Paul Shrader, scénariste de Taxi Driver (1976), Raging Bull (1980) et réalisateur de Affliction (1997), revient avec The Canyons, écrit par Bret Easton Ellis, auteur de romans controversés tels qu’American Psycho, Les lois de l’attraction, tous deux adaptés avec succès au cinéma en 2000 et 2002. Dans The Canyons, on retrouve l’acteur porno James Deen et l’actrice por… euh, Lindsay Lohan.

The Canyons

©Prettybird

Après le flop artistique The Informers avec la jolie toute nue Amber Heard (mais aussi Rourke, Basinger, Thornton), Ellis s’est dit qu’il valait mieux écrire directement un script pour le cinéma, script qui a réveillé Shrader de sa léthargie. Christian et Tara donnent un sens à leur vie en s’abandonnant aux plaisirs échangistes. Producteur de son état, Christian enrôle un jeune acteur, sans savoir que ce dernier a déjà eu une liaison avec Tara.

Il y a de quoi dire sur The Canyons : le cachet de 100 dollars par jour pour les acteurs, le premier rôle donné à un acteur porno, Lindsay Lohan qui tente un énième retour… En fait, il y aurait tant à dire sur le projet, mais rien sur le film tant il est dénué d’intérêt. L’histoire n’a rien de palpitant : le jeu de pouvoir et de manipulation en place est digne d’un Hollywood Night… Vous savez ? Les téléfilms sulfureux du samedi soir de TF1 il y a 15 ans… On pouvait y voir Shannen Doherty nue, ou ce vieux briscard d’Andrew Stevens qui écrivait, réalisait et jouait dans ces téléfilms. Bref, The Canyons n’a aucune envergure.

Projet arty de bas étage, The Canyons compte sur des noms plutôt connus, mais n’offre rien de moins qu’un film aux allures de téléfilm fauché. Même les scènes érotiques sont plombées. La faute à un choix esthétique douteux, qui espère donner le pouvoir à des images de soirées glauques, entraperçues dans des reportages TV du même acabit.

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Les manipulations sont vaines et les personnages semblent ne vivre que d’excitation artificielle. Côté érotisme, le film n’hésite pas à montrer du membre masculin au repos, ou les seins de Lindsay Lohan, mais on est loin du sulfureux Basic Instinct (1992) ou même Sliver (1993) ! James Deen s’en sort plutôt bien dans ses intonations, mais son jeu d’acteur est encore loin de l’école Hollywood. Alors que Lohan tente d’exister tant bien que mal, quand sa bouche en forme de limace essaye de déblatérer des mots… Oublions le reste du casting terriblement plat, où même un Gus Van Sant vient empocher son chèque en psy de bas étage pour une scène de 2 minutes 10. The Canyons est à peine plus réussi que The Informers. On peut lui reconnaître tout de même un assez bon sens du rythme. Les mouvements fluides de la mise en scène de Shrader créent une atmosphère posée. On suit, sans déplaisir, mais sans plaisir non plus, la vie de ces adultes perdus. Troublant de réalisme, le film vire doucement vers une histoire de vengeance à trois dollars. On aura juste eu le plaisir de constater que Lohan n’hésite plus à se montrer nue pour payer sa dette. Montrant des cinémas abandonnés en début de métrage, The Canyons reflète l’état d’esprit de certains à Hollywood, souligné par le propos de Shrader « C’est un film sur les gens de cinéma qui ne s’intéressent plus au cinéma et, de toute façon, les cinémas ont fermé » (à lire l’article de Télérama)