion à l’inconscient d’autrui est un secteur bien balisé, de « ExistenZ » à « Inception » pour l’exécution la plus grandiloquente.

Le parti pris de Kurosawa, et ce qui fait que ce film prend le spectateur aux tripes, est qu’il s’agit d’une étude d’un jeune couple, dont l’une, Atsumi, est totalement dévorée par son travail de dessin et scénario à domicile. En adaptant le roman « The Day Of The Perfect Pleiosaur » de Rokurô Inui, Kurosawa fait beaucoup dialoguer ses personnages principaux. La majorité de « Real » se passe d’abord dans la tête d’Atsumi, qui a tenté de se suicider et qui est plongée dans le coma. Le briefing par le médecin est utilisé comme anecdotique, et le retour à la réalité, la vraie, ne fait que nous laisser entrevoir la déchéance d’un homme meurtri par l’incompréhension et l’impuissance, se réfugiant dans le tennis en salle.

Real

Real ajoute beaucoup de psychologie à l’exploration des limbes de la conscience d’Atsumi.

La réalité de l’intérieur d’Atsumi, contre toute attente, n’est pas un monde multi-portes fantasmagorique qui serait prétexte à montrer une maestria quelconque dans les effets visuels. Atsumi n’arrive qu’à imaginer des environnements familiers, qui sont très peu nombreux : une île, une plage, son appartement. Malgré la carrière de Kurosawa, qui comporte quelques incursions terrifiantes et couvertes de louanges comme « Kairo », celui-ci ne cède pas à la tentation d’esprits vengeurs, ou apparitions familiales spectrales qui mettraient en péril les excursions de  Koichi dans l’inconscient. Les moments fantastiques sont à doses homéopathiques, et la difficulté d’Atsumi à imaginer des visages donne lieu à des répliques visuelles à peine esquissées, muettes, aux masques beiges et pixellisés. Ce que le film perd en jump scares, il va le quadrupler en séquences émotion. Difficile de ne pas rester insensible aux séquences où Atsumi sera sauvée d’une pièce inondée. La deuxième partie, si elle recèle un twist assez déroutant, finit par payer une fois que le spectateur aura reconstitué toutes les pièces du puzzle, parmi lesquelles, oui oui, un pléiosaure remontant à l’enfance.


REAL (2013) – Theatrical Trailer par pifff

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Les discussions de couple sont mises en valeur par un des meilleurs travaux sur la lumière de cette année.

La qualité qui saute aux yeux de « Real », c’est son formalisme élégant. Toutes en teintes pâles et halos, contrastant avec la froideur clinique de la salle d’opération, Kurosawa sublime ses séquences sur la longueur, en n’ayant aucun problème à faire surgir le glauque de son environnement virtuel. Le tout sans céder aux sirènes des cinématiques de jeux vidéo, qui auraient pu faire sombrer « Real » dans une esthétique clippée  et ridicule. Malgré la complexité de son scénario à tiroirs, « Real » retombe toujours sur ses pattes grâce à un couple qui sonde ses propres profondeurs pour remonter des limbes. Un vrai coup de maître.